Sur le parquet de Saint-Thomas Basket, elle ne passe pas inaperçue. Et ce n’est pas (forcément) à cause de sa taille. Lauriane Dolt, 42 ans, est depuis juin 2024, à la tête de l’équipe professionnelle NM1 du Havre. C’est la seule femme en France à coacher une équipe masculine de basket à ce niveau-là.
Parcours, coaching d’équipe, place de la femme… 76actu l’a interrogée.
Une coach « exigeante mais bienveillante »
Actu : Quel a été votre objectif dès lors que vous avez signé pour coacher Saint-Thomas ?
Lauriane Dolt : Ah, il est clair, net et précis : la montée en pro B [les joueurs de Saint Tho’ sont actuellement en NM1]. Pour l’instant, c’est une belle saison mais on est encore loin des objectifs. On le sent bien car on est deuxième sur la deuxième phase de poule. Nous avons fait une première partie assez honorable malgré toutes les blessures, mais on sait aussi que le chemin est encore long.
Comment définiriez vous votre style de coaching ?
LD : Je suis assez tournée vers les autres. Exigeante mais bienveillante, en poussant toujours mes joueurs jusqu’au maximum.
Quand on m’a recrutée, les dirigeants du Havre connaissaient ma façon de faire car ils m’avaient vu comme coach adverse pendant trois ans.
Bio express
À 42 ans, Lauriane Dolt, originaire d’Alsace n’en est pas à son coup d’essai. Avant de signer dans la cité Océane, elle a entraîné l’équipe de Mulhouse en Nationale 1 pendant trois saisons. Auparavant, elle était à Strasbourg où elle a démarré comme assistante coach de Vincent Collet. Elle a aussi été entraineur de l’équipe Espoirs de la SIG Strasbourg où elle a été élue entraîneur de l’année en 2014.
La place de la femme dans le basket
Il existe quelques femmes coach pour les équipes de basket féminin, mais vous êtes la seule dans une équipe masculine. Comment l’expliquer ?
LD : Je ne sais pas ce qui peut bloquer les femmes. Le seul constat que l’on fait, c’est que même dans la formation des cadres sportifs aujourd’hui, elles sont peu. À titre d’exemple, nous avons un diplôme professionnel dans le basket et récemment seules trois femmes se sont présentées en France. Peut-être que le métier n’attire pas.
Certaines voix féminines, à l’instar de Stéphanie Frappart (première femme arbitre de football en France) se sont élevées pour dénoncer une forme de misogynie dans le milieu du sport professionnel ainsi que la différence de traitement entre les hommes et les femmes.
LD : Dans le sport en général, la misogynie est présente de la part de certains dirigeants et de certains acteurs hauts placés dans les fédérations. Mais au-delà de ça, on a tendance à mettre en lumière la rareté des femmes dans le sport et pas leurs compétences. Je dis toujours que mes compétences n’ont pas de sexe. Comme vous, on m’appelle pour mettre en lumière le fait que je sois une femme coach dans le basket. Mais le jour, ou on ne m’appellera plus pour parler de ça, on pourra dire qu’on a gagné.
Au lieu de mettre en lumière le côté « wahou, c’est rare », j’aimerais mieux que ce soit pour parler de l’aspect basket essentiellement. C’est comme la Journée internationale des droits des femmes : le jour où elle n’existera plus, c’est que le chemin aura été fait. Ce sera la normalité.
Comment parviendrait-on à cette normalité ?
LD : Il y a quelques années, j’ai fait partie d’un groupe de travail avec Roxana Maracineanu et Raymond Domenech sur la place des femmes dans le milieu professionnel sportif et la place de la maternité (car c’est un point de différence). C’est aussi pour ça que j’ai souhaité mettre ma grossesse en lumière. Pour dire : non, la grossesse n’est pas une maladie. Jusqu’au bout du terme, on peut travailler et être compétente.
Aussi, il y a, je pense, et notamment dans les entreprises, un manque d’ouverture d’esprit et d’adaptation. Il faut faire confiance à cette adaptation. Oui, nous les femmes, on peut aussi travailler et être performantes. En somme, il faudrait accompagner plutôt que de pointer du doigt.
Comment, justement, vous conciliez votre vie de mère [son fils va avoir trois ans ] et les entrainements ?
LD : Au quotidien, c’est facile puisque l’école se trouve à côté de la salle d’entrainement. Donc je le dépose le matin et je file. C’est son père qui vient le chercher l’après-midi. Le club est hyper bienveillant envers nous, et il nous aide au maximum. Jusqu’à présent, on a toujours réussi à s’organiser depuis qu’on est en Normandie. Mon fils est présent à tous les matches à domicile, il vit à travers le basket !
Et alors le costard rose que vous portez sur le parquet à chaque match, qu’est-ce qu’il signifie ? Un porte-bonheur ?
LD : Ah non (rires). En ligue national de basket, on a l’obligation d’avoir un costard. J’avais un tailleur féminin et à chaque fois on me disait « ah, tu as mis ton tailleur favori ». Et pourtant non ! C’est juste que je mets toujours la même tenue et j’ai voulu avoir de la couleur. Alors certes, j’ai choisi rose, me direz-vous mais sans doute parce que je suis une femme, on va forcément plus regarder ma tenue ?
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