Barbe, pull, regard… Tout a l’air sombre chez Assif A.. Il faut dire que le jeune homme de 28 ans ne comprend pas ce qu’il fait dans ce box vitré de la 23ᵉ chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Ce jeudi 13 février 2025, la justice le poursuit pour de multiples vols commis dans des supérettes, armé d’un tesson de bouteille.
Quatre attaques en une semaine
La série d’attaques débute au matin du 3 décembre 2024 dans un Franprix de la rue Daguerre. Un homme rentre dans la supérette. Vêtu d’une parka et d’un survêtement sombre, il prend une bouteille de bière, la casse sur le comptoir et menace la caissière. Il veut la recette de cette journée à peine commencée. Tétanisée, la victime ne parvient pas à ouvrir la machine. L’individu prend alors la fuite.
Loin de s’arrêter là, le suspect continue ses emplettes délictueuses. Quelques rues plus loin, il attaque un autre magasin. Cette fois-ci, il s’empare de plusieurs centaines d’euros. Les jours qui suivent, deux autres attaques se commettent avec le même mode opératoire. Durant la dernière, dans un Naturalia de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le voleur repart avec 1 500 euros.
Une ressemblance frappante
Les policiers du 14ᵉ arrondissement de Paris sont chargés de l’enquête. La vidéosurveillance des magasins les oriente vers une piste. L’individu immortalisé par les caméras ressemble beaucoup à Assif A., dont le portrait est tiré sur le fichier des antécédents judiciaires. Le jeune homme purge une peine de prison en semi-liberté dans les Yvelines. En janvier 2024, il a dévalisé une supérette à Saint-Ouen avec un tesson de bouteille. Plus compromettant encore, le caissier victime du vol au Naturalia le reconnaît formellement sur planche photographique.
« Y’a pas d’ADN, pas de factures téléphoniques… »
« Franchement, vous ressemblez beaucoup à ce monsieur sur les vidéosurveillances », lui lance le président du tribunal.
Cet élément à charge, la ressemblance, agace particulièrement l’intéressé.
« Y’a pas d’ADN, pas de factures téléphoniques. Moi je suis à Versailles. La seule preuve, c’est que je ressemble au mec sur la photo. Je comprends pas du tout », s’irrite Assif A. dans un débit rapide.
« Moi je suis pas enquêteur monsieur. Ça arrive très souvent de repérer une personne grâce à une photo », lui répond le président.
Le magistrat évoque des virements transcash faits par le prévenu peu après les faits. Là aussi, Assif A. ne comprend pas et lui coupe la parole avec colère :
« On parle de 150 euros. Ce n’est même pas le montant du butin ! »
« Laissez-moi répondre, on ne s’entend pas parler », le rabroue le juge.
Des victimes traumatisées
Condamné à quelques reprises pour trafic de drogue, le prévenu est détenteur d’un CAP. « Mon projet, c’est de trouver du travail. N’importe lequel », assure-t-il.
Le travail, Pierrick*, lui, n’y va plus. Victime de l’attaque au Naturalia, il est ressorti traumatisé et a dû se faire arrêter. Il prend désormais des antidépresseurs et demande 5 000 euros de dommages et intérêts.
« Ce qu’il faut retenir de cette affaire, c’est qu’on est sur le lieu de travail des victimes. Elles sont obligées de retourner sur le lieu de l’agression. Ça rajoute au traumatisme », déclare le procureur. Le magistrat en est convaincu, Assif A. est coupable. Son démenti ne serait qu’un « ultime mépris » de sa part ». Peine requise : trois ans de prison, dont une année ferme.
« Il se perdrait facilement dans une foule »
Pour l’avocat du prévenu, l’enquête menée par les policiers est un peu légère.
« On parle d’une simple ressemblance. Monsieur ne se caractérise pas par des traits physiques particuliers. Il se perdrait facilement dans une foule… Quant aux vêtements, il y a aussi dans cette salle des personnes qui portent des parkas sombres ou des joggings. On veut le condamner parce qu’il ressemble à un homme ayant commis des faits similaires aux siens ».
Côté défense, le standard de la preuve n’est pas atteint pour condamner. Pour le tribunal, oui. Le jeune homme devra purger une peine de 24 mois de prison et verser 1 500 euros de préjudice moral. À l’énoncé du délibéré, son regard est plus sombre que jamais.
*Le prénom a été modifié
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