Un séjour à la maison d’arrêt lui paraissait être la solution adaptée, faute d’alternative satisfaisante. Ce jeudi 27 février 2025, un Cherbourgeois de 21 ans a écopé, à l’issue de sa comparution immédiate, d’une peine d’emprisonnement de huit mois ferme devant le tribunal de Cherbourg-en-Cotentin (Manche).
Une consommation d’alcool quotidienne
« Le 20 février, un agent du CHPC vous retrouve à terre dans état comateux avec des bouteilles d’alcool. Un frigo est ouvert dans un poste de soins et une partie de son contenu éparpillé au sol. Votre sac, contenant des seringues, des médicaments et des flacons, est retrouvé dehors. On en déduit intuitivement que vous êtes entré pour ce vol puis que vous y êtes retourné. »
Le prévenu, attentif, répond : « Je suis entré à l’hôpital pour profiter des toilettes et me laver. Le reste, c’est le trou noir. »
« Le 23 février, poursuit le président, vous vous présentez chez votre mère où se trouvent vos deux frères, le plus jeune étant autiste. Ils s’apprêtent à dîner et votre mère vous demande de rester sur le canapé pour ne pas le perturber. Vous êtes en état d’ébriété manifeste, un taux de 0,97 mg/l d’air expiré sera confirmé. » Le jeune homme, sans domicile fixe, ne s’en cache pas : sa consommation d’alcool est quotidienne.
Insultes et coups
Ce soir-là, en famille, le ton monte. Le prévenu et son grand frère échangent des insultes, puis des coups. La mère est bousculée.
Vous prenez une fourchette et tentez de porter un coup à votre grand frère, détaille le président. Quant à vous, vous avez le nez cassé.
S’ensuit une « course-poursuite » à l’extérieur, le prévenu s’étant préalablement saisi d’un couteau dans la cuisine. S’il reconnaît avoir voulu « impressionner (son) frère » avec le couteau, il dit en revanche ne pas se souvenir d’avoir brandi une fourchette.
Ni sa mère ni son grand frère n’ont désiré se constituer partie civile. Ils ont, cependant, demandé une mesure d’éloignement. « Votre mère explique qu’elle n’en peut plus, souligne le président, que vous êtes violent et menaçant, alcoolisé ou non, que c’est compliqué avec vous depuis que vous êtes petit. »
Un jeune homme « fataliste »
Le vingtenaire, taille moyenne, corpulence mince, tignasse brune, « squatte à gauche et à droite ». En 2019, il obtient un CAP « Matelot » mais n’exercera que quelques semaines. « C’était trop dur physiquement, répond-il à la barre, la voix claire mais l’attitude apathique. Dès que je suis dehors… Je suis devenu accro. Je n’y arrive plus. »
Votre consommation est d’abord une maladie qui ne va pas vous définir toute votre vie. Vous semblez fataliste pour votre âge. Vous pouvez vous en sortir, même si cela doit vous coûter en termes d’efforts et de remises en question…
8 mois de prison ferme
Son casier fait état de violences et de menaces de mort réitérées contre une petite amie en 2023, sur fond d’alcool, puis d’autres violences contre une autre en décembre 2025. Il reconnaît qu’il doit se « faire soigner » et « trouver un emploi ou une formation », exprime des regrets envers sa famille, au demeurant absente.
Le procureur note : « Ces habitudes de vie sont en train de s’ancrer après une peine d’avertissement, des faits similaires qui vous conduisent à du sursis probatoire puis une nouvelle accélération. Vous êtes incapable de faire face en milieu ouvert et de toute évidence en déperdition. Mais en dépit de l’alcool, il subsiste toujours une part de responsabilité individuelle. On attend un semblant de réaction de votre part. » Il requiert une peine de huit mois d’emprisonnement et un éloignement du domicile de ses proches.
Il reconnaît les faits de violence dans leur globalité. Oui, vous entrerez en voie de condamnation. Il doit être sanctionné mais aussi aidé. Depuis 18 mois, il sombre. Il voit son incarcération comme une solution pour marquer un coup d’arrêt, mais il a besoin de ressources pour rebondir.
Reconnu coupable
Le tribunal l’a reconnu coupable de l’ensemble des faits de violences et d’usage ou de menace d’une arme en état d’ivresse, le tout en récidive : huit mois d’emprisonnement ferme (six mois relatifs aux faits de l’audience du jour et deux mois de révocation partielle du sursis de sa première condamnation).
Il lui est interdit de détenir ou de porter une arme pendant deux ans et de paraître au domicile de sa mère et de son grand frère pendant un an. Il devra également réparer le CHPC à hauteur de 337,16 euros, soit la valeur du matériel dérobé. Le sursis probatoire de sa deuxième condamnation s’appliquera, en outre, à sa sortie de la maison d’arrêt.
Il est grand temps de reprendre les choses en main, lui conseille le président. À votre âge, vous avez tout à faire. Vous avez un CAP, ça n’est pas le cas de tout le monde. Encore faut-il vous en donner les moyens.
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