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après l’affaire Bayou, cette sénatrice des Yvelines claque la porte des Verts



Cela faisait quinze ans que Ghislaine Senée était membre d’Europe Écologie Les Verts (EELV), renommé Les Écologistes en 2023. Sous son étiquette, l’ancienne maire d’Évecquemont (Yvelines) a conquis un siège au conseil régional en 2010. Une fonction qu’elle occupera jusqu’à son entrée au palais du Luxembourg.

La sénatrice a annoncé à la fin du mois de février 2025 qu’elle prenait ses distances avec un parti dont le fonctionnement ne lui correspond plus. Interview.

« La goutte d’eau qui a fait déborder le vase »

Que s’est-il passé pour que vous preniez la décision de rendre votre carte au parti Les Écologistes ?

Ghislaine Senée : Le communiqué avec beaucoup de langue de bois diffusé après l’annonce du classement sans suite des plaintes contre Julien Bayou a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La veille, lors d’un comité politique, la grande majorité d’entre nous voulait acter la décision prise par la justice et admettre que le parti a commis des erreurs. Pour un parti de gouvernement, il n’est pas possible de ne pas être capable de reconnaître l’état de droit et de dire stop, nous sommes allés trop loin.

Des erreurs ont été commises, selon vous…

Envoyer un appel à témoignages à 12 000 personnes, par exemple, était une erreur. J’ai toujours défendu une politique juste et égalitaire en tant que femme de gauche. Je ne me reconnais pas dans le positionnement de Sandrine Rousseau et d’une partie des jeunes militantes. Elles utilisent finalement les mêmes armes que le patriarcat qu’elles combattent, cela dessert la cause féministe. J’en ai ras-le-bol des caricatures systématiques qui m’oblige à me justifier face à ma famille, mes amis ou simplement des gens croisés dans la rue. La justice doit être restauratrice. Face à un comportement inapproprié, la chasse aux sorciers ou l’exclusion de toutes les structures d’un homme n’est pas une réponse politique.

Retour sur « l’affaire Bayou »

Le 20 février 2025, l’hebdomadaire « Le Point » dévoilait la décision du parquet de Paris de classer sans suite les plaintes déposées contre Julien Bayou, ex-secrétaire national d’Europe Écologie Les Verts (EELV), pour « harcèlement moral » et « abus de faiblesse ». En 2022, l’ancien député de Paris était mis en cause par son ex-compagne Anaïs Leleux.

Dans un mail interne à EELV, cette dernière l’accusait de « violences sexistes et sexuelles ». Le parti avait alors lancé une enquête interne contre son propre patron de l’époque incluant notamment un appel à témoignages diffusé à grande échelle. Sur le plateau de l’émission « C à vous » sur France 5, Sandrine Rousseau, également députée écologiste de Paris, attribuait à Julien Bayou « des comportements de nature à briser la santé morale des femmes » en réponse à un message posté sur les réseaux sociaux par l’association féministe Nous Toutes. Les investigations d’EELV n’ayant abouti à rien, Anaïs Leleux s’était tournée vers la justice en mars 2024. Là encore, les magistrats n’ont pas trouvé de reproches à faire à l’ex-parlementaire classant l’affaire « pour absence d’infractions ». Dans un communiqué, le parti écologiste a alors exprimé ses regrets pour les « souffrances et conséquences négatives sur la vie de Julien Bayou » et annonce un débat interne sur « les enseignements à en tirer ».

« Le rôle d’un parti est de faire avancer la loi »

Comment le parti aurait-il dû réagir ?

EELV aurait pu mener une politique de rédemption face à ceux qui se rendent compte qu’ils ont pu avoir des comportements pas acceptables. La réponse doit être collective pour rétablir de l’équilibre. C’est par l’éducation et la formation que nous arriverons à mener à bien notre projet égalitaire. Le rôle d’un parti est de faire avancer la loi, de trouver des solutions pour aboutir à un sentiment de sécurité et d’accompagnement des victimes.

En tant que seule sénatrice yvelinoise de gauche, n’avez-vous pas peur d’être encore plus isolée ?

Non, le président du groupe écologiste au Sénat où je continuerai de siéger et un certain nombre d’autres sénateurs ne sont pas encartés. Je ressens bien sûr le contrecoup de ma décision, je suis encore sonnée. Ce n’est pas simple car je pense toujours qu’EELV a le meilleur projet en termes d’écologie politique, c’est-à-dire de justice environnementale et sociale. Le parti m’a beaucoup apporté, il m’a permis de me structurer, j’y ai rencontré des gens extraordinaires et je lui dois mon élection en tant que sénatrice. Néanmoins, plus personne n’ose parler de peur d’être accusé de tous les maux alors que j’ai toujours dit haut et fort ce que je pensais quitte à déplaire.

« J’irai au bout de mon engagement »

Comme pour la Ligne nouvelle Paris-Normandie (LNPN)…

Ce sont le bon sens, mes valeurs et mes convictions qui me font avancer. Sur la LNPN, il est important d’expliquer le projet au plus grand nombre et son rôle dans la mise à niveau de l’offre ferroviaire d’un territoire de 400 000 habitants. Ce sera le but de la réunion publique à laquelle je participerai le 11 avril 2025 à Mantes-la-Jolie, avec les écolos du Mantois, la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) et des élus normands. Même si ma décision est une forme de démission du parti, elle n’a fait que renforcer ma volonté de continuer le combat. Surtout avec les élections municipales qui arrivent et la montée de l’extrême droite. Quoi qu’il arrive, j’irai au bout de mon engagement.



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