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ce maire pousse un coup de gueule contre la lenteur de la justice


« Si on cherche la facilité, il faut aller se faire élire ailleurs », confiait récemment Valéry Beuriot au détour d’une conférence de presse. On veut bien le croire, tant le maire de Brionne (Eure) affronte depuis plusieurs mois des vents contraires.

Il se passerait volontiers de voir sa commune occuper aussi régulièrement la rubrique des faits divers. La répétition des événements suscite l’inquiétude et nourrit le débat local, son opposition lui reprochant de ne pas avoir la main assez ferme.

« La sécurité, ce n’est pas une option, et ce n’est pas un thème de droite ou de gauche, déclare-t-il à notre journal. J’en fais une priorité de l’action de la majorité municipale. On ne peut pas prétendre à un cadre de vie serein pour les habitants s’il n’y a pas ce droit à la tranquillité assuré. »

La sécurité relève « avant tout des prérogatives de l’Etat »

Depuis 2020, la commune a déployé la vidéosurveillance et de nouvelles caméras viendront compléter les 26 déjà existantes dans les années à venir. Le dispositif sera renforcé en centre-ville et la possibilité d’équiper certains quartiers est en réflexion.

« Cela rend de fiers services aux forces de l’ordre qui viennent consulter les images chaque semaine », dit-il. Mais l’embauche de deux policiers municipaux supplémentaires, demandée par Martine Goetheyn, élue de l’opposition, ne lui semble pas la réponse adéquate.

Je rends hommage au travail de la police municipale, notamment en termes de prévention et de médiation. Mais son rôle n’est pas le même que la gendarmerie, avec qui une convention de coopération a été renouvelée pour trois ans l’année dernière.

Valéry Beuriot
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Membre du Parti communiste, Valéry Beuriot reste arc-bouté sur un principe : la sécurité relève « avant tout des prérogatives de l’État ». Et le compte n’y est pas, selon lui.

Il pense aux effectifs de la communauté de brigades de Brionne « qui n’ont quasiment pas bougé alors que les missions de la gendarmerie s’alourdissent » sur un territoire grand de 60 communes.

Et le budget 2025 de l’État a le don de l’agacer avec une baisse annoncée des crédits alloués aux réservistes de la gendarmerie (de 90 à 75 millions d’euros au niveau national), pourtant très utiles pour de nombreuses missions de sécurisation au quotidien.

Il songe également à la justice, « dont la faiblesse des moyens fait que la réponse pénale prend trop de temps et donne le sentiment que rien ne se passe ».

« Un sentiment d’impunité » 

Le maire de Brionne est aux premières loges pour le constater, car derrière les dégradations de mobilier urbain à l’été 2024, les voitures abîmées la nuit d’Halloween ou les poubelles incendiées à intervalles réguliers, autant de faits chroniqués ces derniers mois, se trouve souvent « une bande de mineurs qui nous empoisonne la vie. Et la réponse pénale tarde à venir », regrette-t-il.

Un conteneur à déchets incendié dans le quartier des Fontaines dans la nuit du 30 au 31 décembre. ©DR

Les mineurs font l’objet d’une justice spécifique, régie par l’ordonnance du 2 février 1945, complétée au fil des années par d’autres textes regroupés depuis septembre 2021 dans le code de la justice pénale des mineurs (CJPM).

Ils ont un statut particulier qui les protège, mais le travail des gendarmes est considérablement compliqué par des procédures qui allongent les délais. Dans la tête de ces jeunes écervelés, cela se traduit par un sentiment d’impunité. 

Valéry Beuriot

Des enquêtes ont été menées et les individus « sont quasiment tous identifiés », indique-t-il. Ils sont une petite dizaine, « et pas tous Brionnais ». Certains sont encore loin d’avoir la majorité, précise le maire.

Les auditions vont arriver, mais c’est beaucoup trop long. La présence d’un avocat est indispensable, en plus de celle du responsable légal. Et il y a un manque d’avocats. Si vous n’avez pas réuni l’ensemble des parties prenantes, il ne se passe rien.

