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comment le Cotentin est devenu la Manche

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Pour simplifier le maillage du pays, autrefois très compliqué entre les découpages judiciaires, administratifs, religieux…, la Révolution organise la France en départements. Pour éviter de tout reprendre à zéro, l’Assemblée Constituante décide qu’il y aura entre 75 et 85 départements, formés sur la base des anciennes provinces. Et ce sont les députés de chacune de ces anciennes provinces qui décideront du découpage de leur région en départements, puis en districts.

Frontières naturelles

Le 12 décembre 1789, réunis dans la salle des Capucins à Paris, les députés normands commencent à plancher sur le sujet. Première question à trancher : 5 ou 6 départements pour la Normandie ? Car Lisieux veut son département pour en être le chef-lieu, sous le prétexte que tous les Normands puissent accéder à la mer sans sortir de leur département… Rejeté. Ce sera donc 5.

Ensuite, quelles frontières pour chaque département à l’intérieur de la Normandie ? De manière générale, les députés tiennent compte de la géographie, de l’histoire, 

des courants commerciaux, des habitudes, voire des découpages des diocèses ou des bailliages de l’Ancien Régime, pour faire leurs découpages.

Pour le Cotentin, c’est assez simple. Les députés décident de reprendre dans ses grandes lignes le territoire de l’ancien grand bailliage du Cotentin (regroupant les diocèses de Coutances et d’Avranches) pour former le futur département. Car à l’ouest et au sud, les frontières historiques avec la Bretagne et le Maine s’imposent d’elles-mêmes. 

Tandis qu’à l’est, on tient beaucoup compte des critères géographiques (lignes de crête, les rivières Vire et Elle, forêts de Cerisy, Neuilly…) pour délimiter le Cotentin et le Calvados.

La France au carré

L’avocat rouennais Thouret et l’abbé Sieyes proposent initialement à l’Assemblée Constituante de partager le royaume en 80 départements, chaque département ayant une superficie de 324 lieues carrées (18 lieues sur 18, une lieue étant égale à 4,82 km). 

A l’intérieur de chaque département, 9 districts de 36 lieues carrées (6 x 6), lesquels districts seraient ensuite divisés en 9 cantons de 4 lieues carrées (c’est à dire 6 480 cantons pour toute la France).

Un système cartésien à l’extrême, qui ne tient pas compte de la géographie, de l’histoire et de la répartition de la population. L’idée de Thouret et Sieyès sera rejetée par l’Assemblée.

Cherbourg, 7e district

Après la bataille du chef-lieu entre Coutances et Saint-Lô, (voir notre encadré), viennent les batailles pour choisir les chefs-lieux de district. Chaque ville ou bourg important avance sa candidature. Car outre le prestige que confère le titre de chef-lieu de district, c’est aussi l’assurance de voir s’installer une petite administration, de faire marcher le commerce local…

Dans le centre-Manche par exemple, Périers pousse ses pions en critiquant vertement sa concurrente Carentan, où « l’air est mortifère et désastreux, causé par les marécages qui l’environnent et par les eaux fétides et bourbeuses ». Carentan réplique en dressant la liste de ses habitants septuagénaires et octogénaires (68) pour prouver que l’air qu’on y respire est sain. Et engage simultanément le combat contre La Haye-du-Puits (elle aussi candidate), « bourgade misérable, ensevelie dans un pays inaccessible et composé au plus de 100 maisons, dont 20 à peine ont un étage au-dessus du rez-de-chaussée ».

Au final, les députés choisissent de retenir 6 chefs-lieux – Avranches, Mortain, Coutances, Saint-Lô, Carentan, Valognes – déjà sièges de bailliages sous l’Ancien Régime.

Et Cherbourg ? Pour son malheur, la ville n’avait aucun rôle ou pouvoir politique, judiciaire ou religieux sous l’Ancien Régime. Sauf que depuis que Louis XVI a fait engager les grands travaux de construction de la digue, Cherbourg est en plein essor démographique et économique et est devenu le siège de l’Amirauté.

Avoyne de Chantereyne, député de Cherbourg, plaide justement la cause de sa ville auprès de ses collègues. Et même si Valognes, autrefois ville forte du Cotentin, voit émerger cette concurrence d’un mauvais œil, Cherbourg devient le 7e district du département.

Viendront enfin les débats sur les délimitations des cantons à l’intérieur de chaque district : pour le Cotentin, on en retiendra 63.

Coutances/Saint-Lô, la bataille du chef-lieu

Quel chef-lieu pour la Manche ? Deux villes sont candidates : Coutances et Saint-Lô. Coutances se targue d’accueillir déjà le siège du diocèse, un tribunal, a des routes qui la relient à Cherbourg et Avranches, et propose le couvent des Dominicains pour abriter les nouvelles administrations.

Saint-Lô insiste sur son caractère central, sa plus grande proximité avec Paris, la nécessité de ne pas tout donner à Coutances, et met à la disposition de l’administration l’abbaye de Sainte-Croix.

Dans l’impossibilité de trancher, les députés du Cotentin laissent ce soin à leurs collègues normands qui optent pour Coutances par 30 voix contre 10. En l’an IV (1796), Saint-Lô sera définitivement choisi comme chef-lieu de la Manche (Coutances gardant son tribunal et le siège du diocèse).

Pas d’Ancien Régime

Tous ces découpages effectués, les députés remettent alors le fruit de leur travail au Comité de constitution de l’Assemblée. Et le 26 février 1790, celle-ci donne la liste complète de tous les départements français avec leurs noms.

C’est à ce moment que la Manche se substitue au Cotentin d’un point de vue administratif : car il est hors de question de garder un nom issu de l’Ancien Régime pour désigner un département français.

On a donc choisi le nom de la mer bordant le département sur trois de ses côtés : Manche. Imparable.



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