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Après la mort d’un homme lors d’une battue dans l’Orne, deux chasseurs condamnés

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Jeudi 13 mars, un groupe de chasseurs était convoqué au tribunal correctionnel d’Alençon (Orne) pour répondre à deux affaires distinctes, survenues à seulement un mois d’intervalle fin 2023. L’une d’elles avait coûté la vie à un homme sur la commune de Planches (Orne).

Premier acte, le sanglier apprivoisé

Les premiers faits remontent au 23 novembre 2023, à Mahéru (Orne). Lors d’une partie de chasse organisée par l’un des prévenus, sur son propre terrain, un chasseur a abattu un sanglier.

Mais voilà, l’animal, domestique et apprivoisé, est celui du voisin. Il vivait dans un enclos, protégé par un grillage. « C’était la fin de journée. La nuit tombait, je n’ai pas vu le grillage », a tenté de se justifier le tireur à la barre.

Au lieu de prévenir le propriétaire, l’homme retourne sur les lieux de l’incident quelques heures plus tard.

Il est accompagné de l’organisateur de la battue, Roger* et de deux autres chasseurs. Munis de pinces coupantes, les quatre prévenus ont détruit le grillage pour pouvoir récupérer l’animal, avant de s’en partager la dépouille.

« Je n’ai rien dit car j’avais honte », a reconnu Roger*, qui, du coup, avait demandé aux autres de garder le silence.

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« Ce n’est pas l’histoire du Petit Poucet »

L’affaire aurait pu rester dans l’ombre, mais elle a été révélée par un autre drame. C’est en parallèle à l’enquête sur la mort d’un homme lors d’une autre chasse que les forces de l’ordre ont mis la lumière sur cette première infraction.

Sans ce nouveau drame, nous n’aurions probablement jamais su ce qu’il c’était passé. Ce n’est pas l’histoire du Petit Poucet, mais bien de quatre chasseurs hors la loi.

La substitut du procureur, Hélène Tardif.

Elle faisait référence aux taches de sang retrouvées tout au long du chemin, entre la propriété de la victime et celle de Roger*.

Second acte, une battue fatale

Un peu plus d’un mois plus tard, 27 décembre 2023 à Planches (Orne), la chasse tourne au drame. Un chasseur de 44 ans est mortellement touché par une balle en pleine tête.

Une battue était organisée ce jour-là, une nouvelle fois par Roger*.

Les consignes de sécurité n’ont manifestement pas été respectées. Au sujet du tireur présumé, le même que dans la première affaire, « il n’aurait jamais dû être posté à cet endroit », a souligné un agent de l’Office français de la biodiversité (OFB), qui a pris part à l’enquête.

Aussi, le tir fatal n’aurait pas respecté la règle des 30 degrés, mesure de sécurité essentielle en battue. L’expertise balistique a estimé que l’angle de tir était de seulement 14,23 degrés, soit moins de la moitié requise.

« Je ne suis pas un excité de la chasse »

La balle du tireur, reconnaissable à son embout rouge, a bien été identifiée comme celle qui aurait ricoché jusqu’à la victime. Face aux juges, l’accusé, convoqué pour homicide involontaire, a ajouté qu’il pensait être en mesure de tirer en toute sécurité.

Interrogé sur la façon dont il avait calculé son angle de tir ce jour-là, il n’a pas su répondre précisément. « Je ne suis pas un excité de la chasse », a-t-il alors soutenu.

L’OFB a relevé une autre incohérence, la traque était dirigée vers une zone de non-tir.

Il y a un problème d’organisation. Là, on pousse les animaux dans le mauvais sens.

L’agent de l’OFB, présent à l’audience.

Les parties civiles, la mère, le frère et la compagne de la victime, sont venues au tribunal chercher des réponses. Au sujet de la femme de l’homme décédé, « Roger* est venu la voir trois semaines après le drame, pour lui demander de ne pas évoquer l’affaire du sanglier », rappelle avec consternation l’un des avocats des victimes.

« On est dans le délire de tout nier »

La vice-procureure n’a pas non plus caché son indignation. « Ce qui me choque aujourd’hui, c’est qu’il n’y a aucune émotion, aucune once d’empathie. On est dans le délire de tout nier », a-t-elle dit avant de requérir des peines sévères.

  • Pour le premier dossier, des amendes et des interdictions de chasse allant jusqu’à 5 ans.
  • Pour le drame de Planches, en plus des amendes et des interdictions de chasse, trois ans de prison dont deux avec sursis pour le tireur et deux ans, dont un avec sursis pour l’organisateur de la battue.

Les avocats de la défense ont, eux, plaidé la relaxe, pointant du doigt le manque de preuves formelles d’un ricochet et le fait que « la règle des 30 degrés n’était pas encore obligatoire au moment des faits ».

3 ans de prison dont 2 avec sursis

Après délibérations, le tribunal a suivi en grande partie les demandes du parquet.

  • 2 500 euros d’amende dont 1 500 avec sursis, 5 ans de suspension de permis de chasse et 5 ans d’interdiction de détenir et porter une arme pour Roger* et le tireur dans la première affaire.
  • 1 500 euros d’amende dont 1 000 avec sursis, 3 ans de suspension de permis de chasse et 3 ans d’interdiction de détenir et porter une arme pour les deux autres chasseurs, complices dans la première affaire.
  • Même sort pour Roger* et le tireur, 3 ans de prison dont 2 avec sursis, la partie ferme étant aménagée, ainsi qu’une indemnisation des parties civiles, concernant la seconde affaire.

Bientôt une autre affaire d’homicide liée à la chasse…

« La saison de chasse 2023-2024 a été une année noire pour le parquet d’Alençon », a évoqué Hélène Tardif. En effet, à l’échelle nationale, on a dénombré 6 homicides involontaires dont 2 dans le département, à seulement quelques jours d’intervalles…

* Prénom d’emprunt.



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