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Belgique. À moins d’une heure de Lille, l’ancien Hôpital Notre-Dame à la Rose soigne aujourd’hui l’ignorance


En attendant la réouverture de l’Hospice Notre-Dame de Seclin et si vous connaissez déjà l’Hospice Comtesse de Lille, pourquoi ne pas visiter l’ancien « Hôpital Notre-Dame à la Rose » de Lessines en Belgique ? Il est devenu musée. Le peintre René Magritte (né en 1898 dans cette petite ville wallonne au nord d’Ath) aurait jubilé devant la juxtaposition « surréaliste » d’objets d’art (tableaux typiques de la spiritualité bérullienne), d’objets de piété (précieux reliquaires), de curiosités médicales (trousses d’amputation)… Tout cela habite sans les avoir jamais quittées les nombreuses salles, remarquablement restaurées, de cet ancien hôtel-Dieu médiéval devenu musée.

L’Hôpital Notre-Dame à la Rose héberge une collection d’objets médicaux et pharmaceutiques. ©JL Pelon

Clystère, bourdaloue, crédence…

Si vous voulez savoir ce qu’est un « clystère », un « portrait-espion », un pot à thériaque, la « panacée à l’Helkiase », un « bourdaloue »… Si vous n’avez jamais vu une « seringue à baptême intra-utérin », une « chevrette à onguents », un « Christ androgyne », un moule à suppositoires, une « commode à la Tronchin »… Si vous ne savez pas d’où viennent les vocables « dorer la pilule », « mauvaise humeur », ou « crédence »… Alors courez, non pas en visite mais en pèlerinage culturel à Lessines ! À une moins d’une heure de Lille en voiture automobile par l’A27-A 8, à peu près à mi-chemin entre Tournai et Bruxelles.

Tenue d’un médecin au Moyen Âge. ©JL Pelon

Du souci des malheureux à l’accueil des touristes

Au cœur de ce bourg qui fut jadis l’une des plus opulents du comté de Hainaut, ces bâtiments furent conçus pour une vie autarcique, et implantés pour le salut de l’âme et la santé du corps des « pauvres malades » (ou plutôt des malades pauvres.) Ce ne sont pas moins de huit siècles d’histoire religieuse et médicale qui revivent dans ce lieu fondé en 1242 par Alix de Rosoit et son époux, un seigneur féodal dont le nom a retrouvé un certain lustre en 2014. En effet, Arnoul IV d’Audenarde, grand bailli de Flandre, combattit à la bataille de Bouvines du côté de la Coalition vaincue par le roi Philippe Auguste. Il mourut, âgé de plus de 60 ans, des suites des blessures reçues à la bataille de Taillebourg (21 juillet 1242), cette fois au service du roi Louis IX à qui il avait dû prêter allégeance.

Déjà, l’homéopathie ! ©JL Pelon

Les bâtiments actuellement visibles (refaits entre le XVIe et le XVIIIe) ont la forme de deux quadrilatères irréguliers. Le premier – « un vrai joyau » avait dit le roi Baudouin lors d’une visite en 1984, avant même les travaux modernes de rénovation/valorisation – était dédié aux Sœurs augustines et à tous ceux qu’elles accueillaient.

Il se prolonge par un jardin médicinal et potager ceint de murs, un cimetière, un enclos dans lequel une profonde glacière circulaire a été creusée et maçonnée. Il est séparé par un bras de la Dendre du second ensemble bâti : une « cense » carrée à vaste cour intérieure, affectée aux ressources alimentaires et aux tâches matérielles. L’« Hospice Notre-Dame » bénéficia durant des siècles de dons et legs de la part des riches inquiets de leur sort éternel.

Le salut par le froid

« Considérant qu’il n’y a pas chose au monde plus certaine que la mort ni chose plus incertaine que l’heure d’icelle, ne voulant quitter ce monde sans au préalable avoir disposé des biens qu’il a plu à Dieu lui donner… » : ainsi commençaient autrefois les testaments. Voilà comment l’institution finit par posséder au XVIIe siècle des centaines d’hectares de biens-fonds (terres à labours, carrières de porphyre, bois, fermes, pâtures), afin d’assurer la subsistance de cette communauté religieuse et surtout des misérables que la Providence lui envoyait à foison. La Providence, et non le hasard !

Car le malade, le fou, le mendiant, bref le laissé-pour-compte est – dans la mentalité chrétienne – le Christ lui-même : « Ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez » (Mat. 25, 40)

Comme on considérait que les maux du corps avaient partie liée à ceux de l’âme, on se souciait de soigner les seconds avant même les premiers, médecine et religion mêlées.

L’entrée du malade en cet Hôtel-Dieu ressemblait presque à l’entrée en religion de la nonne soignante : une « mort au monde ». Il (ou elle) devait commencer par recevoir les sacrements, puis on lui ôtait ses guenilles, on le revêtait d’une longue chemise, avec un bonnet pour se protéger des poux ou se calfeutrer le crâne s’il était rasé. Car, à l’Hospice de Lessines comme à l’Hospice-Comtesse de Lille, à la Bijloke de Gand ou au Sint-Janshospitaal de Bruges (les Hospices de Beaune, eux, sont du XVe), la Salle des malades n’était pas chauffée.

La durée moyenne de séjour d’un malade : un mois ! Quelques guérisons, beaucoup de trépas ! Ce n’était ni avarice ni manque de charité pour « nos seigneurs les pauvres », mais on aérait sans cesse par les lucarnes des fenêtres et les trappes des plafonds parce qu’on craignait à juste titre la contagion par les « miasmes organiques » dans les atmosphères confinées.

Second souffle pour l’hôpital des pauvres

Au Moyen Âge, l’hôpital avait une forme en L le long de la rivière. Il se composait d’une vaste Salle des malades construite selon le modèle d’une église-halle et d’une petite aile pour les locaux annexes (infirmerie, laiterie.) Une ferme est bâtie de l’autre côté de la Dendre (elle a continué à fonctionner jusque dans les années 1990). En fait, ce système autarcique était copié sur celui des abbayes. On y trouve donc aussi un jardin, un verger, un cimetière, des animaux. La ferme possédait en outre une glacière qui servait à conserver les denrées, certains remèdes, ainsi qu’une brasserie. La Dendre servait de voie de transport, de lieu où puiser nourriture et boisson ainsi que de source d’énergie pour actionner le moulin à aubes.

Les bâtiments qu’on connaît aujourd’hui, regroupés autour d’un joli cloître gothique, sont plus tardifs, aménagés et transformés entre le XVIe et le XVIIIe siècles. C’est la raison pour laquelle on note une différence dans les styles architecturaux : façade principale et chapelle baroques, cloître gothique…

Pourtant, il y règne une belle harmonie, sans doute parce que le mobilier de la vie quotidienne et religieuse a été préservé au fil du temps, parfois relégué au grenier, mais jamais détruit.

Jean-Louis Pelon

Infos : notredamealarose.be ; + 32 (0) 68 33 24 03.



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