« Il n’y a pas de sentiment d’insécurité, mais il y a de l’insécurité ». Françoise Souliman, préfète de Meurthe-et-Moselle, a présenté ce vendredi 21 février 2025 le plan d’action départemental de restauration de la sécurité au quotidien.
Ce plan, qui résulte d’une demande du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, a été construit à partir d’un diagnostic territorial qui a permis d’aboutir à une cartographie « complète et précise » de la délinquance en Meurthe-et-Moselle.
Renforcer la sécurité dans les transports en commun en Meurthe-et-Moselle
Pour Mme Souliman, ce dispositif est « une nouvelle arme faite pour lutter contre la criminalité ». Au total, 10 items ont été retenus et constituent la feuille de route des différentes parties prenantes.
Le premier vise à renforcer la sécurité dans les transports en commun. Le second porte, lui, sur l’importance de renforcer la coopération transfrontalière avec les polices belge et luxembourgeoise. Une coopération déjà effective comme on a pu le voir lors de la folle course-poursuite qui s’est déroulée mercredi 19 février.
Le troisième point concerne la mise en œuvre d’une stratégie de lutte contre les stupéfiants et la toxicomanie intégrant un réseau de partenaires établi. Des actions de prévention seront notamment réalisées dans le milieu scolaire et un travail sera effectué avec l’Agence régionale de santé.
Lutter contre les cambriolages, point noir en Meurthe-et-Moselle
La quatrième action vise quant à elle à prévenir et à réprimer les occupations illicites. Juste derrière, le plan prévoit de renforcer le continuum de sécurité. Concrètement, l’idée est de renforcer les liens entre les acteurs locaux, les polices municipales et les forces de sécurité intérieure.
Pour lutter contre l’un des principaux points noirs en Meurthe-et-Moselle, les cambriolages, le dispositif prévoit d’optimiser la présence des forces de l’ordre sur la voie publique. Pour que ce soit efficace, les zones sensibles seront cartographiées et il est prévu d’adapter les patrouilles et de développer des moyens de signalement.
Concernant les victimes cette fois, Mme Souliman a souligné l’importance de « renforcer les pôles psychosociaux » afin de poursuivre et de renforcer leur prise en charge et leur suivi.
Prévenir les risques liés à la vie étudiante
Le huitième item se concentre sur la prévention en milieu scolaire. Outre une sensibilisation à la lutte contre les stupéfiants, la préfète a évoqué « une surveillance du décrochage scolaire, sans doute un indicateur de quelqu’un qui commence à partir en vrille ».
Nancy étant réputée pour être une ville étudiante, le neuvième point porte justement sur la prévention des risques liés à la vie étudiante. Cela passera par un partenariat avec l’Université de Lorraine et les établissements d’enseignement supérieur pour réduire les comportements à risques, renforcer la sécurité des étudiants et prévenir les nuisances.
Enfin, dernier point du plan : renforcer la sécurité dans l’habitat social afin que les habitants se sentent en sécurité chez eux.
Mieux gérer les flux sur le terrain et sur Internet
Sébastien Brach, colonel commandant du groupement de gendarmerie départementale, a fait part de sa préoccupation « d’adapter le dispositif à la délinquance, telle qu’elle a été constatée ». Il entend ainsi encore améliorer l’accueil des victimes de violences sexuelles et intrafamiliales au sein des unités.
Quelques chiffres 2024 en zone gendarmerie
D’après Sébastien Brach, en zone gendarmerie, 60 % des gardes à vue en 2024 étaient liées à des affaires de violences sexuelles et intrafamiliales. Il note également une forte augmentation des atteintes aux biens, en particulier concernant les cambriolages et les vols à la roulotte. Sur le volet des stupéfiants, les amendes dressées aux consommateurs ont augmenté de près de 50 % sur le département. D’où l’importance pour le colonel commandant du groupement de gendarmerie départementale de ne pas seulement lutter contre le trafic de stupéfiants dans les grandes villes, mais de cibler aussi les zones rurales.
Pour lutter contre les cambriolages, il lui semble nécessaire de contrôler les flux. « Les délinquants prennent la route. À l’instar de personnes originaires de la région parisienne venues dernièrement pour voler du matériel électroportatif. L’objectif est d’être au meilleur endroit au meilleur moment pour mieux appréhender et mieux contrôler. »
En dehors du terrain, il souhaite que les militaires contrôlent les flux numériques. Outre la mise en vente de stupéfiants sur Internet, il pointe du doigt les dérives constatées sur les réseaux sociaux et rapporte le cas d’un « manipulateur qui a poussé une adolescente de 14 ans à se tailler les veines sur un réseau social ».
Des actions fortes vont être menées en gare de Nancy
Maurice Alibert, directeur interdépartemental adjoint de la sécurité publique, a de son côté pointé « une décrue notable de la délinquance au niveau des faits constatés ». Et ce, même si les atteintes aux biens et personnes restent toujours trop hautes, considérant « qu’un cas est un cas de trop ».
Ainsi, il annonce notamment « des actions fortes en gare de Nancy » avec des opérations menées conjointement avec la police municipale et la sûreté ferroviaire.
M. Alibert compte aussi sur le développement du réseau de réservistes et appelle les jeunes acteurs de la société civile à intégrer les rangs de la police nationale en vue d’un gros recrutement de policiers adjoints sur le département.
« Chacun de nos concitoyens mérite d’être en sécurité »
Afin d’évaluer l’efficacité du plan, la préfète de Meurthe-et-Moselle a indiqué qu’un comité de suivi se réunira chaque trimestre.
« Nous, ce que l’on souhaite, c’est pouvoir répondre au sentiment que nous font remonter les gens et qui n’est pas qu’un sentiment. Je reçois beaucoup de courriers d’habitants qui ont peur de rentrer chez eux, à qui l’on demande leurs papiers d’identité pour qu’ils puissent entrer dans leur bâtiment. Il faut écouter les gens ! Chacun de nos concitoyens mérite d’être en sécurité et ne peut pas rentrer chez lui ou aller au boulot avec la peur au ventre », a-t-elle ajouté.
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