En collaboration avec L’Orne Hebdo, l’école Le Chat Perché, à Saint-Paterne – Le Chevain (Sarthe), a accueilli la députée de la Sarthe Julie Delpech.
Les 20 élèves de la classe de CM1-CM2 ont pu lui poser toutes leurs questions. Une interview sans filtre.
Voici les réponses de la députée.
Est-ce qu’on peut vous tutoyer ?
Oui !
Du coup, tu peux te présenter ?
Je m’appelle Julie, j’ai 35 ans.
Avant d’être députée, je travaillais dans la communication pour une grande entreprise et je m’occupais notamment de la fondation de cette entreprise, qui traitait de la question des violences faites aux femmes.
Et avant d’être dans la communication, j’ai travaillé avec un sénateur qui était aussi maire du Mans.
Je suis députée de la première circonscription de la Sarthe depuis 2022. Il y a cinq circonscriptions dans la Sarthe, chacune représente environ 110 000 habitants. Il y a donc cinq députés pour ce département. Et il y a 577 députés au total à l’Assemblée nationale pour représenter toute la France, mais aussi les Français qui habitent à l’étranger.
Qui est Julie Delpech ?
Julie Delpech baigne dans la politique depuis son plus jeune âge. Fille de Pascale Fontenel-Personne, ancienne députée Modem de la 3e circonscription de la Sarthe, et de Patrick Delpech, ex-secrétaire fédéral du Parti socialiste sarthois, la Sarthoise de 35 ans a longtemps œuvré dans l’ombre. D’abord comme collaboratrice du groupe Socialistes et républicains au Conseil régional des Pays de la Loire (de 2010 à 2014), puis en tant qu’attachée parlementaire de Jean-Claude Boulard, sénateur-maire du Mans, entre 2014 et 2017, dont elle restera la collaboratrice à la mairie du Mans jusqu’à la mort de son mentor, en 2018.
Elle devient ensuite chargée de communication du groupe Oui Care, grande entreprise de services à la personne basé au Mans.
Déjà sollicitée pour représenter le parti d’Emmanuel Macron lors des élections législatives de 2017, elle avait rejeté la proposition car elle s’estimait trop jeune, avant d’accepter, cinq ans plus tard. Elle a été réélue en juillet 2024, face à la candidate RN.
Comment tu es devenue députée ? Tu as fait des études ?
Il n’y a pas d’études pour devenir député. On apprend en étant député.
Je suis engagé dans la politique depuis que j’ai 16 ans. Je suis militante, bénévole dans un parti politique depuis l’adolescence, car c’est un sujet qui m’a toujours intéressée. J’ai appris en travaillant avec des élus, mais pas en faisant mes études.
Quand on est députés, on représente les citoyens. Donc l’idée est de venir justement de tous les milieux, de tous les secteurs d’activité. Certains étaient salariés d’une entreprise comme moi, d’autres étaient avocats, médecins, enseignants, retraités, agriculteurs… Nous avons tous des métiers à la base, et puis un jour on a envie de se présenter pour être utile à notre pays.
Est-ce que tu as un autre métier en même temps ?
Non, parce que quand on est député, on l’est du lundi au dimanche, 24 h sur 24.
Je pense que mon patron n’aurait pas été d’accord que je ne sois là que de temps en temps.
Après, j’ai des collègues députés qui sont médecins par exemple. Le lundi, il reste chez eux pour consulter, mais il ne consulte plus qu’une journée par semaine. D’autres sont avocats. Ils ne vont plus au tribunal pour plaider mais travaille sur quelques dossiers. Mais généralement, quand on est députés, on n’a pas beaucoup de temps, voire pas du tout de temps, pour faire autre chose. »
Liam P. – 9 ans : Qu’est-ce que tu fais à l’Assemblée nationale ? Tu t’occupes du président ?
Non, on ne s’occupe pas du président ! D’ailleurs, le président n’a pas le droit de venir à l’Assemblée nationale ou au Sénat. C’est interdit par la Constitution et cela s’appelle la séparation des pouvoirs.
