La vétérinaire bretonne Bleuenn Pignet-Ardois, présente dans la Manche dans le cadre d’un remplacement d’une durée de six mois, est également affiliée au Réseau national échouages de l’observatoire Pelagis.
Elle a réalisé bénévolement l’autopsie du grand dauphin qui a été retrouvé ce vendredi 28 février 2025 sur la plage d’Équeurdreville-Hainneville (commune déléguée de Cherbourg-en-Cotentin, Manche).
Il s’agissait-là de sa 9e autopsie d’un mammifère marin (dauphin commun, marsouin, phoque gris) en cinq mois de présence dans le département. Elle nous explique ce qu’il faut en retenir.
Comment s’est déroulée l’autopsie ?
Nous l’avons débutée samedi à midi et cela a duré environ trois heures. Nous n’étions pas dans des conditions de laboratoire et il y avait un niveau élevé de prélèvements à faire donc cela a pris beaucoup de temps. Nous avons d’abord un protocole standard de prélèvements à réaliser pour alimenter les bases de données de Pelagis, sur les taux de polluants ou le régime alimentaire par exemple. Ces données sont utiles pour d’autres études et pour assurer le suivi global des populations. Ensuite, il y avait d’autres prélèvements plus spécifiques que nous devions faire dans le cas présent pour préciser le diagnostic, notamment en termes d’anatomopathologie et d’histopathologie, en plus de l’examen de divers organes.
« C’est une mort naturelle »
Quelles sont vos conclusions ?
Il s’agit donc d’une femelle adulte de 2 m 50. Des examens plus poussés doivent être faits sur ses dents pour déterminer son âge et sur ses ovaires pour déterminer son statut reproductif. Je dirais qu’elle a plus ou moins entre 9 et 13 ans. Sur l’examen clinique et l’autopsie de ce grand dauphin, je peux dire avec certitude que sa mort est due à une cause infectieuse et non à une capture accidentelle. C’est une mort naturelle, cette femelle était malade. Une infection bactériologique systémique a causé une septicémie, elle s’est répandue dans tout son corps et cela a ensuite entraîné sa mort.
Savez-vous quelle est l’origine de son infection ?
Comme tous les animaux sauvages, tout être vivant en réalité, il existe des pathologies d’origine bactérienne, virale ou parasitaire. Dans son cas, elle en est malheureusement décédée. Les causes bactériennes peuvent venir du milieu marin, qui peut être pollué ou dégradé par exemple. Et on peut imaginer que plus le système immunitaire d’un animal est faible, à cause du stress, de moindres ressources ou d’une mauvaise alimentation par exemple, plus il sera sensible à la qualité de son environnement. Certains animaux sont plus susceptibles de déclencher une infection si leur statut immunitaire est affaibli.
Peut-on faire un lien avec le fait que ce grand dauphin était connu pour fréquenter la rade de Cherbourg ?
Non, il n’y a pas forcément de lien avec la rade de Cherbourg en particulier. Je dirais plutôt avec l’océan au sens large, car c’est l’océan qui est complètement pollué. Le suivi des mammifères marins permet de mettre en avant la détérioration du milieu, de leur environnement. On constate que les animaux sont de plus en plus parasités. C’est le signe d’une dégradation des milieux.
Des infections comme celle que vous avez relevée dans le cadre de cette autopsie sont-elles transmissibles à l’homme ?
Oui, ces infections peuvent être transmissibles à l’homme, c’est ce qu’on appelle des maladies zoonotiques. Il est donc utile de rappeler aux gens qu’il ne faut s’approcher ni d’un animal mort ni de la faune sauvage vivante, même si l’on se trouve en mer. Prenez par exemple des plaisanciers sur un bateau qui verraient des dauphins. Ces animaux expectorent et des microparticules peuvent être transmises par le vent. Donc oui, le fait qu’un animal porteur d’une bactérie puisse transmettre sa maladie à l’homme est possible. Il faut toujours garder une bonne distance avec les animaux. Et si ce sont eux qui s’approchent du bateau, il faut rester en retrait, ne pas se pencher, ne pas chercher à faire de selfie avec eux. Par le toucher, il est également possible de voir transmettre une maladie de peau. Mieux vaut rester éloigné par précaution.
En cas de découverte d’un cétacé échoué, veuillez contacter l’observatoire Pelagis au 05 46 44 99 10.
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