Pour éviter de se faire censurer par le Parti socialiste en janvier 2025, François Bayrou avait annoncé un conclave sur la question des retraites. Le terme avait de quoi déconcerter venant de la part d’un Premier ministre bien loin de la papauté invoquée par un conclave, cette assemblée des cardinaux réunis pour élire un nouveau pape.
Quoi qu’il en soit, cette grand-messe devait réunir syndicats et patronats afin de « rechercher une voie de réforme nouvelle, sans aucun totem et sans aucun tabou, pas même l’âge de la retraite, à condition qu’elle réponde à l’exigence fixée », avait expliqué le Premier ministre béarnais devant les députés lors de son discours de politique générale.
L’exigence étant l’équilibre financier du système de retraite.
Les règles étaient claires. Mais de ce conclave, il n’y aura pas de fumée blanche. Ou du moins pas pour tout le monde. Car depuis février, cette grande concertation a tourné au concours du claquage de porte. Tour à tour, Force ouvrière, puis l’Union des entreprises de proximité et enfin la CGT ce mercredi 19 mars 2025, ont quitté le conclave.
Pointé du doigt, le maître du jeu, François Bayrou, est accusé d’avoir changé les règles à plusieurs reprises. Avant une nouvelle réunion, prévue jeudi 20 mars, le conclave vacille.
« Mascarade » en février, polémique en mars
Les premiers à partir ? Force ouvrière, dès la première séance, le 27 février dernier.
L’organisation syndicale jugeait que la concertation tournait à la « mascarade » après l’exigence de François Bayrou de rétablir l’équilibre financier du système de retraites en 2030, soit 6,6 milliards d’économies supplémentaires à trouver par rapport à ce qui avait été demandé aux partenaires sociaux en janvier.
Autant dire que c’était un faux départ. Mais ce raté du début n’était rien aux vives réactions suscitées par François Bayrou après son annonce, dimanche 16 mars, de ne pas revenir sur l’âge de départ à 62 ans. Il a expliqué ce choix par le « contexte international », touché par la guerre en Ukraine.
Sa priorité est de rétablir « à l’équilibre de système des retraites du privé à 2030 ». Le retour à 62 ans, c’est donc non. En janvier, il n’y avait ni totem ni tabou, en mars, il y en a un : celui qui crispe le plus.
« Trahison »
Alors ce mercredi 19 mars, c’est au tour de la CGT partir des négociations. Sophie Binet, secrétaire générale, estime sur France 2 que François Bayrou « a trahi sa parole » et « les millions de salariés qui se sont mobilisés ».
Le Premier ministre et le patronat ont malheureusement définitivement enterré ce conclave. Et c’est très grave parce que le Premier ministre s’était engagé à ce que ces discussions soient sans totem, ni tabou. Or les 62 ans, c’est la question centrale.
« La CGT a décidé ce soir de quitter ces concertations et d’appeler les salariés à se mobiliser » en rejoignant notamment les cortèges de retraités prévus jeudi. Sophie Binet maintien qu’il est toujours possible « d’abroger la réforme des retraites » et de la financer.
Une organisation patronale quitte aussi le conclave
Sur des positions diamétralement opposées à celles des syndicats, la plus petite des trois organisations patronales, l’U2P (artisans, commerçants et professions libérales) a aussi quitté le « conclave » mardi, qualifiant ces négociations de « jeu de dupes ».
Cette organisation estime que l’équilibre du régime des retraites « imposera de repousser l’âge légal de départ au-delà de 64 ans », sauf pour les métiers difficiles.
Nouvelle réunion, nouvelles règles ?
Jeudi, seules trois organisations syndicales (CFDT, CFTC, CFE-CGC) et deux organisations patronales (Medef et CPME) se retrouveront ainsi à la table des discussions pour parler d’« usure professionnelle et pénibilité ».
Pour combien de temps ? La CFDT, premier syndicat de France, a estimé par l’intermédiaire de sa secrétaire générale Marylise Léon que le contrat avait été « rompu » après que François Bayrou a fermé la porte à un retour aux 62 ans.
Le Premier ministre (…) change les règles du jeu (et) ne voit pas où est le problème. Nous, on veut discuter de l’âge, l’âge de départ. C’est le cœur du réacteur. C’est la raison pour laquelle on s’est mobilisés et pour laquelle on a souhaité reprendre le fil des discussions.
Face à cela, la CFDT, si elle ne quitte pas la table, a prévenu qu’elle « s’affranchit » désormais « de la lettre de cadrage » du gouvernement et entend négocier « avec ceux qui ont envie vraiment de travailler » pour ouvrir « un autre » conclave. Pour la fumée blanche, il faudra attendre.
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