Au sous-sol d’une très jolie maison à l’ouest de Vitré (Ille-et-Vilaine) s’empilent des dizaines de trophées et médailles glanés un peu partout.
Il en manque pourtant un bon paquet. « J’ai dû gagner 200 coupes en 35 ans. C’est devenu difficile de tout stocker, donc forcément, j’ai dû en jeter certaines », confie Bruno Heise, un peu embêté.
En revanche, les souvenirs du titre de champion d’Europe par équipes dans la catégorie des plus de 50 ans, glané à la mi-février à Malte avec ses compatriotes du gratin français du billard, eux, resteront indélébiles.
« Une des plus belles choses de ma vie »
« Au bout de deux jours à Malte je pleurais. Parce qu’il y avait énormément de pression et on venait de se ramasser sur trois rencontres. J’ai dit à ma femme « allez, on rentre à la maison », rembobine le Vitréen de 54 ans. On a su se ressaisir tous ensemble. Ce titre est un accomplissement, une des plus belles choses de ma vie. Ça a été des émotions incroyables, presque violentes pour moi. »
Bruno Heise et ses coéquipiers ont fait tomber l’Irlande et l’Angleterre lors de la phase finale, deux pays où le billard est profondément ancré dans la culture populaire.
Nous à 4 ans, on met nos enfants dans une piscine. Eux, ils commencent à jouer au billard.
Les Français se projettent désormais sur les championnats du monde au mois d’août en Irlande, et rêvent secrètement d’un incroyable doublé qui ferait basculer leur aventure dans l’irréel.
« Comme j’aime gagner, je suis monté assez vite »
Lorsqu’il grandit dans une famille de restaurateurs bretilliens, Bruno Heise est pourtant bien loin de s’imaginer un destin européen.
Jusqu’à ses 19 ans, avant qu’une blessure ne vienne perturber ses séances quotidiennes de course à pied et de musculation, c’est à peine s’il effectue quelques parties de temps en temps.
« Je ne pouvais plus faire de sport, il fallait faire autre chose. J’étais cuisinier chez mes parents, qui avaient un billard. Je m’y suis mis un peu comme ça. Je n’aime pas faire les choses à moitié, donc je me suis retrouvé à faire cinq heures de billard par jour dès le départ. Sans rien savoir, et sans aucun conseil. Comme j’aime gagner, je suis monté assez vite », sourit Bruno Heise.
Il atteint son plus haut niveau en 1997. Était-il meilleur à l’époque que maintenant ?
« Je m’entraînais beaucoup et j’étais plus fougueux. Aujourd’hui, j’ai l’âge et la sagesse dans un sport qui demande aussi beaucoup de qualités mentales. J’étais impulsif et je le suis peut-être encore un peu trop, car j’ai besoin de ma femme pour me canaliser. »
« Le billard a toujours pris toute la place »
Après quelques années comme buralistes au Grand-Fougeray, le couple Heise a pris les rênes du restaurant L’Espérance à Vitré. Le voilà contraint de mettre le très haut niveau entre parenthèses.
« Je ne pouvais plus jouer le week-end, mais j’ai continué à m’entraîner. Quand on terminait à 1 h, certains soirs, je descendais jusqu’à 3 h. Le billard a toujours pris toute la place dans ma vie. Il y a le travail par obligation, parce qu’il faut bien vivre, et le billard pour tout le reste. »
Depuis, les Heise ont lâché l’Espérance, mais transmis le gène du restaurateur à leur fils Kevin, qui s’est installé comme pizzaïolo.
Ils sont désormais propriétaires de quatre stations de lavages, trois à Vitré et une à Bruz. Une activité qui permet au néo-champion d’Europe de se dégager du temps pour les entraînements.
« Je me suis laissé une année à 100 % dans le billard, explique-t-il. Mais les stations de lavage, c’est 7 jours sur 7. Quand il y a des demandes des clients, que l’on soit à Malte pour des championnats d’Europe ou pas, il faut bien les accompagner. »
Des somnifères pour les championnats du monde
À 54 ans, Bruno Heise réfléchit comme un vrai sportif de haut niveau, notamment en matière d’hygiène de vie. Il boit très peu d’alcool, fait attention à ce qu’il mange « et ce n’est pas facile quand on est restaurateur à la base ».
La question du sommeil est plus délicate pour cet éternel stressé qui ne dormait pas plus de trois heures par nuit à Malte, le poussant à expérimenter la prise de somnifères en vue des championnats du monde qui s’étireront sur douze jours.
À moyen terme, Bruno Heise doit aussi composer avec quelques pépins aux cervicales, un début d’arthrose et surtout la baisse de sa vue, pourtant prépondérante au billard.
« C’est une vraie source d’anxiété pour moi, car je ne sais vraiment pas par quoi je vais pouvoir remplacer le billard dans ma vie. »
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