jnews.fr

« C’était un moment de faiblesse »



C’est un parcours difficile que traverse cet homme, passé devant le tribunal de Lille, le mardi 28 janvier 2025. Arrivé dans la Capitale des Flandres depuis quelques semaines, il a comparu pour plusieurs délits sur fond de précarité et d’addiction. Il a assuré vouloir se reconstruire. « C’était un moment de faiblesse », confie-t-il à propos d’un des vols commis dans une voiture. Le tribunal a statué sur une peine de 18 mois de prison, en peine aménagée, pour lui donner une chance de se réinsérer.

Surpris avec des objets volés et un couteau à cran d’arrêt : « Je n’aurais jamais été jusqu’à blesser quelqu’un »

D’octobre à janvier, Christophe* a multiplié les délits à Lille. Originaire de Charleville-Mézières, cet homme sans domicile fixe résidant dans les locaux de l’Abej a été arrêté pour détention de stupéfiants et trafic, vols, tentative de vol, recel et détention d’arme.

Tout commence à son arrivée à Lille, tout juste sorti du train, le 27 octobre dernier. Il est repéré aux abords de la gare Lille-Flandres à regarder les véhicules stationnés. Les policiers soupçonnent un vol imminent. Il est retrouvé un peu plus loin avec des effets dont il ne sait dire la provenance : des clés de voiture, un portefeuille et un chéquier. Une partie des effets trouvés correspond à un dépôt de plainte fait quelques jours plus tôt. Surtout, il a en sa possession un marteau brise-vitre et un couteau à cran d’arrêt avec une lame d’environ 8 cm.

Pourquoi avoir une telle arme ? « Pour me défendre », a répondu le prévenu à la présidente. « J’arrivais à Lille, j’avais peur d’être embêté. Mais je n’aurais jamais été jusqu’à blesser quelqu’un ». Et la présidente de rappeler : « ça, vous ne pouvez pas le savoir, les choses peuvent vite dégénérer. »

Les 9 et 11 novembre, il est surpris à fouiller plusieurs voitures en ville. Arrêté en possession de divers objets, il reconnaît tout de suite les vols, évoquant un « besoin de se faire de l’argent, pour manger ».

La vente de stups boulevard de Metz le conduit devant le tribunal

C’est un autre fait qui a entraîné son passage en correctionnelle : le 26 janvier, en plein après-midi, il a été surpris à vendre de la drogue, boulevard de Metz à Lille. Il était au côté de sa compagne et avait en sa possession de l’argent issu du trafic et deux sachets contenant de la cocaïne et de l’héroïne. « On était parti chercher une dose, et on a eu une proposition, de vendre contre une dose. J’ai pas mesuré ce que je faisais », a déclaré le prévenu, qui évoque une imprudence. « Pour moi c’était juste le temps d’une heure ou deux ».

Une spirale infernale

Christophe, dont les premières mentions du casier judiciaire remontent à 2001, a déjà été incarcéré. « Ma peine m’a tout enlevé, surtout mes enfants ». De sa sortie en 2006 à 2017, il n’a pas eu de démêlés avec la justice. « Pourquoi ne s’est-il rien passé tout ce temps, et vous retrouve-t-on en 2017 ? » Des soucis personnels l’ont de nouveau conduits à la rue, explique-t-il, et à retomber dans la drogue. 

« Je veux essayer de me reconstruire ici », a-t-il confié au tribunal. Surtout, il aimerait revoir sa fille, placée. Et un autre enfant, né fin 2023, relève la présidente. Il évoque son envie de venir à Lille pour prendre un nouveau départ. « À Charleville il n’y a pas de boulot, pas de possibilités. Je suis trop connu là-bas. »

Ce qui ressort de cette affaire est que depuis quelques années, Christophe est coincé dans une spirale infernale : celle de la précarité, et de l’addiction à la drogue. « Je fais la manche. On fait tout pour avoir sa dose », relate-t-il devant l’assemblée. Pour les vols commis, il déclare : « C’était un moment de faiblesse. Je sais que c’est une connerie d’avoir fait ça. Mais je n’ai rien cassé, je ne fais pas de dégradation. » 

Ce qui inquiète le tribunal est la récurrence des faits, à Lille et dans la ville d’origine du prévenu, qui a récemment été condamné là-bas pour des faits similaires. « La question est, qu’est-ce qu’on fait pour que ça s’arrête ? Vous parlez de prendre un nouveau départ à Lille, mais depuis octobre vous enchaînez les faits. » « Je n’ai pas d’autres moyens de vivre », a appuyé le prévenu, qui a, selon son avocat, « besoin d’aide pour s’en sortir ». 

« Tout se résume à la drogue »

« Tout se résume à la drogue », a appuyé l’avocat du prévenu. « On a affaire à un couple en souffrance, à deux toxicomanes, deux personnes dans la détresse, qui font tout pour avoir leur dose. » Il a souligné que les vols ont été faits sans aucune violence, « aucune volonté de dégrader les biens. Il recèle des chèques, on en est là. »

La procureure de la République a requis une peine de 18 mois d’emprisonnement avec 6 mois en sursis probatoire et mise à l’épreuve sur 24 mois. Une peine aménagée en semi-liberté pour permettre à Christophe de se réinsérer. « Je requiers une peine mixte, parce que Monsieur a besoin de cadre. Et j’ai envie de le croire, quand il dit qu’il veut s’en sortir » a appuyé la représentante du ministère public. Et l’avocat du prévenu d’abonder en ce sens. 

Le tribunal a statué sur une peine de 18 mois d’emprisonnement dont 9 de sursis probatoire et 2 ans de mise à l’épreuve. Il a pour interdiction de détenir toute arme pendant une durée de trois ans et les scellés ont été confisquées. En attendant que les conditions soient établies par le juge d’application des peines, le prévenu a été maintenu en détention. À compter du jour du délibéré, il avait 10 jours pour faire appel.

*Le prénom a été changé.



Source link
Quitter la version mobile