Comme un lundi. Sauf qu’avec Christophe Auguin, ce lundi 17 février 1997 n’est pas un lundi comme les autres. Il est exactement 9 h 33 du matin quand à bord de son Géodis, le skipper granvillais franchit le premier la ligne d’arrivée du Vendée Globe Challenge, le tour du monde en solitaire sans escales. 105 jours, 20 heures et 31 minutes auparavant, il avait franchi la même ligne mais dans l’autre sens.

Énorme
Battant le record de l’épreuve (3 jours de mieux que Lamazou en 1989), Christophe Auguin devient aussi le premier skipper à remporter trois tours du monde en solitaire (il avait déjà remporté deux fois le BOC Challenge, tour du monde avec escales).
L’exploit est énorme, salué comme il se doit par des dizaines de milliers de spectateurs enthousiastes, qui n’ont pas hésité à prendre leur lundi matin pour assister au retour victorieux d’Auguin. Les félicitations pleuvent – Chirac, Juppé… – tandis qu’en conversation radio avec le héros du jour, Éric Tabarly se fend de deux phrases :
« je te félicite pour ta performance. Tu as vraiment bien géré toutes les difficultés, je suis très heureux pour toi « .
Quand on connaît la légendaire faconde du pape de la voile, on apprécie à sa juste mesure son message à Auguin…
A Cherbourg, la victoire du chantier JMV
– Géodis, le bateau de Christophe Auguin, a été construit à Cherbourg par le chantier JMV. Lancé en 1994 sous le nom de Sceta Calberson, ce 60 pieds léger, rapide et résistant, a permis à Christophe Auguin de remporter son second BOC Challenge en 1995, avant le triomphe du Vendée Globe.
– Marc Thiercelin, arrivé second aux Sables d’Olonne, une semaine après Auguin, a lui aussi un bateau passé par JMV : il s’agit en fait de l’ancien Groupe Sceta, à bord duquel Auguin avait remporté son premier BOC Challenge. Rebaptisé Crédit Immobilier de France, le bateau a été préparé par JMV pour le Vendée Globe.
– Enfin, le skipper canadien Gerry Roufs, disparu en mer le 6 janvier 1997, naviguait lui aussi sur un bateau fabriqué à Cherbourg, Groupe LG2, sa coque sortant du même moule que le Géodis d’Auguin.
« Des traces toute ma vie »
Sur les quais des Sables d’Olonne, dans la cohue (la police devra établir un cordon de sécurité devant le bateau), la famille Auguin s’accorde quelques instants d’intimité avant que Christophe ne replonge dans la foule et réponde aux questions des 200 journalistes qui l’attendent (dont deux directs dans les JT de TF1 et France 2).

– Sa course ? Auguin avait décidé de ne pas partir pleine balle pour ménager son bateau dans l’Atlantique. Quatre jours avant de passer le cap de Bonne-Espérance, il a pris la tête de la flotte pour ne plus la lâcher, appuyant sur l’accélérateur dans l’Océan Indien, se faisant de belles peurs en chavirant deux fois.
– Les dernières heures ? Compliquées, avec un gros coup de vent à 40 nœuds dans le Golfe de Gascogne, le bateau couché à plusieurs reprises par des déferlantes. Puis des ronds dans l’eau devant les Sables d’Olonne pour attendre la marée haute et pouvoir rentrer enfin au port (son bateau ayant un gros tirant d’eau).
– Ses impressions de course ? « Une expérience énorme, enrichissante, dont je garderai des traces toute ma vie. Mais la course la plus difficile que j’ai jamais courue, terriblement dure ».
– Trois mois de solitude ? « J’ai l’impression d’avoir pris 10 ans, mais aussi d’être parti hier, d’avoir vécu une minute qui était une éternité ».
– Et maintenant ? « J’ai envie de tout ce que je n’ai pas eu depuis longtemps. D’abord retrouver ma famille. Ensuite manger de tout sauf des produits déshydratés. Voir du monde et discuter avec mes copains ».
Christophe Auguin a arrêté la course au large en 2001. Il vit aujourd’hui en Uruguay.
En 2021, Miranda Merron, en 2025 Louis Duc
Le 17 février 2021 (pile-poil 24 ans après la victoire d’Auguin), la Britannique (mais résidant à Barneville-Carteret) Miranda Merron boucle à son tour un Vendée Globe Challenge à bord de son Imoca Campagne de France.
Il y a une semaine, le Carterétais Louis Duc, à bord de son Imoca 60 pieds Fives Group-Lantana Environnement, a bouclé lui aussi son Vendée Globe en 91 jours 8 minutes et 48 secondes.
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