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Nord. Cet auteur sort un roman sur l’histoire méconnue des « filles des mines » dans le textile

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Anna Sojka, fille des mines dans le textile est un roman qui raconte une histoire difficile et méconnue, celle des « filles des mines », comme on les appelait alors. Dans les années 60, elles prenaient le bus, ou plutôt l’autocar, aux aurores (3h du matin), du Bassin minier direction les filatures qui recrutaient à Roubaix ou à Tourcoing. L’ouvrage est un hommage à la mémoire ouvrière, avec, au centre de son intrigue, le travail, les syndicats, la jeunesse, l’amour, l’envie de vivre et de se battre pour un avenir meilleur.

Anna, pas encore 20 ans, est fille d’émigrés polonais et vit dans le Bassin minier où son père et son frère sont mineurs. Elle rejoint tous les jours Tourcoing et la filature Demazure et fils, où elle est confrontée à un bien étrange et détestable contremaître, Rancure. Un « salaud » pourrait-on dire, qui abuse des jeunes filles pour les maintenir sous sa coupe et accélérer les rendements de l’usine.

Contrôler les pauses pipi

Les conditions de travail scandaleuses en vigueur dans les filatures des années 60 comme la retenue sur salaire des baisses de rendements de la journée dues aux pauses pour aller aux toilettes – bien sûr interdites par le contremaître – ont probablement inspiré les patrons d’Amazon. Eux eux aussi, n’ayant que la productivité en tête, contrôlent les pauses toilettes pour un rendement maximum.

Anna se révélera au fil du temps et des pages une meneuse qui s’engagera de plus en plus dans la défense de ses camarades. Soutenue par la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) où elle s’engagera, elle réussira à faire plier la direction de l’usine et à voir l’aboutissement des revendications des ouvrières.

Un tour par l’Algérie

Pierre lui, est le fils du concierge de la filature Demazure et fils. Militant à la JOC, humaniste et épris de justice sociale, il tombe amoureux fou d’Anna mais doit vaincre sa timidité. Il partira en Algérie faire une guerre dont il ne voulait pas.

Jeune Kabyle, Kaci est la pièce la plus énigmatique du puzzle de ce trio attachant. Il a vécu en Algérie un drame et s’apprête à en vivre un autre mais chut, ne dévoilons pas l’intrigue qui happe le lecteur grâce à une écriture simple et bien menée dont le rythme ne faiblit pas.

Hommage à la mémoire ouvrière

Il y a dans ce roman le travail, les syndicats, la jeunesse, l’amour, l’envie de vivre et de se battre pour un avenir meilleur. Mais il y a aussi l’omniprésence de la guerre d’Algérie qui impacte la région au point que des jeunes Algériens recrutés par le FLN sont chargés de récolter l’impôt révolutionnaire pour les combattants. Ceux qui refusent sont parfois exécutés.

On a d’ailleurs oubliés dans le Nord – Pas-de-Calais les attentats du FLN contre le MNA, l’autre mouvement de libération de l’Algérie. Les morts et les blessés n’étaient pas rares. La vie des ouvrières et des ouvriers du Nord est impactée par la marche du monde. On pressent par ailleurs les changements qui adviendront dans ce que l’on appellera plus tard « le management » avec le personnage de Grégoire Demazures, jeune patron aux idées neuves qui n’est pas d’accord avec la manière de traiter les salariés prônée par son père.

Roman social, roman de la mémoire, de l’espérance aussi, Jean-François Roussel, passionné d’histoire, signe ici un vibrant plaidoyer pour le christianisme social. Celui qui n’ajoute pas de violence à la violence mais passe par l’humanisme et le dialogue, même si la grève est nécessaire.

Françoise Objois

Anna Sojka, fille des mines dans le textile, éd. Nord Avril, 16,50 €.



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