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cette association demande d’interdire la pêche de ces deux poissons en danger d’extinction

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L’association Défense des milieux aquatiques (DMA) a demandé ce vendredi 14 février 2025 au juge des référés du tribunal administratif de Nantes (Loire-Atlantique) de suspendre les arrêtés des préfets de la Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire autorisant la pêche de la lamproie et de l’alose dans la Loire et ses affluents, alors que ces deux espèces de poissons migrateurs sont pourtant classées en « danger d’extinction », selon l’agence Presspepper.

Cette association d’Escoussans (Gironde) demande en fait une interdiction totale des « captures » de ces poissons au nom du « principe de précaution » : elle s’appuie pour cela sur le travail de LOGRAMI (Loire Grands Migrateurs), une association de Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier) qui fait « un travail remarquable » et qui est « de très loin la meilleure » sur le sujet.

Le président de DMA a ainsi rappelé « les indicateurs très dégradés » en matière de lamproies sur le bassin de la Vienne : après avoir eu « un effet Covid inespéré » en 2020, cette rivière et ses affluents connaissent depuis 2022 « une chute aux enfers ».

« Quand la pêche est réduite, l’effet est spectaculaire », en a donc déduit Philippe Garcia devant le juge des référés. Il ne faut pas croire au Père Noël : on peut déjà vous prédire un effondrement des captures pour 2027, comme il y en a déjà eu en Bretagne et en Gironde. »

Cet ancien médecin a profité de l’audience pour tourner en dérision le « terrible silure », un poisson qui mesure 1,5 mètre en moyenne : c’est ce « bouc-émissaire » qui serait à l’origine de la disparition des lamproies et aloses dans la Loire, selon l’Association agréée des pêcheurs professionnels en eau douce, venue à la rescousse du préfet de la Loire-Atlantique.

L’association milite pour une « indemnisation » des pêcheurs

Mais « on en a sorti des dizaines de tonnes en Gironde, et il n’y a eu absolument aucun impact sur les populations, c’est l’encéphalogramme plat, a assuré Philippe Garcia au juge des référés du tribunal administratif de Nantes. Depuis dix ans, on fait aussi des études stomacales, c’est-à-dire qu’on vide leurs estomacs pour voir ce qu’ils ont mangé… Et il y a à peine 6 % d’aloses, pour les plus grands silures ! S’ils mangent 600 aloses dans l’année, et même dix fois plus, on est encore loin du compte. »

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Dans la mesure où la situation est « désespérée » et que les défenseurs des poissons n’ont « plus aucun espoir que ça aille mieux dans le futur », ils se sont donc résolus à saisir le juge administratif pour faire suspendre ces deux arrêtés préfectoraux pris respectivement les 7 janvier 2025 et 19 décembre 2024.

« On nous reproche de cibler les pêcheurs, mais ce n’est pas vrai, a tenu à souligner le président de Défense des milieux aquatiques. On travaille aussi sur la question des barrages, idem sur celle du réchauffement climatique. Toutes ces menaces qui nous dépassent, ce sont autant de raisons pour agir en urgence. »

L’association « souhaite » donc qu’il y ait une « indemnisation » pour les pêcheurs qui pourraient être impactés par le « moratoire de quelques années » qu’elle réclame aux autorités afin de « recréer un effet Covid » : un dédommagement serait « normal ».

« Mais il y a un refus obstiné de l’administration, qui veut nous faire croire qu’elle ne pourrait pas le faire », se désole le président de DMA.

Nous, on n’est pas pour la disparition des pêcheurs : on est contre la disparition des poissons.

Philippe Garcia, président de DMA

L’État « pas du tout dans l’obstination pro-pêche »

Le juriste de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de la Loire-Atlantique, qui travaille dans un « petit bureau » à la préfecture, a pourtant assuré que l’État n’était « pas du tout dans l’obstination pro-pêche » : ses collègues lui ont fait part de leur « perplexité » car ils « n’arrivent pas à bien comprendre ce qu’il se passe » sur le bassin de la Loire.

« Avec le réchauffement climatique, peut-être que les aloses remontent vers le nord », a-t-il émis comme hypothèse après avoir fait état d’une « colonisation » à un endroit « en Bretagne ».

L’année 2025 va donc être « une année-charnière » pour les fonctionnaires de la préfecture car ils « attendent des infos » qui pourraient contredire les « observations contestables et hypothétiques » de DMA et permettre de « prendre la bonne décision » : une étude de trois ans intitulée « SOS Aloses » a été initiée par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).

Si elle a « pris du retard », c’est parce qu’il fallait « trouver des financements » : initialement dotée de « 400000 € », elle va finalement pouvoir coûter « 1 million d’euros » de fonds publics.

« Il n’est pas question de remettre en cause le travail de LOGRAMI, on a besoin d’eux, mais le bassin de la Loire il est immense, a résumé le juriste de la DDTM 44. Leurs chiffres, on ne les comprend pas du tout, c’est juste pas possible ! »

Sans exclure un « problème avec le système de suivi » des captures déclarées par les pêcheurs, il a donc mis en garde le juge des référés du tribunal administratif de Nantes contre la « tentation » d’interdire la pêche : ce « levier immédiatement activable » serait « une solution de facilité » face à « la théorie du déclin ».

Elle serait même « injuste » pour les « petites entreprises » qui ont de « petits moyens » et de « petits chiffres d’affaires », alors que la pêche en Loire présente un « aspect culturel » et est « inscrite dans le patrimoine local ».

« C’est vraiment l’exemple de la gestion a la francaise »

L’Association agréée des pêcheurs professionnels en eau douce a elle aussi critiqué les « nombreux biais » qui affectent les chiffres de LOGRAMI : son avocat s’est d’ailleurs « inscrit en faux » contre le « prétendu défaut d’encadrement » de ses membres, « accusés de tout attraper 24 h/24 ».

Ces pêcheurs « de génération en génération » ne déploient en effet leurs « filets-barrages » de « 400 mètres » de long sur ce « grand fleuve paisible » que « deux heures par jour », ce qui permet au poisson de « passer librement sans aucune contrainte 22 heures sur 24 ».

« J’ai entendu beaucoup de mauvaise foi, d’omissions et de mensonges, a réagi le président de DMA après sa plaidoirie. Quand j’entends l’administration dire qu’elle ne comprend pas, je lui conseille de prendre des cours, et si possible des cours d’halieutique. C’est vraiment l’exemple de la gestion à la française : on s’arrête de capturer quand tout a déjà été capturé ! C’est pratique : comme ça, les pêcheurs ne sont pas impactés… Mais il faut aussi penser aux générations futures, qui ne sont pas là pour s’exprimer. »

« Cela fait dix ans que j’entends ça, dans tous les prétoires, s’est encore lamenté Philippe Garcia. Il n’y a rien d’impossible dans cette affaire, mais on se borne à nier les évidences… L’administration est perdue : on nous promet une énième étude, un miroir aux alouettes, et pendant ce temps-là on procrastine et on gagne du temps. »

Un autre recours par une autre association

Le juge, qui a mis sa décision en délibéré, rendra son ordonnance dans « une dizaine de jours ». Il se prononcera par la même occasion sur un recours similaire à celui de DMA, mais initié cette fois-ci par une « Association d’étude et de protection des poissons dans le département de la Loire-Atlantique » déclarée à la sous-préfecture de Pontivy (Morbihan) « quelques jours » avant les deux arrêtés contestés. Ni présente ni représentée par un avocat, elle s’est donnée pour objet social « l’opposition à toutes les formes de pêche ».



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