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Drogue dure dans le Lot. À 34 ans, il a ruiné sa vie et se retrouve en prison

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Ce mardi 11 février 2025, A.C. , 34 ans, a comparu devant le tribunal correctionnel de Cahors, pour toute une série de vols, motivés par un besoin d’argent pour acheter de la drogue : du crack (*), en l’occurrence.

Anne Aurelle, la présidente du tribunal, égrène la liste des infractions reprochées au prévenu et globalement reconnues. Dans un premier temps, il s’agit de vols ou de tentatives de vols commis chez des particuliers, le samedi 8 février 2025.

À Saint-Vincent-du-Pendit, non loin de Saint-Céré, A.C. est surpris par la propriétaire d’un véhicule, à bord duquel il vient de pénétrer. Pour sa défense, A.C. soutient qu’il était rentré dans la voiture « juste pour coiffer sa barbe ! » Mais bien sûr ! À Saint-Céré, dans une maison, il dérobe un sac et des lunettes. Un peu plus loin, il pénètre dans une habitation et s’empare d’une modique somme d’argent. Sa technique consistait à se présenter à la porte d’entrée d’un logement. Monsieur frappe et si quelqu’un vient ouvrir, il déclare qu’il recherche quelqu’un en citant le nom de son frère et il s’en retourne voir ailleurs. En revanche, si personne ne répond, A.C. ouvre la porte et se sert.

A.C. devait comparaître devant le tribunal dans les prochaines semaines pour une autre série de vols perpétrés cette fois-ci au sein de trois établissements Leclerc du nord du Lot. À Gramat, en mai 2024 il dérobe une enceinte acoustique. Au Leclerc de Saint-Céré, même type d’appareil hi-fi, plus un chargeur de téléphone. À Biars-sur-Cère, il jette son dévolu sur une console de jeux, mais il est intercepté, par une hôtesse d’accueil de la grande surface, qui le met en fuite.

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« Ce n’était pas moi, j’étais sous l’effet de la drogue »

Tout au long de l’audience menée par Mme Aurel, A.C. mettra en avant le même leitmotiv, décliné sous toutes les versions possibles : « J’étais en manque de par ma toxicomanie ».

Dans un des Leclerc, AC emprunte une veste pour se rendre en cabine d’essayage, le temps d’enlever les antivols d’une enceinte et de quitter le magasin en prenant ses jambes à son cou. Préjudice 204 €. Il revend l’appareil pour rembourser une dette de drogue. Au Leclerc de Biars-sur-Cère, rebelote, au rayon multimédia, il dérobe une console de jeux, mais cette fois-ci, le vol sera déjoué par une hôtesse. Enfin, au Leclerc de Gramat, il réussit à prendre la poudre d’escampette, en emportant une console de jeux et une enceinte acoustique.

À Saint-Céré, plusieurs personnes ont repéré le petit manège d’A.C. qui surveillait les maisons avant de tenter d’y pénétrer. En entendant la description des faits reprochés, A.C. déclare :

– « Ce sont des choses que je déteste faire, je suis toxicomane, je ne me contrôle pas, je suis contrôlé par la drogue, ce sont des choses que j’ai honte de faire, ce sont des pulsions ! » La présidente relève que A.C. a été présenté au tribunal à trois reprises en moins d’un an et encore au cours de la première semaine du mois de février 2025. Il avait alors écopé d’une peine de 9 mois de prison aménagée avec le port d’un bracelet électronique. A.C. reprend ses explications en réponse aux questions de la présidente : « C’est compulsif Mme la présidente, je suis malade, j’ai vraiment, vraiment besoin d’aide. J’ai beaucoup, beaucoup de mal. Cela fait 4 ans que je consomme du crack, l’addiction est puissante. C’est plus fort que moi. Je pleure, je n’en dors pas la nuit. Je suis suivi par un psychiatre, par un psychologue et par une infirmière. J’ai débuté un traitement et je ne me vois pas en Maison d’arrêt, car je suis fragile. C’est malgré moi que j’ai fait tout cela. Je suis dans un état second lorsque je fais tout cela ; il me faut compter au moins 30 € pour acheter 1/2 g ! C’est un appel à l’aide, je ne m’en sors pas. Je suis sensible, j’ai tenté de me suicider à deux reprises. Je ne me vois pas en prison, même si je le mérite peut-être… » Que d’émotion !

Lors de son passage devant la justice début février, le père d’A.C. avait tenté une énième fois de lui tendre la main, en le reprenant sous son aile, mais force est de constater que les bonnes intentions n’ont pas suffi. A.C. a succombé une nouvelle fois aux tentations diaboliques de la drogue ! A.C. soutient que les choses ont changé « depuis hier soir » après une longue discussion avec son père, prêt soi-disant à le reprendre, dès lors qu’il se conformerait aux obligations pénales. Et A.C. plaide une nouvelle fois sa cause avec conviction : « Le fait de passer devant le tribunal autant de fois en si peu de temps, me fait prendre conscience de la gravité des faits ! Cette fois-ci j’ai compris car j’ai peur de la prison, c’est sûr je n’y tiendrai pas ! »

Question de Narjisse Vallat, Substitut de la Procureure : « La semaine dernière, devant ce même tribunal, vous disiez que vous détestiez commettre de tels actes, vous détestez toujours ? »

– « Oui ! J’ai des limites, je ne fais pas de mal aux gens, j’ai une retenue. J’aimerais bien revenir en arrière, mais mon addiction est trop forte. Cela relève d’un problème plus psychologique que de délinquance ! » répond A.C. Si c’est lui qui le dit !