La mission première de l’Assemblée nationale, comme le Sénat, est de fabriquer et de voter les lois qui régissent votre quotidien. Pour être adoptée, une loi doit être votée par l’Assemblée nationale et le Sénat, qui forment tous les deux le Parlement.
Dans l’hémicycle, on échange entre députés et avec le ministre concerné par la loi étudiée. Il y a aussi des séances de questions au Gouvernement pour que nous puissions poser des questions aux ministres sur des sujets d’actualité ou des sujets importants.
Mais les lois, on ne fait pas que les voter. On les prépare aussi, dans des commissions. Il y en a huit et moi je suis dans celle de la culture et de l’éducation. Je m’occupe de tous les sujets qui sont liés à l’école notamment. Les députés de la commission préparent la loi pour qu’il y ait moins de travail dans l’hémicycle et avoir quelque chose de précis.
Enzo – 10 ans : Tu dois souvent aller à l’Assemblée nationale ?
J’y suis au moins deux jours par semaine et toujours les mêmes jours, les mardis et mercredis. Le jeudi, je suis souvent à Paris pour participer à ce que l’on appelle des niches parlementaires. C’est un groupe qui présente des textes de lois toute la journée.
Je suis dans la Sarthe tous les lundis, vendredis et les week-ends.
Nora – 10 ans : À part voter les lois, que fais-tu dans ton travail ?
Je travaille du lundi au dimanche, mais député n’est pas un travail. C’est une fonction.
Je ne travaille pas qu’à l’Assemblée nationale. Je travaille aussi ici, dans ma circonscription. Je vais voir les citoyens ou les élus qui me le demandent pour parler de leurs problèmes et essayer de les résoudre, je rencontre des élèves comme vous, les policiers, les gendarmes, les pompiers, les entreprises, les associations, les maires…
Je participe aussi aux cérémonies, comme celle du 14-Juillet, ou aux inaugurations dans les communes. Au mois de janvier, j’ai dû aller à de nombreuses cérémonies des vœux. On est donc député toute l’année. On doit être disponible sept jours sur sept, même s’il y a des moments plus calmes que d’autres.
Louane – 9 ans : Que fais-tu le plus souvent ?
Je prends beaucoup le train pour aller à Paris (rires) ! Je pense que ce que je fais le plus souvent est de recevoir des citoyens pour qu’ils me parlent de leur problème, soit dans mon bureau au Mans, soit lors de permanences dans différentes communes de ma circonscription, notamment les plus éloignées du Mans car la mobilité n’est pas toujours facile pour tout le monde.
Je signe aussi beaucoup de courriers. Je repars souvent chez moi avec de nombreux documents à signer, pour écrire à des ministres et rapporter les problèmes auxquels sont confrontés les citoyens que je rencontre. Et quand je suis à Paris, je fais beaucoup de réunions pour préparer les lois.
Liam T. – 9 ans : Tu finis à quelle heure ?
Quand je suis à l’Assemblée nationale, je finis à minuit parce que les séances s’arrêtent à cette heure-là. Et quand je suis ici, je peux parfois m’arrêter à 17 h, mais c’est souvent beaucoup plus tard. Par exemple, ce soir, cela devrait être 21 h ou 21 h 30. Il n’y a pas trop d’horaires. Ce n’est jamais pareil, je ne commence jamais à la même heure et je ne termine jamais à la même heure. Il n’y a pas une journée qui se ressemble !
Malo – 9 ans : Tu as combien d’heures de route pour aller à l’Assemblée nationale ?
Je prends le train. J’ai de la chance, car on n’est pas loin de Paris donc j’ai 55 minutes de train. De chez moi à l’Assemblée nationale, je mets 1 h 30. Je prends peu la voiture pour aller à Paris car le train est moins fatigant.
Et quand je dois me déplacer dans ma circonscription, je me déplace en voiture, et c’est moi qui conduis.
Est-ce que tu as toujours voulu être députée ?
Non, pas toujours. On m’a appelé pour me demander si cela m’intéressait car j’avais déjà travaillé avec des élus. Ce n’est donc pas moi qui ai eu l’idée au départ, mais ensuite oui, j’en avais envie puisque j’ai décidé de me présenter aux élections.
