« Il y a quelques années, la question du réchauffement climatique pouvait faire sourire. On disait que c’était un truc de bobos. Aujourd’hui, on en subit les conséquences et ça ne fait rire personne ».
Le ton grave, François Aubey a évoqué, jeudi 6 février 2025 lors du conseil communautaire, la multiplication des phénomènes naturels qui frappent les communes du sud pays d’Auge ces derniers mois. Rien qu’en décembre et janvier, la vallée de la Dives a connu cinq épisodes d’inondations, occasionnant des dégâts importants dans les habitations.
Des routes, comme à Lécaude ou Saint-Martin-de-la-Lieue, sont aussi hors d’usage, rongées par les infiltrations d’eau.
« Une situation très difficile à vivre »
Le président de l’agglo-Normandie, également maire de Mézidon Vallée d’Auge, tire la sonnette d’alarme.
« C’est une situation très difficile à vivre. Nous sommes impuissants face à la détresse des sinistrés. Ces catastrophes vont s’accélérer si nous ne réagissons pas. Il est temps de réfléchir aux priorités de nos politiques publiques : doit-on encore investir des millions d’euros dans des gymnases alors que nos concitoyens ont les pieds dans l’eau ? »
Le plan local d’urbanisme intercommunal, en cours d’élaboration, sera revu et corrigé en fonction de ces nouveaux paramètres. « Nous allons devoir étendre les zones non constructibles » prévient François Aubey.
Rénover les digues, c’est 19 millions
Compétente en matière de prévention des inondations, l’agglo Lisieux-Normandie va donc devoir engager des moyens importants pour empêcher l’eau d’envahir des maisons, des entreprises, des routes et des champs à chaque période de fortes pluies.
La loi oblige la collectivité à prendre en charge la rénovation des digues, peu entretenues par les propriétaires privés. Le syndicat du bassin versant de la Dives a commandé une étude pour la remise en état des 33km de digues, comptabilisés sur les 10 000 hectares de marais de sa zone d’intervention. Verdict : il faudrait débourser… 19 millions d’euros !
Autant dire que l’affaire ne sera pas réglée du jour au lendemain.
« Ne pas donner de faux espoirs aux habitants »
François Aubey compte réunir prochainement, à Méry-Corbon, les présidents des autres collectivités concernées par ces inondations – Caen La Mer, Val ès Dunes et NCPA (Normandie Cabourg Pays d’Auge) – afin de travailler sur des actions communes.
« On doit prendre de la hauteur, tout remettre à plat et trouver des solutions pérennes. Il ne faut pas donner de faux espoirs aux habitants, tout cela va prendre du temps » souligne-t-il.
Un technicien spécialisé recruté
En attendant, l’agglo a décidé d’augmenter la taxe Gemapi (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), qui va lui permettre de lever un million d’euros pour faire face aux premières dépenses, notamment la création d’un poste de technicien spécialisé.
« Nous avons gelé beaucoup de postes ces derniers temps compte tenu du contexte budgétaire mais celui-là me semble indispensable. La lutte contre les inondations doit être la priorité de l’année ».
Concrètement, sur la feuille d’impôts, cela revient à une hausse moyenne de 7 à 8 euros par an et par foyer.
Un conseiller délégué élu
La mission du technicien sera encadrée par un conseiller délégué, désigné jeudi soir.
Les élus de l’agglo ont voté à l’unanimité pour la candidature de Christophe Petit. Le maire de Méry-Bissières-en-Auge connaît parfaitement les milieux aquatiques puisqu’il travaille depuis 28 ans à la Fédération de pêche du Calvados.
Un coup de pouce aux communes sinistrées
Plusieurs communes sinistrées lors des inondations de mai 2024 vont bénéficier d’une aide financière de l’agglo Lisieux-Normandie pour la remise en état de leur voirie. Castillon-en-Auge, Courtonne-les-deux-Eglises, Cordebugle, Le Mesnil-Simon, Le Mesnil-Eudes, Lessard-et-le-Chêne, Livarot Pays d’Auge et Saint-Pierre-en-Auge vont toucher 20 % du montant des travaux. Ce qui représente une enveloppe globale de 112 815 euros, sur 514 078 euros de travaux.
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