Pas besoin de floquer son nom sur son maillot vert du RC Ploumagoar. Yannick Taton est connu comme le loup blanc dans la région de Guingamp.
Un p’tit loup jadis, qui jouait au ballon avant de savoir marcher. Un vieux loup de mer aujourd’hui, qui dispute encore, toutes les semaines, à 63 ans, des matchs de championnat, le dimanche après-midi, avec la D de Ploum.
Le foot dans la peau
Cet irréductible footballeur résiste bien à ce fichu temps qui passe. À ces blessures ou ces petites douleurs qui obligent pas mal d’acharnés à raccrocher les crampons avant l’heure.
L’ancien facteur à la retraite prend toujours autant de plaisir à jouer son match de district le week-end. Avec cette belle équipe de D4 de Ploumagoar. Ces gars qui jouent au foot pour l’amour du sport avant tout. Et qui s’en sortent plutôt bien au final.
Yannick est le doyen de son équipe. Un privilège qui l’oblige aussi à s’entraîner deux fois plus que ses coéquipiers, pour tenir la marée.
Si la plupart ont entre 30 et 40 ans, certains sont deux fois plus jeunes que lui. Le gardien n’a même pas la vingtaine, il pourrait être son petit-fils. Le RCP est une grande famille. « On forme un bon groupe, c’est vrai. On progresse ensemble. On rigole bien aussi après le match. Je pense qu’on donne une bonne image du football ».
Les placements et l’expérience
Sa crinière poivre et sel se remarque sur les terrains de football. Mais c’est surtout son style de jeu qui interpelle. La vitesse n’est plus son fort. Il joue avant tout sur la technique et l’expérience.
Le placement, c’est essentiel pour lui. « Je me place, je contrôle, je donne. Je manie assez bien le ballon et j’arrive à faire des passes précises pour bien faire circuler la balle. Je sais aussi organiser les placements des autres joueurs ».
À la fin du match, les adversaires me demandent souvent mon âge !
Les matchs complets, ça ne lui fait pas peur : « Parfois, je suis prévu pour faire une mi-temps, ou une heure, mais finalement, je vais au bout du match. Ça dépend des besoins de l’entraîneur et de l’effectif disponible », sourit Yannick, qui assure encore sans problème un effort d’une heure et quart.
Un milieu défensif
Yannick Taton apprécie le terrain synthétique de Ploumagoar. Certes, la balle va vite, « mais ça tacle moins aussi, parce que ça fait mal ! ». Voilà qui limite les contacts dangereux pour ce vaillant milieu défensif. « En général, les joueurs d’en face sont respectueux, ils font attention, mais il peut toujours y avoir un geste maladroit ».
Yannick est habitué à cette petite question qui revient assez souvent à la fin des matchs : « Les adversaires viennent me voir pour me demander quel âge j’ai et comment je fais pour jouer encore. Je leur explique que je m’entraîne beaucoup ! ». Et qu’il ne vient pas de débuter !
Yannick joue au foot depuis tout petit. Il a fait ses premiers dribbles dans son quartier de Locmaria, à Ploumagoar. Puis, il est entré à l’école de foot à huit ans. « Je passais beaucoup de temps chez ma grand-mère qui tenait le café du bourg, le Lion d’or à l’époque, le Nordy aujourd’hui. Je n’étais pas loin du terrain de foot, alors j’y passais déjà pas mal de temps ». C’était le CSP à l’époque, le Club Sportif de Ploumagoar.
Ses débuts à Ploum, puis au Stade Charles de Blois et à l’EAG
Il est passé ensuite chez les minimes, au Stade Charles de Blois, pendant deux ans, avant d’être recruté, en 1977-1978, par l’En Avant de Guingamp. À 16 ans, il jouait le championnat de France cadets. « Un sacré bond, on jouait contre Rennes, Nantes, Angers ! »
Trois ans à l’EAG et il revient jouer avec ses copains à 18-20 ans. Au Stade Charles de Blois et à Ploumagoar. Puis à Lanrodec, Plouagat, Bourbriac principalement.
Joueur toute sa vie, il a aussi été coach en district pendant 14 ans. Il a pu compter sur les conseils avisés de son ami Sylvestre Salvi. « La gestion, les approches, on en a parlé des heures et des heures et, l’air de rien, il me formait ! ». Il cite Christian Amourette aussi.
« J’ai réussi à faire monter quatre fois mes équipes en 14 ans. Mais j’ai eu des coups durs aussi, ce n’est pas toujours facile ».
Je m’entraîne beaucoup pour rester en forme
Lorsque Yannick est revenu jouer en C à Ploum, il y a une dizaine d’années, il a pu assister les coachs Boubacar Barry, puis Lionel Méril et Jean-Jacques Houzé. La saison dernière, il coachait la B avec Manu Aubry.
Yannick n’entraîne plus aujourd’hui, il se concentre uniquement sur ses matchs et sa préparation. Plusieurs séances de course à pied, avec sa femme Brigitte, ou de vélo dans la semaine, pour garder la forme. Un peu de musculation aussi. Chaque détail compte pour être en forme sur le terrain, le dimanche.
Jouer encore deux ou trois ans
À 63 ans, Yannick compte continuer à jouer quelques années encore. Pour le plaisir. Mais aussi pour relever un petit défi personnel. Il joue actuellement avec Cédric Rolland, en milieu de terrain.
Il a joué avec son père Hubert, au cours de la saison 1985-86. Et il aimerait maintenant « jouer avec Léo, le fils de Cédric. Comme ça, j’aurai joué avec le père, le fils et le petit-fils. Il faudrait que je joue encore deux ou trois saisons le temps qu’il arrive en senior et qu’on puisse organiser un match avec eux ! ». Avec le père et le fils sur le terrain, ainsi que le grand-père Hubert au bord du terrain, « ce serait exceptionnel et c’est un bel objectif pour moi ! »
Sur le terrain, mais aussi à côté, Yannick génère beaucoup de sympathie. Dimanche dernier par exemple, après son match, tous les jeunes joueurs de Bourbriac, l’un de ses anciens clubs, sont venus lui serrer la main, à leur arrivée à Ploumagoar, avant d’aller disputer leur rencontre face aux Verts. Alors qu’une petite demoiselle, certainement la fille d’un coéquipier, avait accompagné Yannick tout au long de sa séance d’échauffement au bord du terrain en début d’après-midi. C’est aussi ça, le foot.
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