À la mairie de Sains, en Bretagne Nord, les projets foisonnent pour améliorer la commune. Mais tous restes incertains et suspendus aux scénarios imprévisibles du conseil municipal. Celui-ci est en effet secoué par des affrontements entre majorité et opposition.
« Nous avons eu deux budgets bloqués en 2023 et 2024. C’est le préfet qui les a validés, mais cela nous fait perdre six mois à chaque fois. Le problème, c’est que nous étions cinq contre cinq jusqu’à fin 2024, suite à une démission. Deux autres conseillers sont partis et nous avons donc lancé de nouvelles élections », explique Nicolas Bathellier, maire de ce village de 450 habitants.
J’ai déposé plainte deux fois pour diffamation envers Jean-Marie Tassel et l’ancien deuxième adjoint qui m’accusaient d’abus de pouvoir.
Ces élections ont eu lieu en décembre 2024 et ont désigné trois nouveaux conseillers municipaux. Le maire a lui-même demandé à sa première adjointe de démissionner pour renvoyer les électeurs aux urnes, en espérant que les nommés soient en sa faveur. « Comme prévu, mon adjointe a été réélue à son poste. Mais les nouveaux conseillers ont rejoint l’opposition. Nous sommes donc 3 contre 8 désormais. La situation ne s’est donc pas améliorée », déplore l’édile.
Des démissions en pagaille
De l’autre côté de la table du conseil, le point de vue sur la situation est différent. « Nous sommes cinq dans notre groupe d’opposition. Deux personnes soutiennent le maire. Les trois nouveaux conseillers ne sont pas avec nous, mais je pense qu’ils se rendent compte des problèmes de la mairie, c’est pour cela qu’ils rejoignent notre avis », soutient Jean-Marie Tassel, membre de l’opposition.
Comme Nicolas Bathellier, il effectue son premier mandat. Il était même son premier adjoint en 2020, après les municipales. Mais celui que l’on surnomme désormais « Le shérif » dans la majorité, en raison de ses rondes dans le village, a changé de camp. « À l’époque, il avait un discours charmeur. Mais son comportement a vite changé. Les relations se sont tendues avec les habitants et les élus », poursuit-il.
L’ancien adjoint décrit des phrases lancées visant « à dénigrer certains conseillers, notamment d’opposition. Ce n’est pas quelqu’un de fédérateur ». Selon lui, onze démissions ont été actées depuis le début du mandat, nécessitant deux élections partielles. Le maire reconnaît ce chiffre. « Pour trois d’entre elles, on peut dire que je suis en cause, car j’ai mis les élus face à leurs responsabilités et ils n’ont pas apprécié. Les autres sont des choix personnels, mais l’opposition essaie de tout me mettre sur le dos, car ils n’ont rien contre moi », assure-t-il.
Harcèlement et diffamation
Les querelles du conseil municipal sont allées jusqu’au dépôt de plainte en 2022. « J’ai déposé plainte deux fois pour diffamation envers Jean-Marie Tassel et l’ancien deuxième adjoint qui m’accusaient d’abus de pouvoir. L’ancienne secrétaire a aussi déposé plainte pour harcèlement », rappelle Nicolas Bathellier.
« Elles n’ont mené à rien, ce n’était pas justifié. Nous essayions de souligner les incohérences de ses actes. Pour la secrétaire, elle a eu des formations payées par la mairie, mais elle avait des difficultés, alors il y a eu des conflits, tout simplement », justifie Jean-Marie Tassel.
Litige autour de l’épicerie associative
Ces attaques à répétition les uns contre les autres ont principalement commencé au moment de l’ouverture de l’épicerie associative, La baie des mouchoux, dans le village. Plusieurs membres de l’opposition y sont bénévoles.
« J’ai participé à l’ouverture de ce commerce. C’était une convention tripartite entre l’association, la mairie et la communauté de communes. Il devait y avoir le bar avec un loyer progressif et un tiers-lieu gratuit. Avec une subvention de 5 000 € par an. Mais la communauté de communes a estimé que tout devait être fourni gratuitement, ce qui n’était pas prévu. Elle n’a pas été très bonne là-dessus. J’aurais refusé le projet si tout était gratuit », assure le maire.
Il a forcé pour faire passer le loyer de 100 à 500 € en conseil municipal, « comme prévu dans la convention », avant de se rétracter face à la pression de l’opposition. « Il essayait simplement de faire couler le projet, car il savait que nous y participions. Jamais l’association n’aurait survécu à un tel loyer », s’indigne Jean-Marie Tassel.
Les litiges autour de cette convention ont poussé les deux parties à engager des avocats pour trouver un terrain d’entente. Les discussions sont en cours. « Je négocie pour signer un nouveau bail. Ils se servent de ce lieu pour alimenter le conflit. C’est une vengeance », estime Nicolas Bathellier.
Des conseils municipaux « violents »
L’opposition se dit, elle aussi, constamment agressée. « Il nous attaque toujours dans le journal municipal », déplore l’ancien premier adjoint. Les journaux municipaux relatent en effet le détail des conseils et l’avis du maire sur de nombreuses questions. Mais ils montrent surtout la violence des séances municipales.
Dans le journal de juin 2024, on peut lire : « Les séances des conseils municipaux sont souvent perturbées par une violation régulière des règles de tenues des débats. […] J’ai dû clôturer la dernière séance avant son terme, car les débats se résumaient à des invectives à l’encontre de ma personne ».
Le maire parle également de « complot visant à se débarrasser de moi » et de « comportements indignes de l’opposition ». Un symbole de l’ambiance qui règne dans la commune. « Il a un double discours et est agressif avec nous en conseil », assure l’ancien premier adjoint.
Un blocage jusqu’en 2026 ?
Pour Jean-Marie Tassel ces histoires font simplement perdre de l’argent à la commune. « On voit en plus que le maire est isolé à la communauté de communes. Il ne travaille pas avec les autres maires. D’ailleurs quand j’étais adjoint, les gens pensaient que j’étais maire, car il était toujours absent. »
Aujourd’hui, l’opposition réclame la démission de l’édile. « C’est ce qu’il aurait dû faire lors des dernières élections partielles. Nous sommes pour les projets de la commune, mais nous ne pouvons plus lui faire confiance. Nous ne pouvons pas laisser les finances de Sains entre ses mains. Il ne répond pas à nos questions, il est très opaque. Alors, nous bloquons. Et je pense que ce sera ainsi jusqu’en 2026 », explique-t-il.
Les deux parties sont d’ailleurs pessimistes sur le vote du budget 2025 qui doit se tenir au printemps. Celui-ci devrait être bloqué pour la troisième fois consécutive et ralentir davantage les projets. En attendant, chaque camp affirme œuvrer pour la réunification du village.
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