Selon ses dires, A.C. aurait grandi dans une famille où parents et enfants consommaient de la drogue. A.C. a déjà essuyé plusieurs condamnations pour cause de stupéfiants, en évitant toutefois d’être incarcéré. En arrêt de travail pour dépression, A.C. s’est séparé de sa compagne après 18 ans de vie commune et il ne voit plus ses deux enfants. Il précise :

– « Je suis perturbé depuis que je ne vois plus mes enfants, je le vis très mal. Le jour où j’ai été séparé de ma femme, pour moi c’était la fin du monde ! Et pour oublier, je consomme de la drogue. J’ai vraiment envie d’être soigné, mais il ne faut pas que j’aille en détention, car ce n’est pas le bon endroit pour suivre un sevrage ! J’ai accompagné un ami qui fumait du crack jusqu’à son dernier souffle et cela m’a beaucoup marqué ». Depuis plusieurs mois sans emploi, A.C. perçoit 900 € par mois et il se dit prêt à rembourser le préjudice subi par les victimes de ses vols.

« Animé par des pulsions, c’est bien cela qui inquiète »

Narjisse Vallat, se montre inquiète d’entendre le prévenu répéter « être dominé » par des pulsions. « Or des pulsions poussées à l’extrême, qu’est-ce que cela va donner ? » se demande-t-elle. La magistrate observe que ce sont les rendez-vous judiciaires qui mettent un frein à son parcours de délinquant. Elle s’indigne de cette course effrénée à l’argent pour payer sa consommation de crack et reprend le prévenu qui se défend d’être violent. « Or, pénétrer sur une propriété privée, dans une perspective de vol, constitue un acte violent pour les victimes qui ne se sentent plus en sécurité » s’exclame-t-elle. Elle se montre réservée quant à la nouvelle demande du prévenu de bénéficier du port d’un bracelet électronique, estimant « que rien ne l’arrête ». Elle préconise une incarcération, laquelle aurait le mérite de favoriser la mise en place de soins appropriés. Elle requiert 9 mois de prison délictuels assortis d’une interdiction pour 3 ans de paraître dans les établissements Leclerc du nord du Lot, plus une interdiction de contact avec les victimes. Elle sollicite une incarcération immédiate du prévenu.

« Il manque une expertise psychiatrique ! »

Me Christophe Bernabeu, avocat de A.C., considère que le défaut de cette procédure accélérée, n’a pas permis de procéder à une expertise psychiatrique de son client. « Elle aurait été utile pour comprendre sa personnalité », insiste-t-il. Pour autant le bâtonnier du Lot estime que l’on ne peut pas retenir au titre d’une tentative de vol, le seul fait d’être entré dans un véhicule, ni le seul fait d’avoir pénétré sur une propriété privée. « La tentative de vol suppose un commencement d’exécution, la seule intention n’est pas punissable ! » soutient-il. Il demande la relaxe de son client pour ces faits. En revanche, en ce qui concerne les faits commis dans les établissements Leclerc, l’avocat n’apporte pas de commentaire particulier. Il revient alors sur la personnalité de A.C. « un homme qui a été pris au piège de la drogue et du crack en particulier ». À ses yeux, ce dossier met en évidence l’emprise que représente l’addiction à la drogue, un état de dépendance total. Me Bernabeu, veut croire aux vertus du bracelet électronique qui pourrait permettre à son client tout en évitant d’être incarcéré, de suivre un traitement avec l’accompagnement de son père qui lui tend la main une fois encore. Ce serait pour lui la solution pour mettre fin à cette pathologie et de se réinsérer dans la société.

Invité à reprendre la parole en dernier A.C. déclare : « Je peux y arriver, je veux m’en sortir, grâce à mes parents, je ne m’imagine pas en prison, car c’est un milieu qui me fait peur ! »

Or, après en avoir délibéré, le tribunal a condamné A.C. à 4 mois de prison avec mandat de dépôt. L’une des parties civiles qui en avait fait la demande percevra 300 € au titre du préjudice moral. A.C a été conduit à la Maison d’arrêt de Rodez. Il dispose néanmoins d’un délai de 10 jours pour interjeter appel.

(*) Le crack est de la cocaïne sous forme de cristaux que l’on peut fumer. Consommée de cette façon, cette drogue très addictive atteint très rapidement le cerveau, ce qui provoque une euphorie plus grande que lorsque cette drogue est prisée (aspirée par le nez). L’euphorie engendrée par le crack dure de cinq à dix minutes environ.



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