Les cloches de la cathédrale Notre-Dame de la Treille sonneront-elles à nouveau en 2026 ? C’est le but du vaste chantier d’une tour en briques à côté de l’édifice religieux emblématique de Lille (Nord). Il s’agit du campanile de la Treille, et il est en pleins travaux. Un appel aux dons est lancé pour achever le chantier à près de 1,5 millions d’euros. La fin de la rénovation est espérée pour le printemps 2026. Nous avons pu visiter le chantier et « escalader » la tour !
Dans le Vieux-Lille, une tour en briques est en travaux juste à côté de la cathédrale. Elle s’élève à 35 mètres de hauteur, et date de 1874. Pour l’anecdote, elle a été bâtie en 50 jours et devait être provisoire. 155 ans plus tard, elle tient toujours debout ! Il s’agit d’un campanile. Il est en travaux.
C’est quoi, un campanile ?
Qu’est-ce qu’un campanile ? Non, il ne s’agit pas d’un restaurant, enfin, pas ici. En termes religieux, un campanile est la tour qui héberge les cloches d’une église quand celle-ci ne le peut pas. Quand les cloches se trouvent dans l’église, on parle de clocher. Dans une tour extérieure mais à proximité, c’est un « campanile ».
Pas de clocher pour la cathédrale
Mais pourquoi donc la cathédrale Notre-Dame de la Treille à Lille n’abrite-t-elle pas ses cloches en son sein ? Tout simplement parce qu’elle n’a pas de clocher ! La construction de l’édifice à la fin du XIXe siècle a été très longue. Changement à plusieurs reprises d’architectes, humidité du sol qui rallonge les travaux, conflits, manque d’argent, les déboires s’enchaînent entre 1856 et 1913.
Cette longue construction explique aussi que l’édifice, ce qui est rare en France, n’appartienne pas à l’État mais au diocèse de Lille, qui doit donc assurer financièrement tous les travaux.
Au moment du début de la construction de la Treille, il fallait pourtant bien accueillir les cloches. « Il est décidé de bâtir une tour provisoire, un campanile, tout près de la cathédrale », rappelle Thomas Sanchez, responsable culturel du lieu.
Il abrite 6 cloches, plus un carillon de 41 cloches. Aucune n’est opérationnelle aujourd’hui vu les conditions de sécurité de l’édifice.
La cathédrale devait avoir deux tours, comme pour Notre-Dame de Paris. Elles ne verront jamais le jour, laissant le bâtiment comme inachevé pendant un siècle. Ce n’est qu’en 1999 que la façade a été enfin terminée, mais toujours sans clocher. Le campanile provisoire est devenu définitif.
D’abord provisoire et baptisé « le menhir »
« Il avait été baptisé ‘le menhir’ à l’époque de sa construction, il y a 150 ans. Isolé au milieu de la motte féodale, incongru, d’une construction bizarre, on a retrouvé plusieurs esquisses de l’architecte Charles Leroy, qui lui a ajouté balustrade et belvédère », rappelle Étienne Sintive, architecte du patrimoine.
Il a subi l’outrage du temps. Quels sont les problèmes qui nécessitent un chantier ? « Les infiltrations d’eau ont altéré les charpentes, les pierres se fissurent sur 4 façades, les horloges se sont arrêtées, les cloches ne sonnent plus au vu des dégradations de la structure. Autour, le sol a bougé, notamment à cause d’un arbre planté trop proche, dont les racines soulèvent la terre » précise l’architecte.
Depuis plusieurs mois, un échafaudage l’entoure et des travaux ont commencé. Plusieurs phases sont prévues.
Les travaux ont commencé au sommet
Une première tranche de travaux s’achève. Elle concerne le haut de l’édifice, pour un montant de 540 000 €, la toiture est concernée. Un vaste échafaudage enrubanne la tour depuis plusieurs mois. « Un ‘parapluie’ a été installé au sommet pour un confort de travail des ouvriers par tous les temps, ainsi qu’un ascenseur pour monter le matériel ».
Mais il reste une deuxième tranche à réaliser, « pour un montant estimé à 700 000 €» précisent Catherine Tourret et Chris Delepierre, de la Fondation Treille Espérance qui coordonne les dons. La suite des travaux concernera les horloges, à restaurer, et les briques.
Le montant total du chantier est estimé à 1,4 millions d’euros, dont 80 % sont déjà collectés. Les donateurs ont eu la chance de pouvoir visiter le chantier en grimpant tout en haut de l’édifice. Impressionnant. Et quelles vues sur Lille !
Après les travaux, l’édifice sera-t-il ouvert au public ? Difficile d’en faire un lieu accessible à tous, mais Thomas Sanchez le promet, « des visites en petits groupes, sur réservation seront possible plusieurs fois dans l’année, comme aux Journées du Patrimoine ».
Refaire sonner les cloches ?
La volonté est de faire à nouveau sonner les cloches ! Un carillon automatique serait installé, pour faire à nouveau entendre ritournelles et angélus à un endroit important de la ville. « Nous sommes sur le berceau de Lille ici, la ville a commencé sur cette motte au Xe siècle ! », rappelle Thomas Sanchez.
« Mais les travaux de la 2e tranche ne seront pas commencés avant d’avoir collecté toute la somme nécessaire… », ajoute la secrétaire générale de la fondation. Il faut donc mobiliser, « car cette tour appartient à l’ensemble des Lillois ».
Des guinguettes dans le jardin ?
Avec aussi une ambition dans le futur : animer le jardin qui entoure la cathédrale. « Pourquoi ne pas réaménager cet espace vert et proposer des guinguettes l’été autour du campanile pour nos fêtes missionnaires ? On voudrait aussi éclairer l’édifice en nocturne », sourit Catherine Tourret. « Le jardin de la Treille est un des lieux les plus photographiés de Lille ! »
L’idée est de faire ainsi du « site cathédrale », avec le campanile, les 2 cryptes et le jardin, « un nouveau pôle culturel et de ressourcement à Lille » a rappelé Thomas Sanchez, responsable culturel de la cathédrale.
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