À Brest, et bien au-delà des frontières de la cité du Ponant, Cyril de Sousa Cardoso fait figure d’expert en intelligence artificielle (IA). Entrepreneur, essayiste et conférencier, il est à la tête du groupe Polaria, qui accompagne, notamment, la transformation des organisations à l’ère, justement, de l’intelligence artificielle.
« L’IA, c’est tout simplement un système informatique qui cherche à reproduire un fonctionnement cognitif humain », pose d’emblée Cyril de Sousa Cardoso. « Autant dire que nous l’utilisons depuis très longtemps, depuis le développement de l’informatique dans les années 1950 et cette envie de créer des machines intelligentes. » Il cite l’exemple des GPS, des réseaux sociaux, correcteurs orthographiques…
« Une phase d’accélération technologique »
Qu’est-ce qui a changé ces dernières années ? « La sortie de ChatGPT, chatbot développé par la société OpenAI, qui, au début, a une dimension non lucrative et veut mettre dans les mains du grand public ce que l’on appelle les modèles de fondation, c’est-à-dire capables de générer de nouvelles données, dont ChatGPT est un représentant », explique Cyril de Sousa Cardoso. « Aucune entreprise n’avait osé le faire. Depuis 2022, et cette innovation de rupture, les tranformers (le T de GPT), brique qu’il manquait jusque-là, l’IA est capable de générer du texte, les pixels d’une photo, d’une vidéo, le signal sonore d’une voix, d’une musique… Plus aucune tâche intellectuelle humaine ne pourra plus ne pas être assistée. Et ça évolue tous les jours, nous sommes dans une phase d’accélération technologique, énormément de nouveautés vont apparaître. » On parle là de l’intelligence artificielle générative et conversationnelle.
« Mais attention, ajoute-t-il, le 100 % IA, ça ne fonctionnera pas. » Citant ce paradoxe de Moravec : Ce qui est simple pour nous est compliqué pour l’ordinateur et inversement. « L’IA intervient sur les tâches intellectuelles, revalorise les tâches d’interaction humaines et les tâches manuelles. C’est une opportunité pour développer encore plus l’humain dans notre société. »
Il l’affirme : « Aujourd’hui, le sujet c’est : comment l’IA transforme de manière opérationnelle les entreprises et organisations publiques. Elle est au croisement de nombreux secteurs d’activité et sera un support pour eux. »
Cyril de Sousa Cordoso le pense, la France et l’Europe sont plutôt dans la course, « il faut se battre pour déployer et généraliser l’open source, insuffler le bien commun et pas un modèle économique privé. »
« Brest doit être un territoire qui pense la façon de mettre l’IA au service de l’humain. » Et d’expliquer que l’écosystème en la matière est riche. « De par sa culture des télécoms, d’innovation et du digital, le territoire est naturellement porté sur l’intelligence artificielle et pense son développement en le croisant avec ses activités de la cybersécurité, industrie agroalimentaire, technologies marines, robotique, drone, santé… »
À Brest, « le terreau est propice »
Mikaël Cabon, à l’origine de la création de la chaire Managia avec Cyril de Sousa Cardoso (tous les deux sont les auteurs de l’ouvrage Apprendre à guider les IA, Librio, 96 p, 3 euros) met en avant les atouts de Brest : « Ici, le terreau est propice. »
Il cite la French Tech Brest Bretagne Ouest, qui fédère et anime les acteurs locaux de l’intelligence artificielle et qui a lancé les AI Days dont la sixième édition se déroulera les 2 et 3 juillet au sein des ateliers des Capucins.
« Dans cet écosystème très intéressant, nous avons aussi de belles équipes dotées d’un vrai savoir-faire dans les laboratoires de recherche de l’Isen, de l’UBO, de l’IMT Atlantique, de l’Enib, l’Ensta… » Il évoque également des entreprises comme la start-up OSO-AI qui a inventé la solution L’Oreille augmentée des soignants ou Arkéa qui intègre l’IA dans son plan stratégique. Ou des créateurs, comme Tristan Legros, directeur artistique indépendant qui utilise l’IA pour ses travaux. Ces sujets feront l’objet des prochains volets publiés sur notre site.
« Ici, nous avons la particularité d’être loin de tout, au début du monde. Mais les outils de l’IA nous rapprochent », assure Mikaël Cabon.
Et tous les acteurs en sont persuadés : Brest a une carte à jouer dans le développement de l’intelligence artificielle que chacun est invité à s’approprier.
Source link