Jeudi 6 février 2025, un homme de 44 ans a comparu devant le tribunal correctionnel de Caen (Calvados) pour « atteinte sexuelle sur mineure par une personne ayant autorité sur la victime ». Il devait répondre de faits commis entre février et septembre 2013 à Caen et à Domfront-en-Poiraie (Orne). La victime étant née en mai 1998, les faits auraient débuté alors qu’elle était âgée de 14 ans. Devenue adulte, elle a déposé une plainte qui a été suivie d’une mise sous contrôle judiciaire.
« La loi est plus sévère depuis 2021, explique la procureure, à l’audience. Quand la victime a moins de 15 ans, il est considéré que c’est un viol. Cependant, les faits ont été correctionnalisés avec l’accord de la victime ».
Des cours particuliers les auraient rapprochés
À l’époque, Marine* (14 ans) est scolarisée en classe de 4ᵉ dans un collège de Domfront-en-Poiraie dans l’Orne. Yohann* (32 ans) est son prof d’éducation physique. Il est aussi son entraîneur car l’adolescente est passionnée d’athlétisme. Elle avait donc souvent entraînement seule avec lui.
Petit à petit, des liens se seraient créés, et auraient pris une autre tournure en février 2013, alors qu’il la ramenait chez elle. À la barre, le professeur laisse entendre que l’adolescente l’aurait sollicité.
J’aurais dû bloquer la situation dès le début, dès qu’elle a mis sa main sur ma nuque dans la voiture.
L’adolescente serait ensuite allée chez lui à plusieurs reprises. Elle évoque également des relations sexuelles dans l’enceinte de l’établissement scolaire : dans la salle des profs, les vestiaires… Ce que Yohann n’a jamais reconnu. Marine aurait voulu cesser cette relation après les vacances d’été mais Yohann aurait fait allusion à son désir d’enfant. Finalement, c’est l’entrée de la jeune fille au lycée qui aurait mis fin à leurs rencontres.
10 000 euros sont sollicités : « C’était une enfant ! »
Présente à l’audience, Marine témoigne.
Ça a duré cinq mois, avec peut-être une relation sexuelle par semaine, mais ça a eu des répercussions sur toute ma vie. Pendant toutes ces années, j’ai pensé que c’était moi le problème, que je l’attirais, qu’il ne pouvait pas résister et je ne pouvais pas le décevoir.
Tout cela aurait eu une influence sur sa vie sentimentale, avec des troubles de la sexualité et une perte de confiance en soi. « C’était une enfant !, assène l’avocate de la partie civile. Il y avait dix-sept ans d’écart ! Parce qu’elle désirait son aval, son admiration, elle s’est soumise à cette situation anormale, n’osant pas dire non. Elle a grandi avec cette culpabilité et ce désert, c’est toute seule qu’elle l’a traversé ». La somme de 10 000 euros est demandée en réparation de ce qu’elle a enduré.
Risque de récidive toujours présent pour l’expert psychiatre
Pour Yohann, le prof et son élève éprouvaient alors des sentiments l’un pour l’autre.
Même avec des sentiments, ce n’est pas un âge où l’on est armé pour ces relations-là.
La représentante du ministère public constate que l’homme a tout de même encore tenté de se déresponsabiliser. « Elle m’a embrassé, elle a commencé… Bref, il a encore du chemin à faire », estime-t-elle.
La représentante du parquet souligne encore que, de l’avis de l’expert psychiatre, le risque de récidive est toujours présent. Raison pour laquelle elle requiert une interdiction d’exercer, en plus d’un an sous bracelet électronique, Yohann étant toujours en poste.
La défense rappelle que Marine a toujours dit qu’elle n’avait jamais eu peur de lui.
Ce dont elle avait peur, c’était de le décevoir. Les témoins interrogés parlent d’un homme qui n’avait pas de gestes déplacés. Il donnait toute satisfaction dans son travail.
L’avocat de Yohann demande au tribunal un sursis probatoire et de ne pas prononcer l’interdiction d’exercer.
« Je suis sorti du cadre, je lui demande pardon »
« Cela n’aurait jamais dû avoir lieu. Je suis sorti du cadre, j’en demande pardon à Marine », finit par confesser le professeur.
Le tribunal l’a finalement condamné à une peine de 18 mois de prison avec sursis assortis de 24 mois de sursis probatoire. Il devra observer des soins psychiatriques, aura interdiction de contact avec la victime ou de se présenter à son domicile et interdiction d’activité avec des mineurs durant trois ans. Le préjudice moral est fixé à 7 000 euros, et il devra lui rembourser 725 euros pour les soins qu’elle a suivis et 1 400 euros de frais d’avocats. Il est désormais inscrit au FIJAIS, le fichier des délinquants sexuels.
*Prénoms d’emprunt.
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