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Deux pêcheurs au tribunal poursuivis pour menaces et outrages à l’encontre du maire du Pouliguen

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« On s’est loupé ». C’est par ces mots que l’oncle et le neveu, des personnes bien insérées et sans condamnation, ont résumé l’affaire qui les a conduits à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Nazaire, mardi 4 février, poursuivis pour menaces et outrages à l’encontre du maire du Pouliguen, Norbert Samama. C’était le soir du 14 août 2023, une riveraine alerte le premier élu : « Des gens s’amusent sur les falaises. » Il se déplace, interpelle deux jeunes « qui le remercient », puis deux autres. Apercevant deux pêcheurs sur un rocher, il leur crie : « Attention, danger ».

« Pour moi, c’était un cas de conscience », affirme, sur le banc des victimes, le maire, précisant que la falaise est friable, qu’il arrive que des jeunes sautent. Il ajoute que les prévenus avaient franchi trois obstacles pour arriver à leur lieu de pêche.

 » Qu’est-ce que vous venez nous emmerder ? Allez voir ailleurs ! « 

À la barre, l’oncle de 52 ans donne son explication : « On était à la pêche au bar et on a vu un panneau blanc, mais pas d’interdiction. Un homme énervé nous faisait de grands signes. »

Le quinquagénaire poursuit : « Il a montré sa carte, mais, à 1,50m, avec mes lunettes de protection, je n’ai pas pu la lire. Je ne pensais pas qu’un homme qui ne dit pas bonjour, ne parle pas calmement, puisse être un maire ».

Le prévenu ne se souvient pas, mais oui, il a pu dire : « Qu’est-ce que vous venez nous emmerder ? Allez voir ailleurs ! ». Il dit n’avoir pas apprécié que « l’homme » lui demande de présenter sa carte d’identité : « Je ne l’avais pas ». Pendant cette première scène, son neveu de 24 ans suivait les protagonistes.

Une deuxième scène se joue alors que les prévenus regagnent le parking du Guec. Le maire souhaitant prendre en photo la plaque d’immatriculation de leur véhicule, l’oncle essaie de toucher son téléphone avec sa canne à pêche.

Selon le maire, « il le blesse ». Ils s’éclipsent une vingtaine de minutes, reviennent. L’élu aussi. Le neveu le repousse sur une dizaine de mètres.

« J’ai eu très peur »

La victime, qui de temps à autre essuie des larmes, déclare : « Je me suis allongé sur la pelouse de l’hôtel de ville, j’avais des palpitations, comme j’ai subi une opération du cœur, 60 jours de coma, j’ai eu très peur. »

Ce qui est regrettable, c’est qu’il n’a contacté son médecin traitant qu’un mois plus tard. La procureure et les avocats de la défense ont estimé que les blessures décrites dans le certificat n’étaient pas forcément en relation avec les faits. En revanche, pour le parquet, « le traumatisme psychique et les quinze jours d’arrêt de travail peuvent en découler ».

Le président ayant demandé à l’édile pourquoi il n’avait pas appelé la police municipale, Rodolphe Amailland, président des maires de France en Loire-Atlantique, répond : « On est maire 24 h sur 24. Si à chaque fois, on appelait nos policiers municipaux, on ne ferait que cela ! » Lui et Norbert Samama sont formels : « Un maire se fait chahuter tous les jours ».

Des maires en première ligne

« Les maires, on a confiance en eux, s’ils ne vont plus sur le terrain, la confiance s’effondrera », a déclaré Me Louise Touron, l’avocate de l’association des maires de France.

Elle a cité des chiffres de 2023 : « 69 % d’entre eux ont été victimes d’agressions verbales, 15 % d’agressions physiques, 83 % ont déclaré que leur fonction avait un impact sur leur santé mentale ». Elle a été claire : « Le maire avait le droit de prendre des photos et des prévenus et de la plaque d’immatriculation. »

L’association a demandé 1 200 € de remboursement de frais aux prévenus.

« Le maire est officier de police judiciaire, il n’avait pas à appeler ses policiers », fait également observer Me Loïc Cabioch, avocat du premier édile du Pouliguen.

Pour lui, les infractions reprochées sont constituées : « Même s’il ne s’en souvient pas, « mais que c’est possible », l’oncle a bien outragé la victime ; il a bien été violent avec sa canne à pêche, même s’il ne l’a pas « battu comme plâtre. »

Il argue aussi : « Son neveu a fait un doigt d’honneur et déclaré République de merde, élu de merde, barre-toi ». Ce que ce jeune a reconnu et vivement regretté.

200 € d’amende requis

Me Matthieu Herla, avocat du quinquagénaire, un résidant du 92, venant régulièrement en vacances dans la résidence bauloise de sa mère, et son confrère, Me Lauric Douvisi-Morris, conseil du neveu, vivant au domicile parisien de ses parents, ont plaidé la relaxe.

« On a deux versions et on ne sait toujours pas ce qui s’est passé. J’ai peur que l’on fasse un exemple de ce procès. Mon client n’a pas compris l’intervention et les preuves de sa culpabilité sont insuffisantes », a plaidé le premier.

Le second a martelé : « Ce jeune qui a fait du scoutisme, du secouriste, qui est ceinture noire de judo, a mal réagi lors de la deuxième scène. Il a adressé des insultes ironiques à caractère privé, à un homme, pas à un maire ».

« Je ne peux pas affirmer que l’oncle avait l’intention de commettre des violences, mais il est bien coupable d’outrages », a estimé la procureure qui a requis 200 € d’amende.

Quant à son neveu, elle a jugé qu’il n’a reconnu qu’a minima un contact physique, mais qu’il lui est impossible de contester le doigt d’honneur et les injures. Elle a sollicité un stage de citoyenneté.

Jugement le 29 avril

« Je suis allé, je n’aurais peut-être pas dû », a déclaré le maire. L’oncle : « On s’est loupé… Je n’en veux pas au maire d’être allé aussi loin ». Le neveu, ancien scout, ceinture noire de judo, a repris « Oui, on s’est loupé » et ajouté : « J’aurais pu éviter tout cela, je demande pardon pour les insultes Pour moi, il s’agit de brusquerie, pas de violences ».

Mis en délibéré, le jugement sera rendu le 29 avril.



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