Jeudi 6 mars 2025, une Yonnaise de 54 ans a été condamnée par le tribunal judiciaire de La Roche-sur-Yon pour complicité de violences. La juge a tenté de savoir si cette mère a participé, sinon commandité, une expédition punitive menée par son fils mineur et trois de ses copains contre son ex-compagnon dans la nuit du 1er novembre 2024.
Ce soir-là, la mère est en soirée avec son fils et ses amis. Tout va basculer quand elle reçoit un message de son ancien compagnon « insultant et menaçant ». L’homme est remonté depuis quinze jours, depuis qu’on a cassé sa baie vitrée. Il est persuadé que c’est leur fils qui est à l’origine de cette dégradation. Et décide de s’en prendre à son ex-compagne en lui envoyant des insultes. Ce qui met leur fils en colère. Un échange téléphonique va suivre avec le père. Le ton monte. Le fils décide de se rendre chez son père avec trois de ses copains. Il demande à sa mère de les emmener, car tous sont mineurs.
Deux plaies à la tête et à la cuisse
Quand ils arrivent à Venansault, la mère les dépose devant la maison et va se garer un peu plus loin pour les attendre. L’homme, qui savait que les jeunes arrivaient, avait entre-temps alerté les gendarmes. Quand les militaires sont arrivés, ils sont tombés sur les quatre jeunes en train de prendre la fuite.
Ils retrouvent l’homme qui les avait appelés dans un champ à proximité de son domicile, « complètement apeuré » et recouvert de sang, avec deux plaies importantes à la tête et à la cuisse. Il leur explique avoir été agressé par les quatre mineurs. Et retrouvent la mère, toujours stationné dans son véhicule. Interpellés et auditionnés, les jeunes ont été jugés par le tribunal pour enfants pour violences en réunion. Et la femme poursuivie pour complicité.
A la barre ce jeudi 6 mars, la juge a repris le fil de cette soirée. A commencer par ce fameux coup de fil qui a tout déclenché. « Je ne sais pas ce qu’ils se sont dit, je n’ai pas entendu la conversation, mais mon fils m’a demandé de le conduire chez lui pour qu’ils discutent », explique la mère à la barre. Ce qu’elle va faire sans se poser de question, en emmenant trois amis de son fils. « Mon fils voulait qu’ils viennent pour s’assurer que tout se passe bien. »
« Votre fils était remonté, très énervé, n’est-ce pas ? » demande la juge. « Oui, il tremblait de partout », reconnaît la mère. « Vous êtes sûre qu’il voulait y aller pour discuter ? » poursuit la magistrate. « Bah, c’est ce qu’il m’a dit », répond la mère. « Clairement, il voulait en découdre avec son père. Tout cela ressemble plus à une expédition punitive », souffle alors la juge, s’appuyant sur l’audition d’un des jeunes qui disait que « ce n’est pas pour rien qu’elle nous a déposés là-bas ». « On peut même se demander si ce n’est pas vous qui en êtes l’initiatrice », s’interroge la juge. Ce que réfute la prévenue. « Je ne savais pas que ça allait se passer comme ça. Ils ne s’étaient jamais battus jusque-là. »
« Ils venaient pour en découdre »
Pour l’avocate de la partie civile, l’expédition punitive ne fait aucun doute. « Ils n’y allaient pas pour discuter. Monsieur savait qu’ils venaient pour en découdre puisqu’il a appelé les gendarmes », rappelle Me Laurence Mallet. Tout comme la complicité de la mère. « Elle les emmène, les dépose devant chez lui et s’en va attendre plus loin. Elle savait ce qui allait se passer. »
Une conviction partagée par Nathalie Demorand, procureure de la République. « Madame avait conscience du risque qu’elle prenait en les emmenant. » Et de rappeler qu’elle était, dans cette affaire, la seule adulte. Elle a requis quatre mois de prison avec sursis.
La défense plaide la relaxe, faute d’éléments intentionnels. « Comment pouvait-elle savoir que cela allait mal se passer ? » s’interroge Me Jimmy Simonnot. Et de rappeler que le fils « venait pour discuter, mais s’est retrouvé devant son père, carabine à la main. Cette carabine, retrouvée dans le champ, n’a pas été apportée par les jeunes. Elle appartient à monsieur et sur les photos, on peut voir que sur la table du salon, une boîte de plomb était ouverte ».
Le tribunal a estimé qu’il y avait suffisamment d’éléments à charge pour reconnaître cette mère coupable de complicité et l’a condamnée à trois mois de prison avec sursis.
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