Gaëlle – 9 ans : Est-ce que tu es célèbre ?
Je dirais que non ! (rires) Je suis ce qu’on appelle une personnalité publique, c’est-à-dire que les gens peuvent facilement trouver des informations sur moi et que mon nom est public. Par contre, je ne suis pas célèbre comme Beyoncé ! Je peux me déplacer tranquillement sans qu’on me reconnaisse et sans avoir des paparazzis qui me suivent. Et surtout, je ne me considère pas comme quelqu’un de célèbre, heureusement et tant mieux !

Valentin – 10 ans : Est ce que c’est dur le travail de député ?
Ce qui est dur, c’est qu’on n’a pas trop de temps pour voir sa famille. Moi, j’ai un enfant de 17 mois, donc ce n’est pas toujours simple de passer du temps avec lui. Quand je rentre le soir, il est souvent couché et je ne suis pas à la maison certains soirs puisque je dors à Paris quand je suis à l’Assemblée nationale. Après, la fonction en elle-même n’est pas dure.
Juline – 10 ans : Est ce que tu aimes ton travail ?
C’est comme à l’école, il y a des matières que tu aimes bien et d’autres pas. Moi c’est un peu pareil, il y a des choses que j’adore faire et d’autres que j’aime un peu moins mais qu’il faut faire, comme dans tous les métiers. Mais être député est très enrichissant. On apprend plein de choses, on rencontre pleins de gens différents. C’est une vraie chance.
Qu’est ce qui ne te plaît pas par exemple ?
Faire ma comptabilité ! Il y a aussi des semaines où, à siéger jusqu’à minuit, on a moins envie parce qu’on est fatigués. Il y a des textes qui passent parfois dans l’hémicycle où, quand ce n’est pas notre sujet ou qu’on n’est pas experts, c’est un peu long et cela nous paraît parfois déconnecté. Ce qui me plaît moins sont plus des moments que des choses précises.
Liam D. – 10 ans : Qu’est ce qui te plaît ?
Les rencontres. Si je n’étais pas députée, je ne serais pas devant vous aujourd’hui, je n’aurais pas rencontré pleins de gens avec qui j’ai adoré discuter. Et puis il n’y a pas une journée qui se ressemble. On traite pleins de sujets différents tous les jours. Ce n’est pas routinier.

Abygaëlle – 10 ans : Tu es de quel parti ?
Mon parti s’appelle Ensemble pour la République. C’est le parti du président de la République ou de Gabriel Attal, si vous le connaissez. Gabriel Attal est mon président de groupe à l’Assemblée nationale.
Léna – 10 ans : C’est quoi la différence entre la gauche et la droite ?
Je galère toujours pour répondre à cette question ! (Silence) Les partis de droite sont plutôt ceux qui vont parler d’économie, qui vont être pour défendre les entreprises. On dit que la droite est plus libérale. Et la gauche, ce sont plutôt des partis qui vont parler du social. On a toujours tendance à dire que les partis de gauche sont ceux qui vont plus prendre soin des gens.
Non pas que la droite ne s’intéresse pas au social et que la gauche ne s’intéresse pas à l’économie, mais ils ne s’y intéressent pas de la même manière. La différence est leur approche de comment on doit vivre en France : est-ce que c’est plutôt par rapport à l’attractivité économique ou par le côté social ?
Nous, au centre, on dit qu’il faut essayer de faire les deux, ce qui n’est pas simple. Après, il y a plein d’autres sujets qui peuvent être très polémiques.
Elys – 9 ans : Est-ce que tu as déjà rencontré le président ?
Oui, et je le connaissais avant qu’il soit président. Je travaillais déjà avec lui lorsque mon patron était sénateur.
Je suis dans son parti depuis 2016 donc, forcément, je le vois plusieurs fois par an et on échange par messages si on a des choses à lui dire qui ne nous conviennent pas.
Hana – 9 ans : Tu es ami avec Macron ?
