Dans le dohyō, deux physiques diamétralement opposés. D’un côté, Damien, 120 kilos. De l’autre, Thibault, 70 kilos. Sur le papier, le combat doit s’achever par la victoire du premier. Et pourtant, le duel tourne à l’avantage du second, rôdé à l’exercice depuis près d’une décennie. Aux antipodes des stéréotypes associés à ce sport, le sumo n’est pas réservé aux plus lourds gabarits. Un universalisme que s’attèle à défendre le Paris Sumo depuis sa naissance, en 2009.
Un sport de niche
Composée d’une vingtaine de membres, cette association de sumo amateur se revendique « premier club » de France à proposer des cours de cette pratique ancestrale. Dans l’Hexagone, le choix se révèle très limité. Outre la capitale, Perpignan (Pyrénées-Orientales) est la seule ville à accueillir des combattants au sein du Genbu Sumo.
« C’est un sport de niche. Même si la culture nipponne est assez présente, il y a peu de personnes qui savent que le sumo peut se pratiquer en France », explique le président du Paris Sumo, Thibault Ricci. Surveillant au lycée Janson-de-Sailly (16e), cet homme de 33 ans, bonhomme et courtois, a pris les rênes du club en 2023 après le décès du fondateur.
La continuité d’une histoire d’une vingtaine d’années commencée par une rencontre fortuite. « J’ai découvert le sumo à la télévision sur Eurosport, quand j’avais 10 ans. Je me suis rapidement intéressé à ce sport. Alors, quand je suis monté à Paris depuis Toulon, au milieu des années 2010, j’ai cherché un club », rembobine Thibault Ricci. La quête n’est pas vaine. Le Toulonnais rencontre le Paris Sumo et le sumo.
« C’est un art primaire. Il faut de la sagesse, de l’agilité, de la force et cela donne de l’épaisseur. Il n’y a pas que des gros, contrairement à ce qu’on peut penser »
Sans technique, la lutte se révèle inefficace. Et les gabarits moins lourds peuvent dominer. En témoigne l’exemple d’Hakuhō Shō. Ce lutteur mongol, naturalisé japonais en 2019, a régné sur la discipline durant plus de dix ans. Si bien qu’il a été élevé au rang de Yokozuna, le grade suprême. Pourtant, ses 120 kilos faisaient presque tache aux côtés de lutteurs pesés à plus de 150 kilos.
Ancrage au sol et spiritualité
À quelques milliers de kilomètres, le gymnase Jean-Dame, dans le 2e arrondissement de Paris, est le théâtre, à une échelle modeste, de cette humilité. Illustration à l’échauffement, ce dimanche 16 février 2025. Thibault Ricci affronte Clément, 83 kilos, pectoraux saillants et biceps gonflés.
« Je suis cuit. Je ne m’attendais à ce que cela soit aussi physique. Pourtant, je vais régulièrement à la salle »
Le lutteur exhibe un corps teinté de rougeurs, traduction d’une souffrance également visible à un visage bardé de rictus. Jusqu’à présent, son passé dans un dojo se résumait à « du judo vers 7 ans ». Insuffisant pour tenir face à des personnes plus expérimentées.
« On est très ancrés dans le sol. Tout vient de la terre. On prend toute l’énergie en quelques secondes »
Avant de lutter, chaque combattant doit plier les genoux, puis frapper le sol avec ses poings dans le dohyō, l’arène en forme de cercle d’un diamètre de 4,55 mètres. Le duel peut alors débuter.

« Il faut créer de l’irrégularité. Cela passe par une projection de la puissance. C’est un élément très fort dans la culture nippone où on défend l’honneur et la la maîtrise », affirme Thibault Ricci. Ainsi, l’ancrage au sol joue un rôle fondamental dans le déroulé d’un combat. C’est la raison pour laquelle les exercices de renforcement musculaire constituent un indispensable rendez-vous.
Un premier Open en mars
Outre ses traditionnels entraînements, le Paris sumo est convoité. Musées, festivals… Le club suscite l’intérêt de nombreux événements soucieux de donner à voir une discipline peu connue.
« On a déjà fait trois fois la Japan Expo. On est allé en Provence pour faire une démonstration. Les gens étaient à chaque fois curieux. Pour nous, ça donne de l’adrénaline et ça transcende »
Pourtant, si les finances sont « bonnes », l’association ne reste pas à l’abri des problèmes. En 2021, au sortir de la crise sanitaire liée au Covid-19, une « crise » a affecté l’administration. En cause, une baisse du nombre de licenciés. Une situation aujourd’hui résolue. Mais le Paris sumo veut multiplier les adhérents. Pour ce faire, il développe ses canaux de communication. Diffusion des entraînements en direct sur YouTube, publications de contenus sur les réseaux sociaux… Des interactions virtuelles, bientôt doublées d’une nouveauté.
Le dimanche 2 mars 2025, le premier Open de sumo européen sera organisé à Paris, au gymnase Léon-Biancotto (17e). Un événement auquel participeront des lutteurs norvégiens, allemands, italiens, portugais, suisses ou encore anglais. « L’idée, c’est de promouvoir la pratique et de réunir la communauté européenne de combattants », développe Thibault Ricci.
Le tournoi se déroulera plus d’un an avant le retour du sumo professionnel à Paris. Trente ans après leur dernière venue, les meilleurs lutteurs se produiront à l’Accor Arena les 13 et 14 juin 2026.
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