Les photos du visage tuméfié, défiguré de la victime, de ses yeux boursouflés et de sa dent cassée sont tristement suggestives.
Les stigmates datent du 8 janvier 2025. Ce jour-là, le prévenu de 26 ans, jugé en comparution immédiate lundi 3 mars 2025 par le tribunal correctionnel d’Alençon (Orne) pour violences en récidive, menaces de mort en récidive et appels malveillants réitérés sur conjoint, a assené plusieurs coups de pied au visage de sa compagne, occasionnant 15 jours d’ITT.
« Je te laisse imaginer le plat de résistance »
Quelques instants après ces faits, le mari violent envoie un SMS abject à la victime : « ce n’est que l’entrée, je te laisse imaginer le plat de résistance et le dessert ! »
Le prévenu étant alors sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), la compagne hésite d’abord à déposer plainte pour lui éviter des ennuis. Il l’avait d’ailleurs menacé en ces termes : « j’ai déjà fait trois mois de prison à cause de toi. Si tu portes plainte à nouveau, alors sur ma tête je te buterai, je vais même pas réfléchir. »
Il a aussi menacé de « tuer son enfant dans son ventre ».
Condamné deux fois
En effet, ces actes de violences et de menaces de la part du conjoint ne sont, hélas, pas une première.
Le prévenu, originaire de la République démocratique du Congo (RDC), est arrivé illégalement en France en 2014, alors qu’il n’avait que 15 ans.
D’abord installé à Alençon, il déménage à Lyon en 2020 pour augmenter ses chances de trouver du travail en période de confinement. C’est là qu’il se met en ménage avec la plaignante.
Le couple voit rapidement arriver deux petites filles et les premières violences interviennent. Elles vaudront au prévenu une première condamnation, en 2021, par le tribunal correctionnel de Lyon.
Fin 2022, ils reviennent tous les deux dans l’Orne, mais le couple vit séparément. Lui s’installe à Gacé. C’est elle qui lui a trouvé un logement et qui a payé la caution. Cela n’empêche pas les violences de perdurer. Il est à nouveau condamné, en 2023, par le tribunal correctionnel d’Argentan.
Le couple s’installe finalement à Alençon, toujours dans deux résidences séparées, jusqu’à ce 8 janvier 2025 et les coups de pied en pleine tête.
« Il va finir par la tuer »
Pour lui, tout est prétexte à reproche auprès de la mère de ses enfants, qui dépenserait trop d’argent (son propre argent en l’occurrence) pour des visites médicales et des échographies pendant sa grossesse. « En Afrique, les femmes passent toute leur grossesse sans jamais aller à l’hôpital », justifie-t-il.
Un témoin, qui indique que le prévenu « va finir par la tuer », évoque des violences psychologiques. La victime ajoute des violences spirituelles, car son compagnon viendrait « d’une famille puissante qui compte de grands sorciers ».
En l’espace de deux ans, il aura effectué 624 appels ou SMS malveillants auprès de sa conjointe, avec une concentration particulière en juillet et août 2024. Les enquêteurs ont dénombré jusqu’à 70 messages en 24 heures, adressés plus particulièrement durant la nuit.
Il aura aussi tenté le chantage, se disant prêt à verser 1 800 € par mois à sa compagne pour qu’elle le laisse revenir vivre avec elle.
« J’ai peur de ce monsieur »
Dans la salle d’audience, la victime tourne ostensiblement le dos à son bourreau. « J’ai peur de ce monsieur, sa présence ici me stresse », a-t-elle indiqué.
Pour la partie civile, il suffit à Me Stéphanie Lelong d’égrener les éléments de la procédure, qui parlent d’eux-mêmes. Elle craint des conséquences durables, cérébrales et dentaires en particulier, à cause des coups reçus, et précise que sa cliente souhaite désormais que l’OQTF soit appliquée, car elle craint ce qui pourrait arriver lorsqu’il sortira de détention.
Dans ses réquisitions, Amandine Bogaert, pour le Ministère public, liste les mensonges du prévenu.
D’abord lorsqu’il nie les faits de violences, pourtant attestés par des témoignages et plusieurs certificats médicaux, sans oublier les deux condamnations antérieures.
Si je vous comprends bien, les six juges qui vous ont condamné pour violences conjugales, à Lyon puis à Argentan, ont commis deux erreurs judiciaires…
Ensuite lorsque, pour justifier son absence lors de la commission des faits, il prétend habiter Paris et indique une fausse adresse, assurant résider place de l’Étoile, au beau milieu des hôtels particuliers, sièges de grandes entreprises et autres ambassades…
Enfin lorsqu’il prétend que « c’est madame qui l’appelle » alors que les fadettes indiquent exactement le contraire et lorsqu’il nie effrontément les menaces de mort, alors que les messages émanant de son téléphone ne laissent aucune place au doute.
Le Parquet requiert 16 mois de prison ferme.
Interdit de séjour dans l’Orne
Pour la défense, Me Agathe Gauthier s’appuie sur des imprécisions de la part de certains témoignages, notamment concernant une date.
Elle met aussi en avant les bonnes références professionnelles de son client, dans l’hôtellerie et la restauration. Son ancien employeur se dit d’ailleurs prêt à le reprendre dès la fin de sa détention.
Le tribunal a finalement condamné Espoir Emmanuel Lukuikila à 14 mois de prison ferme avec maintien en détention, 3 ans d’interdiction de séjour dans l’Orne, 3 ans d’interdiction de contact avec la victime et la déchéance de l’autorité parentale.
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