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À Saint-Ouen, l’éviction par Karim Bouamrane de trois élus écologistes acte la rupture avec le PS

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Le torchon brûle entre les écologistes de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et le maire (PS), Karim Bouamrane. Lundi 3 février 2025, trois élus, Sabrina Decanton (1ère adjointe déléguée à la Transition écologique), Driss Naïch (délégué au Commerce et à l’Artisanat) et Dina Deffairi-Saissac (déléguée à la Propreté urbaine) ont appris sur les réseaux sociaux de la ville qu’ils perdaient avec effet immédiat leurs délégations. Dina Deffairi-Saissac s’est également vue retirer ses prérogatives à Plaine Commune.

Dans un communiqué, les élus parlent d’une « communication chaotique ». « Comment se fait-il que des élus […] apprennent le retrait de leurs délégations sur les réseaux sociaux ? Pourquoi ce retrait, voté en décembre, n’a-t-il été officiellement acté qu’un mois et demi plus tard ? », écrivent-ils.

Le non-vote du budget comme point de rupture

Cette volonté d’évincer les écologistes remonte au 18 décembre 2024. Ce jour-là, les trois élus municipaux décident de s’abstenir lors du vote sur le budget. « Cette décision est d’autant plus regrettable qu’elle n’a fait l’objet d’aucune discussion spécifique préalable malgré les nombreuses réunions tenues autour de la question budgétaire. Si bien que la majorité a découvert cette décision le jour du vote », détaille la municipalité.

Elle ajoute qu’en vertu « de la charte Réinventons Saint-Ouen » et signée par les trois élus, ces derniers devaient « se prononcer en faveur du budget de la ville, moments politiques et solennels forts de la vie municipale ».

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Des affirmations balayées par les écologistes auprès d’actu Paris. Dina Deffairi-Saissac révèle que « des discussions » ont eu lieu avant le 18 décembre. Elle reproche, surtout, au maire de Saint-Ouen d’avoir « tout acté » avant la tenue du conseil municipal. « Ce n’était pas une surprise que l’on s’abstienne », explique-t-elle. L’entourage de Karim Bouamrane nous que cette vision des choses ne correspond « pas à la réalité » et que les élus s’inventent des « excuses ». « Avant le vote d’un budget, il y a des réunions et des commissions thématiques. Ils étaient tous dans les discussions. En ne le votant pas, ils se mettent forcément dans une position de rupture. »

Concernant la charte qu’ils auraient signée, les écologistes ont tenu à démentir cette information et préviennent qu’ils la publieront prochainement pour que « les citoyens le constatent par eux-mêmes ».

L’entourage de Karim Bouamrane parle d’une « LFisation des élus écologistes »

Dans l’entourage de l’édile socialiste, on avance un troisième et dernier argument pour expliquer la mise à l’écart de Sabrina Decanton, Driss Naïch et Dina Deffairi-Saissa : la « LFisation des élus écologistes ».

C’est la stratégie de LFI de casser les dynamiques de rassemblement dans les villes de gauche. On l’a vu à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) ou à Montpellier.

Entourage de Karim Bouamrane

Du côté des écologistes, les dernières sorties de Karim Bouamrane, favorable à des discussions avec le gouvernement et fervent opposant au NFP (Nouveau Front Populaire) et à l’alliance avec LFI, ont fini par agacer les écologistes. « Les sorties droitières de Karim Bouamrane nous posent un réel souci », confesse Dina Deffairi-Saissac.

Une crise qui couvait depuis de longs mois

Pour l’élue, cette exclusion est aussi la conclusion d’une détérioration des relations entre le camp écologiste et Karim Bouamrane. « Il a laissé pourrir la situation », affirme-t-elle, regrettant que l’édile socialiste oublie que « les écolos ont été les artisans de sa victoire en 2020 ». À l’époque, une alliance entre les deux partis avait permis à la gauche de reprendre la ville à la droite.

Mais, depuis, la cohabitation se révèle plus que complexe avec des élus écologistes qui dénoncent un maire fermé au dialogue, qui refuse de déléguer et plus « présent sur le plateau de BFM que sur le terrain ».

Avec cette décision, ce sont tous les éléments de notre travail qui sont mis de côté. Le maire a pris une décision regrettable.

Dina Deffairi-Saissac
Élue écologiste à la ville de Saint-Ouen

Cette crise est aussi la conséquence de « différends politiques majeurs ». Dina Deffairi-Saissac pointe notamment « une communication inexistante », surtout depuis la création en juin d’un groupe écologiste. L’élue s’interroge également sur l’utilisation en grand nombre des caméras par la ville. « Une caméra, ça coûte 20 000 euros, avance-t-elle. Jusqu’à preuve du contraire, une caméra n’a jamais démantelé un point de deal. Nous avons interrogé [Karim Bouamrane] sur la pertinence, mais nous n’avons jamais obtenu de réponse. »

La campagne des municipales déjà lancée

Dans leur nouveau combat contre le maire de Saint-Ouen, les élus locaux ont reçu un soutien de poids, celui de Marine Tondelier, la Secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts.

« Soutien les copains. La méthode utilisée par le maire de Saint-Ouen en dit plus sur lui que sur vous. Vous allez pouvoir préparer une belle campagne municipale », écrit-elle sur Facebook. Car, désormais, tous les regards sont tournés vers 2026.

Avec la perte de leurs prérogatives, les trois élus écologistes vont dorénavant siéger dans l’opposition. La question d’une alliance apparaît aujourd’hui illusoire. Même si l’entourage de Karim Bouamrane ne ferme pas la porte à une alliance et assure que des élus écologistes font toujours partie de la majorité. Il se félicite de sa dernière prise : l’arrivée de deux élus communistes et d’un membre de Générations, le parti de Raphaël Glucksmann.

« Pour l’instant, 2026 n’est pas notre priorité », évacue Dina Deffairi-Saissac. La course aux élections municipales, elle, semble toutefois bien lancée.



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