Ah non, je ne suis pas ami avec le président ! On s’entend très bien, on se parle souvent, mais ce n’est pas une relation d’amitié.
Léyia – 9 ans : Est ce que tu as vu tous les ministres ?
Oui, je les vois lorsqu’ils viennent aux séances de questions au Gouvernement et on les rencontre aussi lorsqu’on porte une proposition de loi. Et comme il y en a beaucoup en ce moment, j’en vois beaucoup ! (rires)
Hana – 9 ans : Vous vous fâchez beaucoup à l’Assemblée nationale ?
Je sais que les images à la télé sont souvent mouvementées, c’est vrai. L’Assemblée nationale est un lieu de débat, où chacun dit ce qu’il pense pour, à la fin, essayer de se mettre d’accord. Forcément, des fois, le ton monte. Je ne suis pas fière des comportements qu’il y a à l’Assemblée nationale, parce que je pense qu’on doit montrer l’exemple et qu’on n’accepterait pas que vous vous parliez comme ça dans une classe.

Ça, c’est ce que vous voyez dans l’hémicycle, mais une fois que la séance est levée, tous les députés se parlent, se disent bonjour et travaillent ensemble en commission. Il y a une différence entre ce que l’on peut voir à la télé et la réalité de ce qu’est l’Assemblée nationale dans son ensemble. Donc oui, je me suis déjà fâchée avec des collègues parce qu’on n’était pas d’accord, mais cela reste une discussion.
Hana – 9 ans : Ça gagne combien un député ?
D’abord, ce n’est pas un salaire, c’est une indemnité de fonction, car il n’y a pas de contrat de travail. Nous ne sommes pas salariés. Tous les députés ont la même indemnité : 5 200 € par mois avant impôt.
Après, il y a différentes enveloppes, comme les frais de mandat et de secrétariat, qui servent à envoyer des courriers, mettre de l’essence, payer le loyer de notre permanence, payer les factures… Il y a aussi la dotation de matériel pour acheter les ordinateurs ou imprimer les documents, ou un crédit collaborateur pour payer ceux qui travaillent pour nous. Moi, par exemple, j’ai une cheffe de cabinet, une autre personne qui s’occupe de mon agenda et des 300 mails que je reçois chaque jour, ainsi qu’un autre collaborateur à Paris pour travailler sur les lois.
C’est un budget qui nous sert pendant toute la durée de notre mandat.
Tu gagnes plus depuis que tu es députée ?
Oui, mais ce n’est souvent pas le cas. Mes collègues avocats ou médecins, par exemple, gagnent moins en étant députés. Moi je n’avais pas un salaire mirobolant. Mais pour beaucoup de députés, c’est plutôt l’inverse.
Kyeran – 10 ans : Est-ce que tu as déjà mis une censure ?
Vous avez vu à la télé que le Gouvernement [Barnier, N.D.L.R.] avait été censuré. Moi je n’ai jamais voté pour censurer un Gouvernement.
Hana : Est-ce que tu t’es déjà fait virer ?
Non. Mais c’est un peu comme à l’école, il y a un règlement avec tout ce que l’on n’a pas le droit de faire et les comportements que l’on ne doit pas avoir. Si on ne respecte pas ces règles, qu’on fait une bêtise, on est sanctionnés. Des députés ont été exclus quelques jours ou quelques semaines de l’Assemblée nationale.
Moi, je pars du principe que lorsqu’on est dans le lieu où on fait les lois, on doit être les premiers à les respecter. Donc c’est tout à fait normal d’être sanctionné lorsqu’on ne le fait pas.
Mais lorsque le président décide de dissoudre l’Assemblée nationale, tous les députés sont virés ?
La dissolution est un outil constitutionnel. Mais je n’estime pas avoir été virée comme si j’avais fait une erreur. J’ai dû repartir en campagne pour reprendre mes fonctions, parce que le président a estimé que les élections Européennes nécessitaient cela. J’étais et je reste en désaccord avec cette décision. Je lui ai dit, je l’ai dit dans la presse. C’est bien de vouloir redonner la parole aux Français, mais je n’étais pas favorable à ce que ce soit de cette manière.
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