Une compagne au visage rougi par les sanglots, une mère qui essuie des larmes de temps à autre, un commandant de gendarmerie qui a tenu à assister les trois jeunes gendarmes malmenés, insultés, voire blessés lors de leur intervention… Une fois de plus, une fois de trop.
C’est ce fléau, l’alcool, qui est à l’origine de la présence de ces six personnes sur le banc des victimes du tribunal correctionnel de Saint-Nazaire, le vendredi 31 janvier 2025, alors que le suspect est jugé en comparution immédiate.
Bien que blessé, le compagnon de la maman, père d’un enfant de deux ans et demi, n’est pas là.
Trois gendarmes aussi victimes
Ce prévenu de 33 ans était absent à la barre la veille, alors qu’il devait répondre de violences sans incapacité du 1er au 6 mars et le 12 juillet 2024 sur sa compagne, et sur sa mère et son compagnon, le 26 décembre, à Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique).
S’il n’était pas là, c’est parce qu’il avait commis de nouveaux faits de violence le 27 janvier 2025 sur sa mère et son compagnon, suivis, au matin du 28, d’actes de rébellion, de menaces et de blessures sur les trois gendarmes alertés par le voisinage, inquiet par les hurlements provenant de cet appartement du deuxième étage d’un immeuble. Le tribunal a donc évoqué les trois dossiers.
Pour les faits de mars 2024, il a été condamné à six mois de prison avec sursis et à accomplir un stage de sensibilisation aux violences intrafamiliales.
Le compagnon de sa mère a failli perdre un oeil
Le 26 décembre 2025, il arrive alcoolisé au domicile de sa maman. Ayant perdu son père avec qui il avait un lien fusionnel il y a quelques années, il semble ne pas apprécier qu’elle ait un nouveau compagnon.
À l’audience, la victime reconnaît avoir « jeté ses affaires par la fenêtre » parce qu’elle voulait « le mettre à la porte ».
Aussitôt, il s’en prend à elle et, en s’interposant, le compagnon reçoit des coups de poing. Cet homme a failli perdre un œil et il n’est pas impossible que son invalidité devienne permanente.
Le trentenaire comprend qu’il a dépassé les bornes et commence à suivre des soins.
Après un arrêt de travail et une rupture de traitement lors de ce dernier week-end, le lundi 27 janvier 2025, il reprend son activité… Mais le soir, il ne résiste pas à quelques bières avec un collègue.
Il arrive au domicile maternel où le couple prend l’apéritif avec une amie. Le fils vide une bouteille, mais, cela ne lui suffit pas.
Il commande une livraison d’alcool à domicile. Ce qui fera réagir la procureure : « Ce genre de livraison n’augure rien de bon ! » Il faut préciser qu’il faut commander au moins une bouteille de whisky, une de rosé et une de vin blanc pour être livré.
Cette fois, il s’en prend à son beau-père, et c’est sa mère qui s’interpose. Son alcoolémie est estimée à environ trois grammes, puisque plus de dix heures après les faits, elle était de 1,74 g.
« C’est pas moi, c’est l’alcool »
Dès leur arrivée, les gendarmes, qui constatent un sol jonché de bouteilles, un beau-père ensanglanté, ont le droit de se faire insulter et menacer.
La jeune femme gendarme se remémore une scène affligeante : « C’est compliqué pour nous trois de le maîtriser, on doit lui menotter les chevilles. On est correct avec les gens, on est là pour les aider ».
Le trentenaire est alors dirigé vers le CHU à Nantes. Sorti des urgences, il rentre au domicile loué à Saint-Brevin. Selon ses déclarations, « il n’a que peu de souvenirs » : « Je dormais et j’ai été réveillé par des hommes en treillis qui m’ont sauté dessus… »
La présidente l’interrompt : « Monsieur, les gendarmes n’utilisent jamais de coups pour faire mal ». Seule explication du trentenaire : « Ce n’était pas moi, c’était l’alcool ».
Un leitmotiv qui revient souvent lors des audiences et dont les magistrats ont pris pour habitude de répondre : « Personne ne vous tient la main pour remplir ou lever le verre ! »
Bien que la maman ait affirmé que le coup de poing de son fils n’était pas volontaire, la procureure relève : « Elle n’était peut-être la destinataire, mais il était bien intentionnel ! »
Elle s’étonne une fois de plus : « Cela m’interpelle toujours lorsque les prévenus se retranchent devant leurs manques de souvenirs… »
« C’est un bon père »
Même, en défense, si elle reconnaît « la gravité des faits », Me Sophie Guillerminet se dit « abasourdie » par les trois ans de prison, dont la moitié avec sursis probatoire venant d’être requis pour les infractions de décembre et janvier.
Elle insiste sur le fait que son médecin n’étant pas joignable, le traitement de son client s’est interrompu brutalement et qu’il est arrivé chez sa mère « à l’heure de l’apéritif ».
L’avocate a argué : « On est devant un homme malade, et ce ne sont pas les mois de prison qui vont le guérir… Oui, il y a eu rechute, et elle est rude. »
Le trentenaire a pleuré lorsque la mère de son fils l’a qualifié de « bon père », précisant qu’il est « un autre homme lorsqu’il n’y a pas d’alcool ».
Le prévenu a présenté une nouvelle fois ses excuses et promis : « Je vais me soigner, je vais changer ».
Il a été condamné à dix-huit mois de prison dont douze avec sursis et est maintenu en détention. Il devra verser 800 € au gendarme blessé, 400 € à chacun de ses collègues insultés et menacés. Jusque-là, son casier portait une mention pour infractions routières.
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