« Je ne l’avais jamais vu comme ça, il était hors de contrôle », témoigne, devant les juges, l’ex-compagne d’un homme de 21 ans, jugé par le tribunal correctionnel d’Alençon (Orne) mercredi 12 février 2024. Il comparaissait pour des violences sur sa compagne et deux de ses connaissances, mais aussi pour mauvais traitement sur deux chiens et pour avoir mis le feu à une voiture.
L’appartement retourné et des chiens étranglés
Vers 22 h, le 14 décembre, le jeune homme, originaire d’Argentan, a été interpellé par les forces de l’ordre, alors qu’il était en train de frapper deux personnes avec une matraque dans la rue, à Alençon.
Il avait débuté sa soirée chez sa concubine, maman d’une petite fille de 2 ans. Aux alentours de 18 h, le ton est monté lorsque tous deux ont évoqué l’avenir de leur relation. « Je voulais passer le concours de gendarmerie, lui était contre parce que j’étais en début de grossesse. Il s’est énervé et m’a jeté son téléphone au visage. Il a cassé des objets, mis un coup de poing dans la télévision, brisé la porte », raconte la jeune maman, qui avait alors enfermé sa fille dans sa chambre pour la protéger.
Le prévenu s’en est également pris aux chiens de sa copine, un Husky et un Malinois.
Il n’aimait pas mes chiens, il me l’avait déjà dit. Ce soir-là, il en a étranglé un et a traîné l’autre sur le sol. Il voulait l’étouffer, j’ai essayé de l’arrêter en lui mettant des coups. Il a fini par les lâcher.
« Il était hors de contrôle »
L’homme de 21 ans a ensuite voulu quitter l’appartement. « Il était hors de contrôle. Je savais qu’il avait mis le feu à une voiture deux jours avant, donc je ne voulais pas qu’il fasse de bêtise. Je lui ai pris ses clés pour ne pas qu’il parte. Ça l’a mis encore plus en colère et j’ai appelé une amie pour obtenir de l’aide. »
Deux jours auparavant en effet, il avait incendié la voiture d’un ancien camarade de stage, avec qui il avait eu un différend. Il avait été placé en garde à vue, puis remis en liberté en attendant d’être jugé.
L’amie appelée à la rescousse est arrivée au domicile du couple en compagnie de la précédente copine du prévenu et de son nouveau conjoint, chez qui elle passait la soirée.
Quand ils sont tous les trois sortis de la voiture et qu’il les a vus, il a récupéré une matraque qui était dans l’appartement et est descendu dans la rue.
L’Argentanais a alors attaqué le conjoint de son ex et cette dernière en leur assenant plusieurs coups de matraque.
Six et cinq jours d’ITT (Incapacité totale de travail) leur ont été respectivement prescrits.
« Je ne l’avais jamais vu comme ça, c’était la première qu’il était violent. Aujourd’hui, ça pèse beaucoup sur ma vie et celle de mon enfant, qui va, depuis, consulter un pédopsychiatre. Je m’alimente mal et j’ai fait une fausse couche », témoigne l’ex-conjointe.
« Vous avez toujours une réaction disproportionnée »
Devant les juges, le prévenu, dont le casier comporte deux mentions, y compris pour des violences, reconnaît avoir été impulsif. « Quand je suis dans cet état-là, je ne me contrôle plus. Quand j’ai voulu partir de l’appartement, elle (sa conjointe) m’en a empêché et ça m’a rendu fou. »
Le président et ses assesseurs ont tout de même du mal à comprendre le profil du prévenu, qui avait demandé un délai pour préparer sa défense mais avait demandé à rester en prison « pour éviter la tentation et pour éviter d’être seul ».
« Vous vous exprimez bien devant nous, vous semblez intelligent. Pourtant, vous avez toujours une réaction disproportionnée face à ce qui vous arrive. Des gens impulsifs, il y en a un paquet en France et ils ne sont pas tous dans des affaires comme ça ! », tance le président d’audience, Eric Martin.
En revanche, le prévenu nie l’étranglement des chiens.
« Pas un mot d’excuse »
« Il n’a aucun remords, ni de mots d’excuse pour les victimes. Il ne respecte rien ni personne, à part lui-même », s’insurge la substitute de la procureure d’Alençon, Amandine Bogaert, qui requiert 16 mois de prison, dont huit assortis d’un sursis probatoire.
« Il n’a pas eu une seule réaction sur la fausse couche », enfonce l’avocate de la victime, « qui a été choquée et a surtout eu très peur pour sa petite fille, qui considérait monsieur comme une figure paternelle. » Pour sa cliente, Me Agathe Gauthier demande un euro de dommages et intérêts, ainsi que 1 000 € pour sa fille de 3 ans.
Un « trop plein d’émotions »
Pour la défense, l’avocat du prévenu, Me Thierry Sablé, s’appuie sur l’expertise psychiatrique dont a fait l’objet son client. Celle ci fait état de « carences affectives » et d’une « faible capacité de travail d’introspection ».
« Il s’en veut, c’est certain. Il a besoin d’aide et d’affection, mais il n’en a pas et n’en a jamais reçu. On peut être victime et auteur de violences », plaide Me Thierry Sablé.
Le tribunal a condamné le prévenu à 18 mois de prison, dont dix mois avec sursis. Il a également interdiction d’entrer en contact avec les victimes et devra les dédommager pour un total de 5 700 €.
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