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« Avant de savoir écrire, je voulais déjà raconter des histoires »



Laurence Fontaine, originaire de Douai (Nord), ennoblit les lettres du journalisme. A 20 ans, en 1985, elle rate de deux points le concours d’entrée à l’ESJ, Ecole supérieure de journalisme de Lille (Nord), sa ville natale. En 2025, elle est l’autrice de plusieurs romans et thrillers à côté de la correspondance de presse et prend ainsi une revanche méritée. Elle a accordé un entretien à Lille actu, dans lequel elle retrace son parcours, présente son dernier ouvrage sorti fin 2024 – « L’Amérique d’Elvis » -, et évoque ses projets.

Lille actu : Laurence, quel est votre parcours professionnel ?

J’ai eu plusieurs vies professionnelles. Après un DEA d’histoire, j’ai obtenu le Capes et enseigné l’histoire-géo pendant 27 ans en collège et lycée publics. Puis, documentaliste en lycée pendant 3 ans.

En parallèle, j’ai toujours écrit, d’abord seule face à la machine, dès 1990. J’ai été publiée à compte d’éditeur, en 2009, pour un premier roman policier teinté de fantastique, qui se déroulait en Irlande, publié en Bretagne de ce fait. Le livre a obtenu le prix de la première œuvre policière en 2010, ce qui m’a motivée à continuer.

En 2014, lors de la publication de mon troisième roman, « Bleu Eldorado », j’ai rencontré un producteur de documentaires, à Paris, Eric Ellena pour French Connection Film et j’ai collaboré à un premier projet doc « Sur les traces du chevalier de Saint George «  » afin d’assister le réalisateur (aide à l’écriture).

L’histoire est celle d’un maître d’armes-compositeur d’origine métis, Saint George, qui a participé à la révolution française, gommé des livres d’histoire par Napoléon. Réhabilité récemment, José Bakonga, le réalisateur, a décidé d’évoquer avec les élèves de la fac de Droit de Lille, le passage de ce personnage historique dans la région.

Une partie du tournage s’est effectuée à Lille et Douai, j’y ai participé, afin de présenter les partitions originales de Saint George que possède la bibliothèque de Douai. Ce projet, soutenu par Pictanovo, a été diffusé sur France 3 et France Outremer en 2023.

En 2017, j’ai écrit mon premier scénario sur l’avionneur-fondateur d’Air France, Louis Breguet (1880-1955), qui a débuté son activité à Douai avant d’installer ses usines à Vélizy-Villacoublay (Yvelines). Injustement oublié, Breguet est le « père » de l’avion du Petit prince, le Breguet 14. Ce projet documentaire (52 mn), travaillé avec le producteur de French Connection, la famille Breguet et le réalisateur Damien Muratel, a été présenté à France Télévisions. Je ne désespère pas qu’il soit réalisé, mais le temps de l’audiovisuel est très long !

Depuis un an, j’ai la chance de pouvoir écrire dans un journal, ce dont enfant je rêvais. Je collabore en qualité de correspondante de presse à l’hebdomadaire « L’Observateur du Douaisis » et à « Douai Métropole », mensuel gratuit. Je réalise des articles sur les sujets culturel, politique et divers.

Comment êtes-vous venue à l’écriture ?

Avant de savoir écrire, je voulais déjà raconter des histoires de fiction. A 8 ans, je tapais à la machine des articles sur la musique et le cinéma. J’ai écrit mon premier roman à 12 ans, et je voulais devenir journaliste parce que je me disais que c’était le seul métier où l’on était payé pour écrire (sourire), ayant bien conscience du côté hasardeux du métier d’écrivain et de la difficulté d’en vivre. Les aléas professionnels en ont décidé autrement …  

J’ai publié cinq romans policiers et thrillers à compte d’éditeurs (2009- 2020). Cela m’a valu l’obtention de quatre prix littéraires : 1er roman policier en Bretagne, prix du livre adulte au salon du livre de Somain et prix Géo magazine pour « Bleu Eldorado » (2013). Mes romans se situent en Irlande ou aux Etats-Unis, mes deux pays de prédilection. J’aime voyager lorsque j’écris, m’évader, voilà pourquoi je n’écris pas sur ma région bien que j’apprécie d’y vivre.

Quel est votre genre littéraire préféré ?

Je serais tentée de dire « tous », parce que je lis aussi bien des essais politiques, philosophiques, des ouvrages scientifiques, des romans policiers ou pas, des biographies et des livres sur le cinéma et la musique, mes deux autres passions.

Je ne suis pas une lectrice boulimique mais plutôt sélective.

Parmi mes livres préférés, il y a « Gatsby le magnifique », de F.S.-Fitzgerald, « Différentes saisons » de Stephen King, « Lettres à un jeune poète », de Rilke et « Le livre de l’intranquillité », de Fernando Pessoa. J’aime les littératures étrangères et lis aussi Kundera et Le Clézio, qui sont parmi mes auteurs français préférés.