Valéry Beuriot

Valéry Beuriot a écrit deux lettres au procureur de la République d’Évreux, Rémi Coutin, « pour appuyer le travail des gendarmes ». Une première le 22 novembre 2024, dans laquelle il recense l’ensemble des faits ayant donné lieu à un dépôt de plainte, de la part de la Ville ou des habitants.

Il en évoque aussi d’autres, qui n’ont pas fait l’objet de plaintes, mais qui ont été portés à la connaissance de la mairie. C’est le cas, par exemple, d’une agression physique, pour laquelle la victime a préféré ne pas alerter les gendarmes, par peur des représailles.

Un appartement squatté dans le quartier de la Vallée

Le second courrier a été envoyé le 27 janvier 2025, car entre-temps les violences se sont poursuivies. Dans la nuit du 30 décembre, un conteneur à déchets a été brûlé dans la rue des Fontaines et un tir de mortier s’est produit à la Vallée, malgré le doublement des patrouilles ce soir-là.

C’est aussi dans ce quartier que l’appartement d’un majeur protégé a été squatté par la même bande de jeunes, expose le maire.

« J’ai alerté le procureur et le Département de l’Eure, en charge de l’action sociale, pour trouver une solution, car cette personne est vulnérable et ne peut pas rester en autonomie. Mais c’est complexe et il y a de l’attente, car les logements manquent. »

L’immeuble Les Muguets où un appartement a été squatté par la bande de mineurs. ©Eveil Normand / AB

La présence des jeunes squatteurs a aussi pour conséquence d’alourdir le climat au sein de l’immeuble Les Muguets, entre insultes, tapages nocturnes, intimidations et incivilités diverses. « Des personnes âgées ne se sentent pas en sécurité », convient Valéry Beuriot, qui a réuni les résidents le 27 janvier afin de partager les informations dont il dispose.

Je veux que les habitants retrouvent leur tranquillité, le temps des interpellations doit venir très vite. Je fais confiance à la justice de mon pays et aux gendarmes, mais c’est mon rôle d’alerter sur les moyens insuffisants. Et les gens doivent le savoir.

Valéry Beuriot

Des interpellations, il y en a eu le 23 janvier, mais il s’agissait de cinq hommes majeurs, après des violences envers les forces de l’ordre en août dernier. Placés en garde à vue, ils ont été relâchés en attendant leur convocation devant le tribunal.

Un contexte politique tendu 

Par cette prise de parole médiatique, qu’il qualifie lui-même de « coupe de gueule », l’édile de Brionne entend montrer son « pragmatisme » et son « sérieux ». Il sait combien la lenteur, dans la résolution des affaires, laisse à penser « que le maire se désintéresse du sujet, ce qui est totalement faux ».

Surtout dans un contexte politique tendu à un an des prochaines élections municipales, au moment où le Rassemblement national avance ses pions à Brionne. « À ceux qui seraient tentés d’instrumentaliser cette question à des fins politiciennes, je leur dis qu’elle est trop sérieuse pour donner lieu à des surenchères permanentes. »

« Les interpellations vont arriver », assure le procureur

Joint vendredi 14 février par l’Éveil Normand, le procureur de la République d’Évreux a accepté de dire quelques mots à propos des faits dénoncés par le maire de Brionne. « La situation est parfaitement prise en compte par le parquet et la gendarmerie », déclare Rémi Coutin, qui a bien reçu les deux courriers envoyés par Valéry Beuriot. « Des enquêtes sont en cours, les gendarmes travaillent avec les moyens qui sont les leurs et lorsqu’il s’agit de mineurs, il y a des procédures spécifiques », ajoute le procureur, qui promet des interpellations dans les semaines à venir. « Il y aura nécessairement une réponse de la justice lorsque les interpellations et les auditions auront lieu. » Rémi Coutin précise, par ailleurs, que la gendarmerie tient régulièrement au courant le maire de Brionne de l’avancée des investigations.



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