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À Cherbourg, mobilisation autour d’une mère de famille et ses cinq enfants en demande d’asile

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« Quoi qu’il arrive à partir de maintenant, vous ne bougez pas de cet appartement, explique posément mais fermement Martine Cote-Colisson, de l’association Itinérance, à Ramia. Seule une décision du procureur de la République peut faire foi. »

Dans la matinée de ce vendredi 31 janvier 2025, l’appartement de cette femme d’une trentaine d’années et de ses cinq enfants ne désemplit pas. Des membres de l’association cherbourgeoise d’aide aux populations déplacées, des parents des camarades d’école des enfants de Ramia ou encore des habitants du quartier sont montés pour la « rassurer » et la « soutenir ». En bas de cet immeuble du quartier des Provinces de Cherbourg-Octeville (commune déléguée de Cherbourg-en-Cotentin, Manche), ils sont aussi des dizaines à faire le pied de grue dans le hall.


Ramia, petite et frêle malgré l’épaisseur de son manteau qu’elle semble garder sur elle comme une protection, a l’air plus qu’inquiet. Il y a quelques jours, elle a été destinataire d’un courrier de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de Caen l’informant qu’elle avait jusqu’au 31 janvier 2025 pour quitter son logement, après avoir été déboutée de sa demande d’asile.

Elle, mais aussi ses cinq enfants mineurs âgés de 17 à 7 ans, quatre garçons et une fille, tous scolarisés au lycée, au collège ou à l’école primaire à Cherbourg-en-Cotentin. Ce vendredi 31 janvier 2025, ils doivent tous les six avoir théoriquement quitté cet Hébergement d’urgence des demandeurs d’asile (HUDA) de l’association Coallia, à qui l’État et les collectivités confient des missions d’action sociale, notamment au bénéfice de personnes immigrées et réfugiées.

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Dans le salon de l’appartement de Ramia, au quartier des Provinces, à Cherbourg-Octeville (Manche), où elle vit avec ses cinq enfants depuis 2022. ©Ludivine LANIEPCE

Dans le salon aux murs gris où les rideaux assortis sont tirés par pudeur, Ramia et son aîné Yahya se racontent. « Nous sommes Soudanais mais on vivait à Médine, en Arabie saoudite, où on est nés, explique Yahya. Le problème, c’est que notre père était un peu comme un journaliste, il expliquait tout ce qui n’allait pas dans la société, il critiquait et il a fini par être en danger en Arabie saoudite. Notre vie était devenue très stressante, on se sentait en danger, sans savoir ce qui allait nous arriver le lendemain. » À l’été 2022, la famille se sépare. Le père prend la fuite tandis que Ramia et ses enfants arrivent à Paris en avion.

On n’avait rien pris, juste quelques valises, mais on n’avait pas de papiers quand on est arrivés, précise l’adolescent. Le premier avion qui partait ce jour-là, c’était pour Paris.

Yahya

Une famille « menacée »

À leur arrivée, ils demandent asile et sont pris en charge à Caen puis Cherbourg quelques semaines plus tard, le temps d’instruire leur dossier. « En réalité, souligne Martine Cote-Colisson, ces personnes ont toujours été en situation irrégulière. Elles l’étaient déjà en tant que Soudanais en Arabie saoudite. Que ce soit là-bas ou ici, il manque toujours des papiers car ils sont Soudanais. » Dans son dossier, la jeune femme explique être née en Arabie saoudite de parents soudanais qui avaient fui Khartoum dans les années 1980 sur fond d’opposition politique.

« Ramia est venue en France parce qu’elle se sentait menacée, poursuit Martine Cote-Colisson. Elle a été déboutée de sa demande d’asile une première fois. Selon une avocate qui reprend le dossier, la première demande était mal ficelée et mérite d’être relancée, mais il faut un élément nouveau. Un recours à cette première étape va normalement être fait, même si rien n’est certain à ce stade. »

« Coallia est dans son droit, mais… »

Les membres d’Itinérance ne le nient pas : la « notification de sortie » de l’appartement de Ramia et de ses enfants, dès lors que leur demande d’asile a reçu un avis défavorable, n’est pas illégale. Mais en cette matinée pluvieuse qui illustre parfaitement les conséquences de ce qui est qualifié d’« expulsion », ils s’opposent à ce que cette famille « se retrouve dehors sans solutions » et « alors qu’un recours est envisagé, même si Coallia est dans son droit ».

On espère que le recours puisse permettre de temporiser les choses. Qu’est-ce qu’ils sont supposés faire, dormir dans la rue ? Appeler le 115 et attendre ? Le vrai problème, c’est qu’il y a plus de demandes que de places dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile. Et n’oublions pas que tous les enfants sont scolarisés à Cherbourg-en-Cotentin.

Martine Cote-Colisson, de l’association Itinérance

« Je suis stressée, je ne me sens pas bien, souffle Ramia. On parle de cette situation tout le temps. On n’a pas dormi de la nuit. »

« Pas de trêve hivernale pour eux »

Au pied de l’immeuble, des habitants tenaient à être présents pour afficher leur soutien. « C’est une famille calme, des gens bienveillants et discrets, décrit Farid*. Je n’aimerais pas les voir vivre demain dans une situation encore plus compliquée pour eux. Ramia ne maîtrise pas encore bien le français mais elle apprend (NDLR : auprès de l’association Itinérance). Ils veulent construire quelque chose ici, les enfants se plaisent et ils sont bien intégrés. »

Martine Cote-Collisson (au centre), entourée des dizaines de personnes mobilisées au quartier des Provinces de Cherbourg-Octeville (Manche) ce vendredi 31 janvier 2025.
Martine Cote-Colisson (au centre), entourée des dizaines de personnes mobilisées au quartier des Provinces de Cherbourg-Octeville (Manche) ce vendredi 31 janvier 2025. ©Ludivine LANIEPCE

Deux mères de famille, Élodie et Julie, dont les enfants côtoient ceux de Ramia à l’école, font également part de leur indignation. « Une famille avec cinq enfants dehors en plein hiver ? Non, ce n’est pas possible, s’oppose Julie. Mais il n’y a pas de trêve hivernale dans ce cas de figure, eux, ils n’y ont pas droit. Vu son vécu, cette femme a une pression énorme sur les épaules. Mais on ne va quand même pas encore leur infliger une nouvelle épreuve ! On nous parle d’évolutions techniques et technologiques sans cesse, mais l’évolution des mentalités, de la prise en compte de l’humain ? Et le droit des femmes en Arabie saoudite ? »

Ce mardi, trois jours plus tôt, le fils de Julie est revenu de l’école contrarié. « C’est un très bon ami de l’un des enfants de Ramia, explique-t-elle. Ce sont des enfants calmes et matures. Mais ce jour-là, Le fils de Ramia a craqué à l’école. Il pleurait, il essayait de se cacher. Comment expliquer cette situation ou ce qui se passe dans le monde à des enfants de 10 ans ? »

* Le prénom a été modifié.



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