Pourquoi consacrer votre dernier opus à Elvis Presley ? 

Elvis est le chanteur qui m’a fait découvrir l’Amérique, le rock et les courants musicaux qui en ont découlé mais aussi ceux qu’il y avait en amont, le jazz et le blues.

Je ne suis pas « bloquée » sur lui ni sur sa vie mais il a été la source d’une grande quantité de choses, dans le monde actuel. Cela va bien au-delà de la musique, il a introduit l’idée de rébellion dans nos esprits, dans nos vies, une certaine volonté de briser le conformisme.

Après le film éponyme de 2022 (réal. Baz Lurhmann), j’ai voulu expliquer l’artiste à travers le pays qui l’avait vu naître mais aussi jeter un regard « historique » sur tout ce qu’il a généré de neuf au XXème siècle. On sous estime l’influence des arts populaires sur le monde contemporain, y compris sur celui de la politique. 

« L’Amérique d’Elvis » (2024, Planet Hyperion, 15€)

Un livre à explorer comme on irait à un concert de rock : une grande aventure sur la route américaine au son de la musique du King. Une traversée d’un pays, de son histoire, où rêves et cauchemars sont permis ! Un regard neuf sur une légende trop tôt disparue (en 1977, à 42 ans) qui ne dissimule rien de la fin tragique de l’idole. 

Pour en savoir plus sur les ouvrages et suivre les actualités de Laurence, suivez sa page Facebook d’autrice : @bluelorence.

Quels sont vos projets ?

Après le Covid, je ne voulais plus écrire de roman à cause des difficultés de publication. Si l’on souhaite être épaulé par une maison d’édition nationale prenant en charge la diffusion du livre dans toutes les librairies de France, c’est un vrai parcours du combattant pour celui (celle) sans réseau et hors de Paris. Internet (auto édition) n’est pas une alternative valable car avoir un regard « pro » et extérieur sur son travail d’auteur est, pour moi, essentiel.

A l’automne 2024, j’ai commencé un nouveau roman avec les préoccupations des femmes dans le monde contemporain mais l’histoire restera celle d’un thriller. L’intrigue se déroulera entièrement dans une ville et j’ai choisi New York. Suspens, humour aussi, c’est un thriller psychologique, un peu dans le style de Joël Dicker pour établir une comparaison avec ce qui se fait actuellement.

Collaboratrice de deux médias de la presse écrite locale, quel regard portez-vous sur l’actualité de votre territoire ?

C’est passionnant, je vois ma région sous un autre angle, plus large. Je constate les possibilités offertes et les efforts fournis au quotidien par les politiques de tous bords. On a coutume de dire que la région du Nord, le bassin minier en particulier, sont les « parents pauvres » de la culture en France …

Je pense au contraire que, par rapport à d’autres régions, nous sommes en position de force, même s’il y a du retard à rattraper dans bien des cas.

L’offre culturelle existe. Il y a encore des progrès à faire, notamment en dehors de l’agglomération lilloise, en situation de monopole dans certains domaines, celui des concerts et des expositions, mais les lignes bougent et plus on répercutera ceci dans la presse écrite, plus l’écho sera fort et créera une prise de conscience et un dynamisme. Si l’on veut sortir de l’ère post-industrielle, saisir des opportunités, il convient que chacun soit acteur de son avenir, et pas seulement consommateur.

Les conseils donnés à un(e) jeune séduit(e) par l’écriture et/ou le journalisme ?

Pour « écrire bien », il faut écrire beaucoup et souvent, c’est comme un sport, l’entraînement importe plus que la performance elle-même. Il me semble aussi important de structurer sa pensée, avoir un esprit de synthèse, toujours bien peser chaque mot et élargir son vocabulaire et ses connaissances au maximum.

Cela prend du temps, mieux vaut laisser mûrir ses capacités, ne pas se précipiter – pour être édité, par exemple – ni faire de l’autosatisfaction en recevant les commentaires des lecteurs. Toujours rester humble face à ses écrits et voir ce qui peut être amélioré. Bref, être patient(e) et peaufiner son écriture pour la rendre fluide, agréable à lire, en gardant un haut niveau d’exigence vis à vis de soi.

Le journalisme demande une capacité d’écoute, une neutralité bienveillante et la volonté de restituer une forme de réalité, de vérité. On oublie trop souvent que ce métier, il n’est pas le seul, a une éthique qu’on se doit de respecter. Il ne s’agit pas d’aimer les autres mais d’avoir de la curiosité pour ce qu’ils font, ce qu’ils sont, et évidemment, étayer tout ceci par beaucoup de curiosité et une culture générale solide.

Recueilli par Philippe Courcier



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