jnews.fr

comment Louis Boyard a réussi à faire cavalier seul au second tour



Il est 22 heures passées, ce dimanche 26 janvier 2025, à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne). Les résultats des municipales anticipées viennent de tomber et, dans les QG de Louis Boyard (LFI) et de Daniel Henry – à la tête d’un rassemblement du PCF, PS et EELV – les visages sont détendus, chacun peut souffler : leurs listes sont qualifiées pour le second tour. Mais la satisfaction est de courte durée. En face, trois listes de droite ont également franchi la barre du premier tour.

Place à la réflexion. Un seul mot circule et se retrouve rapidement sur toutes les bouches : union. Les délais sont courts – seulement quarante-huit heures – pendant lesquels les deux camps essayent de se mettre d’accord. Deux jours de discussions, de débats, de malentendus et de frustrations… qui n’auront pas mené à grand-chose.

Des ambitions différentes

Dès le soir des résultats, les équipes de Louis Boyard et de Daniel Henry prennent contact pour discuter et évaluer leurs options. Le candidat insoumis, en tête du scrutin avec 24,89 % des voix, devance son homologue communiste de quelques points (20,7 %). À eux deux, ils enregistrent respectivement 55 % et 45 % des voix de gauche. Les discussions peuvent commencer.

Jour 1. Il est 11 heures, et les deux équipes se retrouvent. Rapidement, Daniel Henry propose une répartition équitable de leurs candidats sur la liste finale, à hauteur des voix de gauche récoltées au premier tour. Mais, du côté de Louis Boyard, on réclame une « prime à la majorité » sur la liste du second tour. Concrètement, les communistes suggèrent 18 places pour leurs colistiers, tandis que les insoumis en offrent 10, contre 20 pour leur propre camp. La proposition ne passe pas. Face au refus catégorique du député qui campe sur ses positions, les discussions se cristallisent. « On voulait avoir la certitude que les dix engagements au cœur de notre programme allaient être respectés donc on demandait une majorité solide », glisse Ismaël El Hajri, directeur de campagne de Louis Boyard.

Dans les deux camps, la fatigue se fait ressentir et les langues se délient. « On est prêts à passer au-dessus de certaines déclarations et positions de Louis Boyard », balaie l’entourage du communiste, pour qui « l’union passe avant tout face à la menace de la droite sur Villeneuve, mais on doit se faire respecter ». D’autant plus que les deux partis arrivent à s’accorder sur certains points, notamment sur la mise en place de la gratuité du petit-déjeuner en maternelle et la relance du projet de maison de santé. Cette première journée touche à sa fin et ne mène à rien.

Vidéos :

« C’est dingo »

Jour 2. La nuit a été courte pour les deux camps, et le temps presse. Les listes doivent être déposées en préfecture avant 18 heures ce mardi 28 janvier, mais la journée commence mal. Les équipes sont chacune dans leur coin et les discussions sont réduites à des échanges téléphoniques, et encore… Tout au long de la journée, le réseau social X va devenir le terrain d’une bataille de communication entre les deux candidats.

Chacun y va de son tweet et les équipes apprennent en temps réel, sur X, les positions de l’autre camp. « Est-ce qu’on peut vraiment apprendre les positions de notre partenaire sur les réseaux sociaux ? C’est dingo ! », s’emporte un proche de Daniel Henry. À coups de communiqués et de messages postés, les deux candidats offrent un spectacle bien triste, à l’image de leurs tractations. Chez les insoumis on se crispe et on déplore que les discussions « tournent encore autour du nombre de places sur la liste plutôt que sur le programme ».

À 15 heures, Daniel Henry annonce en conférence de presse qu’il se retire des négociations et qu’il renonce à se présenter au second tour. « Une décision responsable, dit-il, imposée par le refus d’une fusion respectueuse du résultat du premier tour. » De son côté, Louis Boyard tend une ultime fois la main à ses homologues. « Jusqu’à la dernière minute on a tenté de maintenir les échanges », soupire ses proches. Rien n’y fait. Il est 18 heures passées, le candidat LFI a déposé sa candidature en préfecture. Il sera le seul représentant de gauche à tenter de battre Kristell Niasme (LR) et le maire sortant, Philippe Gaudin (DVD).

« On a véritablement essayé de forger cette union »

Jusqu’au bout des discussions, les insoumis ont voulu garder la main sur cette liste, en demandant qu’elle soit composée à 70 % de leurs colistiers. À chaud, Daniel Henry et son entourage expriment leur amertume. « La gauche est collectivement pénalisée, intime un cadre de sa campagne, on ne peut pas gagner sans l’union ».

Sous le coup de la frustration, ils n’hésitent pas à accuser La France insoumise d’avoir utilisé cette élection comme une « représentation locale de leur stratégie nationale ». L’entourage de Louis Boyard dément toute accusation de tentative de « cavalier seul. « On a véritablement essayé de forger cette union, assure Ismaël El Hajri, on tombe dans un récit qui nous oppose aux communistes alors que ce n’est pas le cas ».

Villeneuve-Saint-Georges, un « laboratoire » pour LFI ?

Le parti cherche à faire de Villeneuve-Saint-Georges un véritable « laboratoire », avec les élections municipales de 2026 en ligne de mire. Mais la question reste : réussira-t-il à passer le « crash test » électoral dans cette commune, la plus pauvre du Val-de-Marne ? Au premier tour, Louis Boyard n’a été séparé de Kristell Niasme, arrivée deuxième, que par 90 voix.

S’il parvient à décrocher la mairie, il deviendrait le premier maire insoumis d’une ville de plus de 30 000 habitants. Un test décisif pour le parti de Jean-Luc Mélenchon. Mais son mandat, s’il est élu, serait de courte durée : à peine plus d’un an, avant les élections de 2026. Ce qui ne manquera pas de rendre la situation encore plus électrique. Il est difficile d’imaginer la liste de Daniel Henry s’effacer de nouveau, d’autant plus que le communiste a déjà partagé un formulaire pour rassembler ses troupes.



Source link
Quitter la version mobile