Le 7 mai 2022 à Donges (Loire-Atlantique), alors que son père et son frère aîné veulent récupérer des câbles dans la chambre de l’adolescente qui allait avoir 13 ans en juillet, elle fait obstacle. Ils forcent la porte. Scandale : une « relation » de ses parents, un homme de 67 ans, en petite tenue, est assis sur le matelas du lit d’une personne posé à terre. C’est la bagarre, l’intrus s’enfuit par les escaliers, les voisins sont alertés par les cris, le papa fait un malaise et doit être hospitalisé.
« Trouble de l’attachement »
Il s’avère que la fillette éprouvait un mal-être, s’en était ouverte à plusieurs personnes et avait trouvé dans ce Blinois venant régulièrement chez son voisin, une oreille attentive, un confident. Elle faisait l’objet d’un suivi psychologique depuis décembre 2018.
Alors qu’elle avait 11 ans, il venait souvent la chercher au collège, l’emmenait dans son camping-car dans sa maison de Blain, lui offrait bonbons et chocolats.
« Elle avait peur de son père, elle se plaignait de ses parents et de son frère aîné avec qui elle ne s’entendait pas. »
D’après les expertises, la jeune fille éprouvait « le trouble de l’attachement ». En effet, à la suite de sa naissance, sa maman étant restée handicapée, toutes les deux ont ressenti un sentiment de culpabilité.
« Il a profité de son âge »
Hélas, il s’est avéré que le Bon Samaritain lui a prodigué, à plusieurs reprises, des attouchements, une pénétration digitale, et que ce n’était pas la première fois qu’il venait dans sa chambre, alors que ses parents, avec qui il avait peu de relations, étaient en bas ou absents.
Mardi 18 mars 2025, devant le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire, entourée de son papa et de l’administrateur Ad hoc désigné devant une telle situation, alors que sa maman est assise dans son fauteuil roulant, la jeune fille répond honnêtement « oui » aux nombreuses questions de la présidente.
Oui, elle se rendait chez lui à Blain, dans son camping-car. Oui, elle lui a demandé de venir dans sa chambre, le faisant entrer et sortir. Oui, elle le voyait chez le voisin…
Graves séquelles
Lors des auditions, dont « elle avait marre », elle était souvent mutique, voire disait qu’il ne s’était rien passé « pour ne pas lui faire de tort ». Elle s’est ouverte pour la première fois à son avocate, Me Azdem-Delaere, qui l’en a félicitée publiquement :
« C’était une petite fille qui ne pouvait parler, qui regardait son doudou. Il l’a écoutée, mais ensuite, il a profité de son âge, de sa méconnaissance dans le domaine sexuel. »
Elle s’étonne d’entendre le prévenu évoquer « une relation amicale, alors qu’ils ont 54 ans de différence ». Elle mentionne que « l’ADN du prévenu a été retrouvé sur le pyjama de la victime, qu’elle n’est plus vierge ».
Depuis les faits, la victime a eu des problèmes d’amaigrissement, des troubles du sommeil, elle a fait sept séjours en milieu hospitalier,
Me Maud Lesève, avocate des parents, relève que la jeune fille ne rejette pas sa responsabilité, alors que toute la responsabilité repose sur le prévenu.
L’avocate ajoute : « Elle a tendance à idéaliser l’autre, pour elle c’était le gentil petit papy… mais on ne peut exclure une certaine relation prédatrice. C’était une petite fille, il aurait dû mettre un stop ».
« Une forme de trahison »
Saluant l’effort fait par la victime aujourd’hui âgée de 15 ans et demi, la procureure déclare :
« Je suis contente qu’elle soit là, pour nous et pour elle, afin qu’elle puisse rebondir. »
Précisant que la scène du 7 mai 2022 a conduit ses parents à l’aider à comprendre ce qui n’allait pas, elle affirme que ses déclarations ont été constantes quant aux gestes décrits. Elle n’admet pas que le prévenu, qui n’a rien reconnu, ait pu penser qu’elle était amoureuse.
Cette « relation ambiguë » d’un homme sachant qu’il avait affaire à « une jeune fille complètement perdue », la magistrate la considère comme « une forme de trahison ».
Le sexagénaire, dont le casier porte cinq mentions pour des vols ou des infractions routières, n’a rien reconnu, précisant que s’il ne répondait pas à ses attentes, « elle piquait des crises ».
Handicapé à la suite d’un grave accident de la route en mars 2004, il marche avec une béquille et ne peut déployer entièrement ses doigts. Il martèle : « Il ne s’est rien passé, je n’ai rien à voir dans cette histoire-là ».
Relaxe demandée
Pendant plus de 40 minutes, Me Pierre-Henri Marteret, s’applique à défendre son client et plaider la relaxe, car il ne s’agissait que « d’une relation immorale ».
Selon lui, son client est au même niveau d’immaturité, n’hésitant pas à employer le mot « simplet ». L’avocat se dit « plus que dubitatif » quant aux gestes reprochés : « Il ne peut déplier complètement ses doigts ».
Il décrit « des versions divergentes, des mensonges de la victime ». Il affirme que l’adolescente s’était ouverte à l’infirmière du collège en lui déclarant qu’elle était « enchantée d’aller chez lui ». À ses yeux, « tout le dossier n’est vu que par un seul prisme ».
18 mois de prison ferme
Après une petite heure de délibéré, la présidente a déclaré le prévenu coupable d’agressions sexuelles sur mineur. Il est condamné à trois ans de prison dont la moitié avec sursis probatoire.
Il devra suivre des soins psychiatriques. Il a interdiction de tout contact avec la victime et celle de paraître à Donges. Il devra verser 2 000 € à chacun des parents de la victime, plus 1 000 € de frais de justice, sachant que les intérêts civils de leur fille seront débattus le 25 septembre.
Il devra également assurer les 1 200 € de frais de l’association ad hoc.
Le prévenu a montré son mécontentement : « Je suis condamné pour quelque chose que je n’ai pas fait ! »
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