Baudriers harnachés, chaussons enfilés, il n’y a plus qu’à se lancer. On s’accroche, teste les sensations de vide et vite, le regard se tourne vers le mur de 13 mètres de haut avec ses prises colorées. C’est l’objectif de la séance de ce 20 mars 2025 pour Hicham : « Aller tout en haut ». Depuis trois semaines, c’est devenu le nouveau rituel du jeudi pour les jeunes adultes accueillis chaque jour par l’association La Voix du devenir au sein du foyer Fernand Marlier d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Atteints de déficience mentale, ils profitent des équipements qu’offre le Pôle de référence sportif métropolitain (Prisme), inauguré début février 2025 à Bobigny. Un site unique en son genre, conçu pour accueillir tous les publics valides ou en situation de handicap. « Le sport vraiment pour tous et toutes », comme le rappelle le slogan du site.
Des séances à un euro
Géré par l’UCPA, il propose des créneaux dédiés aux établissements ou service médico-social (ESMS). « Ça a été super rapide. On a eu une visio de présentation puis on s’est inscrit en ligne et moins d’un mois plus tard, on nous proposait un créneau d’une séance d’escalade par semaine, jusqu’à fin juin », rembobine Mohamed, enseignant en activité physique adaptée au sein du foyer Fernand Marlier à Aulnay-sous-Bois.
Le tout, pour un euro symbolique par séance, parking inclus. Une aubaine. « Dans d’autres structures, on en aurait eu pour 100 euros pour accueillir tout le groupe pendant une séance. Ça aurait été impossible pour la structure », compare Ophélie, cheffe de service.
Des séances adaptées
La séance est menée par Ronan, jeune moniteur salarié par l’UCPA. « L’idée est de leur donner confiance en eux. L’escalade a l’avantage d’être un sport individuel, ils peuvent atteindre tout seuls les objectifs qui se sont fixés », souligne-t-il.
Mais d’abord, on commence par appréhender le matériel et le vide : on attaque par un jeu de balançoire, suspendu au harnais. « Ça permet ensuite d’éliminer la peur de la chute », explique Ronan. Vient ensuite la grimpe. « On sent que tout est vraiment pensé et adapté pour le public. L’accompagnement est top ! », approuve Ophélie.
Certains s’élèvent à quelques dizaines de centimètres du sol quand un autre atteint les sommets dès la deuxième séance. « C’est ça qui est génial avec l’escalade. Ceux qui peuvent avoir des difficultés à marcher y trouvent une autre façon de se déplacer dans laquelle ils peuvent être à l’aise », commente Amandine, éducatrice spécialisée au sein du foyer. Une autre, prise au jeu, a du mal à redescendre pour laisser sa place aux autres.
Bénéfices physiques et mentaux
Les études le démontrent largement, la pratique du sport, chez les personnes en situation de handicap comme pour les valides, réduit le risque de développer une maladie chronique et a des bénéfices sur la santé mentale. « Mohamed a été absent quelques semaines et il y avait plus de disputes au sein du foyer. L’ambiance était plus électrique », rapporte Ophélie.
Face au succès des cours d’escalade, le foyer souhaiterait désormais avoir des créneaux pour la salle de danse et le Dojo. « Ce sont des structures géniales, ça sort de l’ordinaire et ça ferait un bien fou aux jeunes qui adorent danser », valide Amandine.
Un démarrage léger
Un succès qui peine à se retrouver chez les habitants. Malgré des tarifs attractifs, des équipements dernier cri et une inauguration en grande pompe, le Prisme ne s’est pas encore imposé comme la destination sport de cette zone de la Seine-Saint-Denis.
Pour l’heure, alors qu’une dizaine de sports sont proposés, seuls le badminton et le football rencontrent un franc succès. La salle d’escalade flambant neuve n’a pas encore trouvé son public. « On a tellement communiqué sur l’aspect handicap qu’on oublie que le Prisme accueille vraiment tout le monde », confie une salariée de l’UCPA. Lors de son inauguration il y a un mois et demi, l’objectif de 215 000 entrées par an était fixé.
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