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Candidate et cheffe d’entreprise en Sarthe, récit d’une campagne législative éclair et mouvementée

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A l’occasion de la remise des médailles du travail dans son entreprise, vendredi 24 janvier 2025, Sylvie Casenave-Péré, PDG de Posson Packaging à Louailles (Sarthe), a offert à chacun des 44 salariés à l’honneur, un petit livre. Son nom « 35 voix, journal d’une campagne éclair ». Elle a souhaité coucher sur le papier le récit de sa campagne électorale sur la 4e circonscription de la Sarthe, sous les couleurs de Renaissance, pour les élections législatives 2024, en juin dernier. De l’investiture à son retrait au second tour, retour avec la cheffe d’entreprise sur une campagne éclair et mouvementée. 

Pourquoi avoir écrit ce « petit livre » ? Est-ce une façon de régler certains comptes ?

Je ne suis pas quelqu’un qui ai cette culture de règlement de comptes. Dans la vie, on a tous chacun ses enjeux, sa manière de voir le monde. Face à la candidature de Marie-Caroline Le Pen, j’ai eu un sentiment de révolte en tant qu’électeur.

Dans ce livre, je voulais surtout partager cette expérience complètement inattendue pour moi. Je ne m’attendais pas à partir en campagne électorale. C’est quelque chose que je n’avais jamais imaginé dans mon parcours de vie. Je suis très absorbée par ma passion, cette entreprise que je dirige depuis bientôt 30 ans. Je ne pensais pas que quelqu’un puisse penser à ça pour moi. À vrai dire, je n’ai pas accepté non plus cette proposition. Elle a été annoncée avant même que j’aie donné mon accord. J’ai voulu partager ce qui arrivait à un chef d’entreprise quand il n’a pas toutes les cartes en main, quand il ne comprend pas un univers, un univers qu’il côtoie par ailleurs.

Que vous a-t-il manqué pour être au second tour ?

Il aurait fallu qu’il n’y ait pas de candidat LR, ni le candidat indépendant. Il aurait fallu que mon suppléant libère un peu son agenda, j’aurai pu récupérer les 35 voix qui me manquaient. J’aurais pu faire beaucoup d’autres choses. Mais, je ne me suis pas posé la question comme ça, je me suis dit c’est déjà magnifique que des hommes et des femmes aient voté pour quelqu’un qui ne faisait pas la Une des médias télévisés nationaux comme a pu le faire régulièrement Marie-Caroline Le Pen. Soutenue par son parti, avec des finances quasi illimitées et des militants, elle a d’ailleurs fait un très mauvais résultat en perdant finalement contre la députée LFI.

Ce livre est aussi une façon d’expliquer votre retrait du second tour ?

Ce qui m’a touchée ce sont les reproches de ne pas être allée jusqu’au bout. Ça m’a meurtrie. Je l’ai vécu comme une injustice. J’ai voulu l’expliquer avant tout à mes salariés. Les gens n’ont pas compris que j’accepte de ne pas me présenter au second tour. Ils me connaissent, je me bats. Le contexte politique était tel. Il y avait du chantage de maintien des LFI dans les autres circonscriptions de la Sarthe si je ne me désistais pas. J’étais inattendue dans cette campagne, pour moi, je n’étais pas légitime pour continuer. Je n’avais pas envie d’embarquer toute la belle histoire construite dans la Sarthe avec Posson et ses équipes dans un combat inégal. Je me suis retrouvée dans la position de prendre une décision que les autres ne comprennent pas. Il y a des choses que l’on ne comprend pas quand on n’est pas dedans et que j’ai voulu expliquer.

Sylvie Casenave-Péré a décidé de raconter « dans un petit livre » sa campagne électorale pour les législatives sur la 4e circonscription de la Sarthe. ©Julie HURISSE/Les Nouvelles de Sablé

Le plus difficile plus difficile pour vous durant cette campagne ?

Ce qui a été le plus dur a été le manque de soutien. Je ne comprends pas. Dans mon travail jamais je ne demanderai à quelqu’un de faire le travail sans lui donner les outils. Là il y a une différence de culture et de respect de l’autre qui me paraît inouï.

