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Maisons squattées et vandalisées près d’Évreux : une jeune fugueuse s’explique

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Trois prévenus devaient comparaître jeudi 6 février 2025 devant le tribunal d’Évreux pour des faits de violation de domicile et de vol aggravé commis aux Baux-Sainte-Croix et à Aulnay-sur-Iton, près d’Évreux, entre le 27 septembre et le 17 octobre 2021. Seules deux très jeunes femmes, à peine sorties de l’enfance, se sont présentées à l’audience. L’une d’elles, mineure de 17 ans au moment des faits, a été renvoyée devant le tribunal pour enfant. Finalement, ne reste qu’Océane à la barre.

Des maisons vandalisées

La liste des méfaits n’augurait pas la tournure particulière qu’allait prendre cette audience. Aux Baux-Sainte-Croix, une maison est squattée du 27 septembre au 17 octobre 2021. L’habitation est saccagée, les murs tagués, les vitres brisées et les objets de valeur dérobés : réfrigérateur, télévision, ordinateur et autres biens électroniques. Courant octobre, à Aulnay-sur-Iton, deux autres propriétés sont vandalisées et dépouillées de la même façon.

Dans la maison des Baux-Sainte-Croix, les gendarmes retrouvent un mouchoir ensanglanté dans une chambre à l’étage. L’analyse ADN permet de situer la présence de Melline sur les lieux du squat. En garde à vue, la jeune fugueuse de 17 ans implique sa copine Océane, à peine majeure, ainsi que Bryan et ses copains dont elle ne connaît pas les noms. C’est ainsi que l’enquête fait le rapprochement entre les différents forfaits distants d’à peine six kilomètres.

Fugue et « chantage sexuel permanent »

Le récit que fait Océane à la barre éclaire l’affaire d’une tout autre couleur. À l’époque, elle venait de perdre son père avec qui elle s’entendait bien, quoiqu’elle ne partageât pas avec lui les croyances des témoins de Jéhovah. « C’était compliqué », confie-t-elle.

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À la maison, la vie avec son beau-père, autre religieux aux pratiques rigoristes, était devenue insupportable. « Je n’ai jamais eu de chance avec les religions », pense-t-elle tout haut. C’est dans ce contexte de rupture familiale que commencent les tribulations de la jeune fugueuse et de sa copine d’errance. « Vous savez, commente-t-elle, en fugue, on vit une pression constante, un chantage sexuel permanent. J’étais fatiguée, on marche tout le temps, j’avais faim. Bryan m’a dit qu’il connaissait un squat. La maison paraissait abandonnée. Je ne me suis pas posée de question. J’ai trouvé des plats cuisinés, j’ai mangé et puis on a dormi à l’étage avec Melline. Mais j’ai rien volé. C’est les garçons. »

Et la nourriture ? Elle n’avait pas pensé que ce fût du vol. D’une soudaine prise de conscience : elle laisse échapper un « ha oui : pardon ! ». Le témoignage est désarmant. Il n’est pas sans faire penser à Boucles d’Or, ce conte pour enfant des frères Grimm. Visiblement, la jeune femme se sent bien à la barre. La parole se libère, Océane est en confiance. Comme si elle se sentait enfin écoutée par une figure quasi paternelle et rassurante qu’incarnerait le président Brusset. Aucun avocat n’aurait pu dire la vérité de cette jeune femme avec autant de justesse et de sincérité qu’elle-même.

Intimité volée

Aujourd’hui âgée de 22 ans, impliquée dans une relation stable, Océane suit une formation d’aide-soignante. « Je veux prendre soin des gens », dit-elle. Puis tempère : « J’ai travaillé en Ehpad, c’est trop dur. Au moins à l’hôpital les gens sortent. »

Sur le banc de la partie civile, l’un des propriétaires de la maison saccagée à Aulnay-sur-Iton, victime du saccage, fait valoir son préjudice : « Il nous a fallu quatre jours à deux pour remettre la maison en état. On garde le sentiment de son intimité violée. Il est difficile de dormir dans son lit quand on sait que d’autres y ont dormi. J’ai dû faire installer une alarme. Cela me coûte 40 € par mois d’abonnement à une télésurveillance. » L’homme, meurtri, s’adresse directement à Océane : « Que ressentez-vous aujourd’hui ? » « Je ne suis pas rentrée chez vous, monsieur. Mais je vous demande pardon. Je vous comprends. »

Tribunal et psychanalyse

Dans son réquisitoire, le substitut du procureur, Théo Touzeau, souligne la vulnérabilité des jeunes en fugue, le plus souvent abusés par ceux qui prétendent les aider. Au regard de la participation mineure de la prévenue, il requiert de déclarer la jeune femme coupable avec dispense de peine et non-inscription au casier judiciaire. Pour Bryan, absent à l’audience, il demande quatre mois de prison ferme.

Au terme des débats, Océane est déclarée coupable pour le vol de nourriture et se voit infliger une peine de vingt heures de travaux d’intérêt général (TIG) à effectuer dans un hôpital. La peine n’apparaîtra pas au casier judiciaire pour ne pas obérer l’avenir. Bryan est condamné à quatre mois de prison ferme. 600 € de préjudice moral sont accordés à la partie civile.

Une fois que la salle d’audience se fut vidée, l’un des magistrats fit cette observation, sourire en coin : « C’est étrange comme parfois le tribunal tient lieu de psychanalyse. »

Les condamnations en première instance ne sont pas définitives puisque susceptibles d’appel. Jusqu’à la condamnation définitive, les prévenus sont donc toujours présumés innocents.



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