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quand Le Fresnoy était cinéma muet, dancing, ring de catch et friterie !

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En s’intéressant à son arrière-grand-père Jean Deconinck, l’autrice Christine Desrousseaux signe un livre d’histoire régionale et de sociologie écrit comme un roman familial. Elle raconte son aïeul, fondateur du Fresnoy à Tourcoing (Nord) en 1905, et à travers lui l’histoire de ce lieu emblématique, qui fut cinéma muet, dancing, ring de catch et friterie ! Récit.

D’abord un lieu populaire de divertissement en 1907

Pour retrouver les traces de Jean Deconinck, son arrière-grand-père disparu tragiquement en 1943 et qu’elle n’a pas connu, l’autrice mène l’enquête en collectant tous les documents susceptibles d’éclairer tant sa généalogie familiale que l’histoire des lieux fondés par Jean Deconinck : le Fresnoy en 1907, lieu populaire de divertissement (dancing, cinéma, piste pour les patins à roulettes, ring de catch, jeux, friterie, bar à bière…) ; et le Colisée de Roubaix en 1927, le plus grand cinéma de France après le Normandie à Paris.

Une foule de documents collectés

À partir de lettres, d’archives, de témoignages, de photos dont certaines sont publiées dans l’ouvrage, elle reconstitue petit à petit le puzzle d’une famille qui a marqué l’histoire régionale avec la précision de l’autrice de polar qu’elle est. Que savent de l’histoire du Fresnoy ceux qui s’y rendent aujourd’hui pour y visiter une exposition ? Presque rien.

Du bricolage à la formation d’artistes

Alain Fleischer, le re-fondateur du Fresnoy (dans sa version contemporaine), qui vient de passer la main fin 2024 (voir article ci-contre), le rappelle dans sa préface, le Fresnoy faillit devenir une grande surface d’articles de bricolage.

Alain Fleischer  passe la main

Fondateur et directeur du Fresnoy depuis 1997, Alain Fleischer a su mettre en musique une utopie, ce qui est rare dans le paysage culturel et serait peut-être impossible aujourd’hui.

Petite Villa Médicis

27 ans après l’ouverture de «  son  » Fresnoy dont l’appellation officielle est comme chacun sait : «  Studio national des arts contemporains  », il a quitté le navire le 31 décembre 2024 avec on imagine la satisfaction de la réussite d’un projet longuement mûri depuis sa rencontre en 1987 avec Dominique Bozo à la Villa Médicis dont il fut lauréat et pensionnaire (1985-1987). Il n’a d’ailleurs pas cessé de répéter qu’il avait conçu Le Fresnoy comme une » petite Villa Médicis « .

Avant de se consacrer au monde de l’image, Alain Fleischer a étudié la littérature, la linguistique, la sémiologie, l’anthropologie. Son immense œuvre photographique et cinématographique a fait l’objet de plusieurs rétrospectives en France et à l’étranger.

De 1997 à 2024, 672 étudiants

Il est également l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages, dont des romans, recueils de nouvelles et essais sur la photographie et le cinéma. Après avoir enseigné à l’Université de Paris III, à l’Université du Québec à Montréal et dans des écoles d’arts plastiques et de cinéma, il a été chargé par le ministère français de la Culture de fonder Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains, qu’il a dirigé de 1997 à 2024.

L’activité artistique y fut très intense pour les 672 étudiants (70 nationalités) et les 168 professeurs qui produisirent 1462 œuvres montrées lors de 27 éditions de Panorama, sans oublier les 40 expositions organisées. Une page se tourne mais le Fresnoy continuera de montrer la voie de l’excellence ouverte par Alain Fleischer.

Ce n’est que grâce à l’intuition d’Henri Deconinck, fils du fondateur, que le Fresnoy et ses quelques 10 000 m2 furent vendus à la ville de Tourcoing pour y faire un projet de centre d’art. C’est l’architecte Bernard Tschumi qui fut chargé de la réhabilitation et de la transformation du bâtiment inauguré en 1997 et qui abrite depuis le Studio national des arts contemporains mais ceci est une autre histoire…

Dans les anciennes écuries du château

Ce que nous conte le livre de Christine Desrousseaux, c’est non seulement l’histoire de Jean Deconinck, mais aussi celle des débuts du cinéma en France dans les années 1900 et particulièrement dans la région. Elle brosse un portrait très vivant de son arrière-grand-père qui, ébéniste de formation, dessina les plans du Fresnoy après avoir acheté en 1901 une partie des anciennes écuries du château Descat à Tourcoing et dont le boulevard d’aujourd’hui porte le nom.

Un cinéma muet, embryon du premier Fresnoy

Passionné de cinéma, Jean Deconinck installe en 1905 un cinéma muet en plein air, embryon du premier Fresnoy. On peut dire que le Fresnoy d’aujourd’hui rend un bel hommage à cet homme visionnaire en accueillant en son sein un cinéma et une école internationale dédiée aux arts visuels contemporains, notamment le cinéma et la vidéo le tout dans l’écrin imaginé par Jean Décoince qui a été conservé (salle de danse, coursive, escaliers, bar…). 

Histoire intime

Mais au-delà de l’histoire d’un bâtiment ô combien emblématique de Tourcoing, Christine Desrousseaux livre ici l’histoire intime de sa famille dont on ne lui a pas dit grand-chose. « Le temps est semé de trous noirs semblables à ceux rencontrés dans l’infini de l’espace. On ne les voit pas, on ne les perçoit pas et puis soudain ils s’ouvrent à nous, dans toute l’immensité de leur profondeur » nous dit-elle.

Et c’est bien le vertige de la mémoire qui traverse ce livre peuplé de fantômes et de souvenirs.

Françoise Objois (CLP)

C. Desrousseaux, « Cinématographe, sur les traces de Jean Deconinck créateur du Fresnoy », préface d’Alain Fleischer, éd. Invenit, 18 €.



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