Carole Vergne n’a pas encore 40 ans mais déjà un complexe sportif à son nom ! La pharmacienne de Dinard (Ille-et-Vilaine), connue aujourd’hui sous le nom de Carole Daniel, fut il y a une quinzaine d’années membre de l’équipe de France d’escrime aux Jeux Olympiques de Pékin. Et c’est pour sa détermination à avoir mené de front grandes études et sport de haut niveau qu’elle est aujourd’hui citée en exemple. Interview :
« Ça m’a vraiment touchée, j’étais très émue »
Comment avez-vous réagi quand on vous a annoncé qu’un centre omnisports porterait votre nom ?
Je l’ai appris il y a deux ans, quelques jours avant la fête des mères. Une commission de l’université Paris-Saclay (ex-Paris Sud) venait de se réunir et de décider quel nom serait attribué au centre omnisports universitaire du Moulon. Quand j’ai reçu le courrier, signé Sylvie Retailleau (l’ancienne ministre de l’Enseignement supérieur était présidente de l’université, Ndlr), annonçant mon nom, je n’y croyais pas. Ça m’a vraiment touchée, j’étais très émue.
Pourquoi vous avoir choisi ?
J’ai mené toute ma carrière sportive et universitaire à Paris Saclay d’où je suis sortie docteure en pharmacie. Les championnats d’Europe, du monde, les Jeux Olympiques… J’ai réussi à concilier là-bas études et sport de haut niveau. C’est cet exemple qu’ils ont voulu saluer. On m’a souvent dit, dans mon entourage sportif : « Tu ne pourras pas faire les deux, arrête tes études ». J’ai toujours été déterminée à prouver le contraire.
« En prévision des entraînements, je bossais jusqu’à 2h et me levais à 5h pour réviser »
Votre vie d’étudiante en pharmacologie et de sportive de haut niveau ne devait pas toujours être très simple à gérer…
Ça n’a pas toujours été facile. Je bossais mes cours jusqu’à 2h du matin. Puis je me réveillais à 5h-6h pour tout réviser. Je n’avais pas vraiment le choix, avec les entraînements en journée. Mais je ne voulais rien lâcher. Je me souviens d’une épreuve de coupe du Monde en Chine. Avant de partir, il fallait qu’en trois jours, je passe tous mes examens pour valider ma 4e année. J’ai bossé comme une dingue. Je n’ai pas dormi pendant ces trois jours. Quand je suis arrivée en Chine, j’étais sur les genoux. Et les gens ne comprenaient pas pourquoi j’étais si fatiguée…
Vous pensez qu’il est aujourd’hui plus simple de mener grandes études et carrière de haut niveau ?
Je pense surtout que les athlètes qui font ce choix ont besoin d’être soutenu (e) s. Par moments, c’est vraiment difficile. Moralement, mentalement et physiquement.
Qu’est-ce qui vous a fait tenir ?
La détermination, mon caractère. Je voulais vraiment montrer que je pouvais y arriver. Je suis également très reconnaissante envers l’université qui m’a aidée. Et je dois tout à celui qui est depuis devenu mon mari, Fabien. Il m’a parfois récupérée en pleurs après l’entraînement. Il a toujours eu l’attitude et les mots justes pour m’épauler. Aujourd’hui, on essaie tous les deux de redonner aux autres. Il est devenu président et moi secrétaire du club d’escrime à Dinard.
« Fière d’être la petite Dinardaise qui a sa plaque à Paris »
S’il fallait retenir un message de cette époque ?
Je pense qu’il faut, dans la vie, être déterminé, courageux et croire en ses rêves. Et même, quand ça ne va pas, il faut se relever et continuer à avancer. Je dis également à mes enfants : « Prenez de l’avance ». J’ai toujours fonctionné ainsi. Quand on se déplaçait sur une compétition, que les autres se détendaient ou s’amusaient dans l’avion, à l’hôtel… Moi je travaillais. Je voulais toujours avoir un coup d’avance pour ne jamais me retrouver en retard. Ça m’a coûté un peu de repos, qui m’aurait certainement aidé à mieux performer. Mais je n’ai vraiment aucun regret. Et je suis très fière aujourd’hui d’être la petite Dinardaise qui a sa plaque à Paris.
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