Des milliers de messages, des propos violents et menaçants… Le 31 janvier 2025, un homme était jugé à Rouen pour s’en être pris (encore), à son ex-compagne, allant même jusqu’à menacer de les tuer elle et sa fille. Et selon lui, ce n’est pas totalement sa faute…
Il la menace depuis sa sortie de prison
Le 27 janvier dernier, une femme de 37 ans se présente au commissariat d’Elbeuf pour déposer plainte contre son ex-compagnon. Elle explique que ce dernier la menace de mort « depuis sa sortie de prison », en octobre dernier, au mépris de l’interdiction judiciaire qui lui a été faite de la contacter, sous peine de repartir en détention pour neuf mois.
« Il m’a recontactée en me disant qu’il ne m’en voulait pas suite à sa condamnation et qu’il s’excusait ». Mais lorsqu’elle lui apprend qu’elle a refait sa vie, il la submerge de messages audios et d’appel malveillants dont certains sont glaçants : « Je vais te tuer, ta fille n’aura plus de mère … ». Des messages et menaces que l’actuel compagnon de la victime, malgré ses tentatives de raisonner l’ex, confirme.
L’exploitation de la ligne téléphonique de la trentenaire permet de constater « plus de 3 000 communications » par le biais « de trois lignes différentes ».
Examinée par un médecin, elle écope de cinq jours d’incapacité de travail.
« À ma sortie de prison, je te tue »
Son ex-compagnon a pourtant déjà été averti par la justice, condamné en avril dernier pour violences conjugales, menaces de mort et harcèlement sur son ex. Au total, l’homme présente neuf mentions à son casier judiciaire.
En garde à vue, l’homme reconnaît les faits mais assure ne pas être à l’origine de la reprise de contact. Il se dit « manipulé » par la victime. Néanmoins, lors de la confrontation, il ne peut se contenir et menace à nouveau « en présence des policiers » de tuer la victime : « À ma sortie de prison, je te tue ».
Présenté en comparution immédiate, le prévenu maintient ses aveux, mais minimise sa responsabilité. Selon lui, la victime est tout aussi fautive que lui : « C’est elle qui m’a recontacté, elle m’a pris pour la bonne poire ».
Le président du tribunal, une fois n’est pas coutume, rappelle au prévenu que l’interdiction d’entrer en contact ne s’imposait qu’à lui et non à la victime et qu’il lui appartenait de ne pas répondre.
Interrogé sur son incapacité à respecter une probation, le prévenu explique « être faible, être retombé dans ses bras à cause de ses belles paroles » et assure « ne pas être méchant ». Il se justifie « par l’absorption importante d’alcool et de stupéfiants. Je suis juste quelqu’un de perdu, elle m’a dit de belles paroles et après ça été la guerre ».
Victime de violences conjugales, vous pouvez être aidée
Tous les trois jours en moyenne une femme meurt, victime de violences conjugales. Il est conseillé à toute femme victime de violences de se manifester auprès de son médecin, d’une association ou des services de police. Deux numéros peuvent être composés pour recevoir écoute, conseils et informations : le 39 19. En cas d’urgence, il est conseillé d’appeler le 17, le 112 ou d’envoyer un SMS au 114.
Absente à l’audience mais représentée par son avocat, la victime se constitue partie civile e nouveau. Son conseil rappelle que le prévenu avait été condamné en avril 2024 suite à des violences graves « ayant entraîné une incapacité de travail de six semaines » et s’inquiète du positionnement du prévenu à l’audience. Il sollicite un renvoi sur intérêts civils afin de pouvoir chiffrer le préjudice de sa cliente.
Retour en prison
Du côté du ministère public, le discours du prévenu et « la minimisation » de la gravité des faits démontre son incapacité à respecter « les avertissements de la justice ». Il rappelle que le prévenu a récidivé « quelques mois après sa sortie de prison et sur la même victime, le tout en violation de sa probation ».
Le comportement du mis en cause l’inquiète et il estime que face au risque important de récidive une peine sévère s’impose. Il requiert une peine de 12 mois d’emprisonnement avec mandat de dépôt. Il sollicite également la révocation de la peine de probation à hauteur de six mois d’emprisonnement supplémentaires.
Si la culpabilité du prévenu ne fait aucun doute pour son avocat, ce dernier tente tant bien que mal de convaincre la juridiction de laisser une chance à son client : « C’est un homme perdu, isolé socialement, la victime était son seul point d’attache et quand il a découvert cette trahison, il a perdu pied ». Il rappelle que son client est inséré professionnellement et qu’il s’occupe de sa maman hospitalisée à la suite d’un AVC. Il sollicite une peine aménageable à domicile.
Le tribunal n’a pas été sensible aux arguments de la défense et condamne* le prévenu à la peine d’un an d’emprisonnement et décerne un mandat de dépôt à son encontre. À cela s’ajoute, la révocation de sa peine de probation à hauteur de 6 mois de prison supplémentaires.
Frédéric Bernard
*Cette peine est susceptible d’appel. Toute personne est présumée innocente tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.
Source link