J’ai été confrontée à mener cette campagne électorale sans moyens, les moyens de Renaissance étaient portés sur les deux députés sortants en Sarthe ; sans équipe réelle, en comptant sur la bonne volonté de quelques-uns qui ont rejoint l’équipe, des gens bénévoles qu’on ne choisit pas toujours. La plupart de ceux qui constituent ce monde attendent toute leur vie une investiture que moi je n’ai pas attendue. C’est assez insolite donc ça déclenche de l’amertume, des jalousies, des combats de personne autour de moi. J’ai été assez effarée et aussi attristée d’observer cette pièce de théâtre qui se joue devant nos yeux sans qu’on en ait vraiment conscience. Ça m’a un peu bouleversée.

J’étais la candidate inattendue pour tout le monde. Preuve en est, quand le ministre de l’environnement vient à Parcé, il ne m’invite pas. Ses équipes ne m’invitent pas à les rejoindre chez M. et Mme Riauté qui sont à cinq minutes de l’usine. Je ne suis pas la bienvenue et je ne fais pas partie du paysage politique.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?

L’histoire de 1.60 euro par voix. Je l’ai appris pendant la campagne. Au premier tour quel que soit le score que fasse le candidat, chaque voix rapporte au candidat ou à l’organisation qu’il représente s’il en a une, 1.6 euros par voix et par année de mandature qu’il gagne ou qu’il perde. Ça a répondu à une interrogation pour moi car au fil des années, on a de plus en plus de candidats au premier tour.

On croit naïvement que les politiques portent des idées mais avant tout c’est un système de financement. Ce n’est pas clairement dit et j’ai fait le livre pour expliquer ce qu’il se passait pour une candidate envoyée au front, un peu comme en 14, sans uniforme, sans arme et sans balle.

Votre candidature a-t-elle eu un impact sur l’activité de votre entreprise ?

Elle n’en n’a pas eu. Les gens étaient plutôt contents, clients ou salariés. Je n’ai pas eu de remarque négative. J’ai eu beaucoup de curiosité bienveillante.

Qu’en conservez-vous aujourd’hui ?

Plutôt de la joie, le fait de rencontrer des gens que je n’aurais jamais imaginé rencontrer. De très belles personnes. C’est un peu comme après une guerre on sait sur qui on peut compter. A un moment je parle de l’armée des ombres. Je suis assez naïve dans mes rapports aux autres. J’y mets du cœur or j’ai eu le sentiment dans cet univers-là que la place au cœur était très réduite. Je sors moins naïve de cette campagne.

Je me rends compte aussi que le politique compte dans la vie des gens. C’est quelque chose dont j’ai pris conscience. Pour celui qui va voter, ce n’est pas un jeu. Les décisions qui sont prises touchent sa vie. Ça compte la politique.

Livre campagne électorale Sylvie Casenave Péré Posson
Sylvie Casenave-Péré destine son livre avant tout à ses salariés. Il était à leur disposition à l’occasion de la cérémonie de remise de médailles, vendredi 24 janvier 2025. ©Julie HURISSE/Les Nouvelles de Sablé

Votre livre a été distribué à vos salariés, pensez vous le diffuser plus largement ?

Je l’ai publié à compte d’auteur. Je le distribue gratuitement aux gens que je connais, ma famille, mes amis, ceux qui m’ont aidé pendant la campagne. Ecrire un livre est un bon exercice, je ne l’avais jamais fait.

Marie-Caroline Le Pen a déposé un recours dont le résultat devrait être connu ces prochaines semaines. S’il est validé, vous présenterez-vous de nouveau ?

J’ai 66 ans. J’arrive à un âge ou on a envie de prendre un peu plus de temps. L’entreprise m’occupe beaucoup et j’adore ça. Je ne me vois pas remplacer une passion par quelque chose d’aussi incertain qu’un mandat politique par contre j’ai cette curiosité de mieux comprendre un domaine que je n’avais pas compris du tout. Il y a beaucoup d’ego en politique et je ne sais pas si je supporterais ça. Je pense que ce qui fait les parcours de vie ce sont les circonstances.

Mais, ça m’intéresserait de repartir car je n’ai pas tout compris et tout me paraît assez insensé. Ce serait mon fond de motivation mais il faudrait que les circonstances le permettent. Avec l’expérience que j’ai eue, peut-être que je serais capable de dire j’y vais, mais pas toute seule et avec une équipe loyale. Encore faudrait-il aussi que je reçoive une investiture. Je pourrais aussi y aller sur mon nom.

Je n’irais pas en disant que je vais gagner, j’irais en disant je fais de mon mieux comme j’ai fait toute ma vie pour la communauté.



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