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Couleurs, détails… Dans les coulisses des « révélations » du Palais des Beaux-arts de Lille

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Cela fait partie des grands moments, pour un musée : présenter des œuvres de ses collections tout juste restaurées. Au printemps 2025, il se passe beaucoup de choses, dans les coulisses du Palais des Beaux-arts de Lille. Alors qu’une équipe de restauratrices travaille sur un immense tableau de Puvis de Chavannes devant le public, d’autres œuvres sont passées dans les ateliers, dont des panneaux de retable allemand, anonymes. Le travail des restauratrices a sublimé l’œuvre et a aussi permis de lever le voile sur une partie de ses mystères.

Deux volets d’un retable sciés pour être exposés

Dans la partie Moyen-Âge et Renaissance du musée, au sous-sol, on redécouvre cette œuvre en plusieurs panneaux. Quatre au total, dont deux représentants une scène d’Annonciation, et deux autres d’Adoration. « Ce sont deux volets de retable, dont il manque la caisse centrale. Ils ont été sciés dans l’épaisseur pour être montrés dans leur totalité aux visiteurs », présente Sophie Dutheillet de Lamothe, conservatrice en charge de ces collections au Palais des Beaux-arts. Cela semble une aberration, en 2025. Mais surtout, cela a causé une détérioration accélérée du support. Ce qui nécessite une attention particulière pour conserver l’œuvre.

Ce qui frappe à la vue de la peinture qui orne ces volets est leur éclat retrouvé. Les couleurs sont très vives. Antonella Trovisi, qui a travaillé sur la couche picturale, a été impressionnée par ce qu’elle a trouvé sur ces panneaux de bois. « C’était un vrai bonheur de travailler sur cette œuvre, qui est exceptionnelle, de tous les points de vue. » Elle souligne « une qualité technique indéniable. »

Les équipes de restauration des Beaux-arts, avec le concours de celle des Musées de France, ont travaillé plusieurs mois sur l’œuvre, sublimée sous les voûtes en briques du musée.

Des détails redécouverts, des indices précieux révélés

« Ce qui est formidable avec la restauration est que cela nous permet de mieux connaître nos œuvres. On a pu ici, par exemple, mieux situer l’origine de cette réalisation anonyme, qui fait partie de ce que l’on appelle les ‘Primitifs’ : elle vient de Cologne et date du début du XVIe siècle », précise Sophie Dutheillet de Lamothe.

Cette œuvre compte quelques incongruités : « Elle s’inscrit dans les modèles flamands et allemands. On le voit dans l’orientation des personnages », souligne la spécialiste. Elle insiste sur le fait que le nettoyage pictural a permis de redécouvrir des détails : « Ça vient éclairer le sens de la peinture. Par exemple, on perçoit un escalier menant au caveau. C’est une allusion à la Passion du Christ, qui s’est incarné et sacrifié. Ce n’est pas juste une scène de son enfance. »

On trouve aussi au centre d’un des panneaux une pierre rose, « couleur utilisée pour la pierre de l’Onction, qui a, on le voit, des imperfections. Tout ceci explique que les vierges soient si mélancoliques sur ces tableaux, à la vision du nouveau-né. »

Un collectionneur remet ses collections rares à la Ville « pour les enfants de Lille »

Cette restauration a été possible grâce au mécénat. La Fondation du Crédit Agricole Nord de France a financé ces travaux. « C’est d’autant plus fort que cette œuvre est anonyme », insiste la conservatrice.

Au-delà de leur aspect singulier, ces tableaux ont une histoire singulière. Ils ont été donnés à la Ville de Lille par Antoine Brasseur, collectionneur passionné. « Il était une figure de bienfaisance pour la ville ». Orphelin, l’enfant a été recueilli par la ville. Il a connu une belle réussite et a réuni une impressionnante collection rare d’œuvres allemandes. N’ayant pas d’héritier, il a légué sa collection à la Ville, « pour qu’ils soient, écrit-il dans son testament, à la disposition de tous les enfants de Lille », précise-t-on du côté du musée. Un très beau cadeau !





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