À Valenciennes (Nord), le « Cabaret des curiosités » fête sa 13e édition. L’initiative en revient à Romaric Daurier, directeur du Phénix, qui voulait sortir de sa programmation habituelle et présenter des découvertes en dehors des sentiers battus et ouvrir une « bulle dans la saison ». Le Phénix s’associe avec 7 partenaires pour la programmation, qui compte 13 spectacles en 3 jours ! Avec des pépites.
Véritable laboratoire du spectacle vivant
Avec le temps, on se rend compte que ce rendez-vous du milieu de l’hiver constitue un véritable laboratoire du spectacle vivant, sous les yeux de 120 à 130 observateurs extérieurs (critiques et programmateurs) qui viennent deviner, avec curiosité, ce que sera le théâtre de demain.
Ici, pas de catégorie : théâtre, danse, musique… Juste un thème assez large pour permettre le rassemblement des créateurs. Cette année, il s’agit de « Guérillas » : la résistance plutôt que les conflits globaux.
13 spectacles, 3 jours
Tous les spectacles ne sont pas achevés. On trouve par exemple une esquisse de ce qui deviendra peut-être un spectacle à part entière : « Kséniia », le récit d’une artiste ukrainienne exfiltrée qui s’est racontée pendant la première phase de son déracinement et que Laurent Hatat met en scène pour une représentation de 20 minutes. Simplement « pour donner à voir » et chercher les moyens de terminer la production.
Un spectacle work in progress, gratuit sur réservation le 26 février à 14 h 30 et le 28 à 16 h 30.
Une nuit de 1789
Il sera joué quatre fois dans la salle de « l’Imaginaire » à Douchy-les-Mines du 26 au 28 février (tarif : 9 €). C’est un habitué du Phénix qui y revient avec un spectacle, créé à Villeneuve d’Ascq au printemps dernier, remarqué au festival d’Avignon parmi les dix meilleurs spectacles du off et qui en est à près de 80 représentations. Sans avoir encore pu capitaliser son succès d’Avignon.
II était urgent que les spectateurs de la région puissent découvrir cet opus : cette nuit du 4 août 1789 quand, dans un déluge de paroles libératrices, chacun se défait de ses privilèges. Comme si au petit matin s’était créée une société égalitaire et sans plus de privilèges. Une utopie d’une nuit d’été 1789, dans un dispositif scénique en forum dans lequel les spectateurs incarnent, selon les hasards de leur placement, l’un ou l’autre des trois corps de la société, Noblesse, Église ou Tiers-État.
« Thérèse et Isabelle », à partir du livre de Violette Leduc
On trouve aussi un nouveau coming-out de Violette Leduc dont beaucoup de lecteurs ont oublié qu’elle était originaire du Valenciennois et que son ouvrage Ravages (1951), objet de la dernière censure d’État, parut amputé de près d’un tiers. Celui-ci étant diffusé, pratiquement sous le manteau, beaucoup plus tard sous le titre « Thérèse et Isabelle » mis en scène ici par Marie Fortuit. Il sera joué les 26, 27 et 28 février à 18 h (tarif : 10 €). C’est dans un internat de Valenciennes, probablement au lycée Watteau, que se joue la découverte fulgurante d’un amour entre deux adolescentes avant que de s’éteindre tout aussi brutalement et de donner naissance à un texte majeur de la littérature féministe.
Les années valenciennoises de Violette Leduc et leur retentissement dans son œuvre seront portés dans une conférence à la bibliothèque Simone Veil mardi 25 février à 18 h.
Une curiosité supplémentaire dans un festival qui verra s’enchaîner les conférences, les réflexions collectives, et la restitution des ateliers lycéens.
Jean-Michel Stievenard
« Le Cabaret des curiosités », du mardi 25 au vendredi 28 février. Programme complet et billetterie sur lephenix.fr, et au 03 27 32 32 32.
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