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agressée sexuellement par son patron, elle raconte sa descente aux enfers

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Fatiguée, la voix en berne, la trentenaire assure qu’elle veut témoigner « pour toutes les femmes qui n’osent pas le faire ». Et notamment pour celles qui auraient pu subir ce qu’elle a connu pendant plusieurs mois dans une commune près de Dinan (Côtes-d’Armor), par un patron tripoteur et libidineux.

« Le fait que ce soit mon patron, ça m’a bloquée »

Une situation qu’elle ne comprend pas elle-même. Laura (prénom d’emprunt), se définit comme une femme volontaire, battante.

« N’importe quel autre homme aurait fait ça, il aurait pris une baffe mais là, le fait que ce soit le patron, ça m’a bloquée », pense la trentenaire, retraçant les faits, quelques mois plus tard.

Employée de commerce, Laura vient d’avoir son deuxième enfant.

Après son congé maternité, en octobre 2024, elle décide de reprendre un travail et voit une annonce lorsqu’elle fait ses courses, dans une boutique qui cherche un salarié.

Elle passe rapidement l’entretien et est embauchée.

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Venir en jupe au travail

Au début, tout se passe bien… enfin les deux premiers jours.

« Le troisième jour, le patron me demande de venir plutôt en jupe qu’en pantalon. Il m’assure que ce serait plus présentable, plus commercial. »

Laura s’exécute mais en parle à son conjoint qui « trouve ça louche ». Et pour cause !

Le lendemain, Laura se rend au travail vêtue d’une robe qui n’a pas manqué d’émoustiller le patron quinquagénaire, peut-être comme il l’avait prévu.

Il m’a dit qu’il était tombé amoureux de moi, m’a attrapée par la taille et m’a mis la main sur la cuisse.

Laura, employée dans une boutique

La jeune femme se dégage de ses gestes malvenus avec tact.

« Je lui ai dit que je n’étais pas un cœur à prendre, que j’avais un conjoint et deux enfants. »

« Il me posait des questions sur ma lingerie »

D’ailleurs, ce soir-là, Laura ne racontera pas à son compagnon ce qu’elle a vécu, gardant pour elle ce qu’elle pensait réglé.

Pourtant, le patron a continué ses gestes déplacés, « il me prenait souvent les mains, me posait des questions sur ma lingerie, me touchait de plus en plus », assure Laura. « Un jour, il a essayé de m’embrasser de force. »

Le patron, semble-t-il très amoureux, aurait proposé un cadeau de valeur à Laura, qu’elle a refusé. Il aurait même envisagé de déménager dans la commune où habitait Laura, pour se rapprocher d’elle.

Au bout de plusieurs jours de ce manège, Laura se confie à son compagnon.

Liée par la hiérarchie

« On ne savait pas trop quoi faire », déroule Laura, les mains liées par une position hiérarchique bien envahissante et la réaction d’un conjoint qu’elle redoute.

Cet inconfort durera peu de temps et la délivrance viendra d’un étonnant coup de téléphone.

Ce jour-là, Laura décroche et tombe de haut. C’est la gendarmerie. Au bout du fil, la militaire lui apprend que son patron est en garde à vue pour agression sexuelle.

Mais Laura n’était pas au bout de ses émotions. La même journée, autre coup de téléphone.

Cette fois, c’est le patron de Laura. Elle ne répond pas. Il laisse un message sur son répondeur lui demandant de le rappeler. Puis rappelle, une demi-heure plus tard.

« Je ne suis pas folle »

« Je suis en garde à vue pour agression sexuelle, lui aurait-il avoué, à toi de voir si tu veux mettre un père en prison. »

En dehors du déblocage aussi soudain qu’inespéré de la situation, Laura ressent un grand soulagement. « Je ne suis pas folle ! » a-t-elle alors pensé.

Je m’étais dit que j’inventais peut-être des trucs.

Laura

Des trucs que, visiblement, une ou des autres n’avaient pas inventés non plus.

Car après une semaine d’hésitation, et que Laura fut retournée travailler avec la répétition du même schéma avec son patron, la jeune femme rappelle les gendarmes. Ils lui demandent alors de passer à la gendarmerie.

« Vous n’êtes pas la seule », lui aurait affirmé la gendarme en sortant un épais dossier rempli par une enquête de plusieurs mois.

Des enregistrements

Afin de l’étoffer encore un peu, Laura et les gendarmes auraient convenu d’obtenir des enregistrements permettant de confondre définitivement le patron.

« J’avais beaucoup de stress d’aller au boulot comme ça et me dire que le cirque allait recommencer ».

Laura attend l’audience du tribunal de Saint-Malo en février 2025. ©Agnès ESTEVES DA SILVA

Mais la jeune femme se fait une raison et obtient des résultats rapidement.

« On entend bien un moment où il essaye de m’embrasser ; à un autre il me dit que je le rends complètement fou et il me propose de venir vivre chez lui etc. »

Un mois après le premier appel des gendarmes, ceux-ci iront interpeller le patron dans sa boutique. Laura est alors placée sous protection judiciaire.

Pas déclarée correctement

Cependant, la jeune femme n’était pas au bout de ses peines.

En accident de travail depuis l’interpellation de son patron, Laura a cependant appris qu’elle n’avait pas été déclarée correctement.

« Je n’ai pas eu de fiches de paye et mon salaire de novembre n’a pas été payé. Et comme il n’a pas fait ce qu’il fallait pour me déclarer, je ne touche rien de la CPAM », détaille l’ex-employée qui a demandé justice devant le tribunal des Prud’hommes de Dinan, en référé, lundi 27 janvier.

La décision est attendue pour le 3 février mais cela révolte la jeune femme d’avoir à déclencher ces procédures.

Je trouve ça horrible, c’est nous les victimes et là, c’est moi qui suis en prison.

En prison car enfermée dans son histoire. « Il ne peut pas me licencier et je ne veux pas démissionner pour ne pas perdre mes droits. La seule solution pour que je puisse retravailler, c’est faire une prise d’acte de la rupture du contrat de travail, que j’ai demandée au tribunal des Prud’hommes. Mais, psychologiquement, c’est moi qui paye. »

« Débrouillez-vous ! »

Furieuse, Laura a averti associations et médias pour crier son histoire.

On dit aux femmes qu’il faut parler mais il n’y a rien derrière : pas d’aide, pas de soutien, ni de compréhension que ce soit au niveau des administrations, des banques : débrouillez-vous !

Laura

La trentenaire déplore aussi de devoir quotidiennement fuir la clientèle de son patron pour éviter les explications. « J’ai honte mais ce n’est pas à moi de subir ça. »

Laura espère que son ex-patron sera présent à l’audience pénale (il était absent à celle des Prud’hommes), à laquelle ils sont convoqués, début février, devant le tribunal de Saint-Malo.

« Je veux le voir, qu’il soit jugé et lui dire que ce n’est pas à nous, les victimes, de nous cacher… »



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