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son ancien moniteur jugé pour viols et agressions sexuelles sur mineur

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Debout, mince silhouette vêtue de noir, une jeune femme de 22 ans va relire pendant une heure et demie, pour les cinq magistrats de cette première session de la cour criminelle 2025, les quelques mois de sa pré-adolescence qui ont entaché sa vie jusqu’à la livrer en pleurs mal maîtrisés ce lundi 3 février 2025 dans le cadre du palais de justice de Coutances. On l’appellera Élise, pour respecter son anonymat.

Épaulée par son avocate, Me Eva Morin, du barreau de Cherbourg, elle avait refusé le huis clos.

L’amour flamboyant d’une pré-adolescente

Elle était en CM 2 lorsqu’elle s’est intéressée au tir à l’arc au sein du club d’Urville-Nacqueville (Manche), près de Cherbourg. C’est là qu’elle a rencontré son entraîneur, un homme de 30 ans tout juste qui, lors de la fermeture du club urvillais, l’a emmenée avec lui à l’ASAM, le club de tir sportif de Cherbourg.

L’enfant était perturbée par le divorce de ses parents qui l’avaient conduite à changer d’école et à perdre brutalement tous ses camarades de classe et tous ses repères. Elle vivait un cruel sentiment d’abandon. Son moniteur, « grand frère » pour cette petite fille, avait pris de l’importance pour elle : il lui donnait affection et protection.

Progressivement, elle en était tombée amoureuse, de ces sentiments qui enflamment les pré-ados, sans retenue, sans mesure, accompagnés d’un phénomène que décrit Stendhal dans son livre De l’amour, l’idéalisation qui accompagne une relation amoureuse naissante : « En un mot, il suffit de penser à une perfection pour la voir dans ce qu’on aime. » L’écrivain appelle ce phénomène la « cristallisation ».

Le moniteur savait Élise fragile, en peine, il la prenait dans ses bras, elle s’épanchait, en confiance.

Un premier « dérapage »

Toujours indéfectiblement amoureuse, Élise, 13 ans, connut un premier dérapage le 18 octobre 2015, dit-elle. Ça s’était passé dans la salle de l’ASAM. C’était allé au-delà de la tendresse habituelle. Ils s’étaient embrassés, il lui avait touché la poitrine et le bas du dos, par-dessus puis par-dessous les vêtements. Elle avait consenti, sans vraiment comprendre le sens de ces gestes. Elle avait 13 ans.

Puis il y avait eu d’autres rencontres. Ils s’étaient embrassés, caressés : mais elle hésitait à le faire, alors que lui continuait. Excellente sportive, il avait embarqué Élise dans la préparation intensive à des compétitions dans la région de Caen, où il avait un appartement qui pouvait héberger l’adolescente. Déjà, en 2014, elle était montée sur le podium d’une compétition nationale comme vice-championne.

Chez lui ou dans sa voiture, sur un parking

Raison de plus pour la tenir étroitement. Lors des préparations aux compétitions, il restait après le départ des autres avec elle, ce qui avait alerté un des bénévoles du club qui allait souligner la difficulté à laisser un adulte seul avec une enfant dans la salle de tir, le soir.

Pour les compétitions à Caen (il y en eut quatre en 2015-2016), il l’hébergeait chez lui. La première fois, il l’avait déshabillée et avait mêlé tendresses, caresses et assauts sexuels en s’emparant d’elle. Et chaque fois qu’il la raccompagnait chez elle, dans l’agglomération cherbourgeoise, il s’arrêtait sur un parking et il la contraignait aux mêmes sujétions. « J’étais coincée, dit-elle, je n’avais pas le choix. » Rappelons qu’il y avait 18 ans d’écart entre l’adolescente de 14 ans et son agresseur d’une trentaine d’années. Elle poursuit : « Je n’en parlais pas en rentrant. Je voulais le protéger. »

Ça a duré jusqu’en avril 2016 : Élise a connu sa première déconvenue sportive. Elle s’était refermée, elle était devenue agressive.

Peur pour elle

Quelques semaines plus tard, il lui avait dit que le mieux serait pour elle de renoncer au tir à l’arc. Moins intéressante parce que faillible ? Manière circonstanciée de se débarrasser d’un amour encombrant auquel il n’avait jamais répondu en sentiment (il avait avoué qu’il n’était pas amoureux de l’enfant).

Élise est revenue en 2017. « Le tir à l’arc me manquait », dit-elle. C’est là qu’elle s’est aperçue que son ex-entraîneur avait le même comportement qu’il avait eu avec elle dans les débuts avec une jeune qu’on appellera Manon. « Mes souvenirs m’ont assaillie. J’ai eu peur pour elle. Je me rappelais ce que j’avais vécu. Elle est venue me parler, elle avait vu que je n’étais pas bien. Je n’ai pas répondu à ses questions. Je crois que je cherchais encore à le protéger. »

Plus tard, elle a téléphoné à Manon pour évoquer les relations sexuelles qu’elle avait subies, la honte qui la paralysait. « Elle était choquée. C’est elle qui a mis des mots sur ce que j’avais vécu. Avec mes parents, je suis allée au commissariat. C’était le 24 mai 2018. »

Aujourd’hui, il nie les faits

Le 4 juillet 2018, l’ex-entraîneur d’Élise était placé sous contrôle judiciaire. Un temps, il a reconnu les faits. Il avait reconnu qu’il avait perdu la notion de l’âge de l’enfant, qu’il avait « dérapé », « touché le fond ». Mais, dit-il, c’était sous la pression de la garde à vue.

Aujourd’hui, il nie les faits. Toutefois, il se met en porte-à-faux avec le témoignage de Manon, à laquelle il s’est intéressé après Élise, la plaignante. Manon, en effet, a raconté devant les juges que les relations avec l’entraîneur ont débuté de la même manière qu’elles avaient commencé avec Élise, dans la tendresse et les embrassades, mais qu’elles avaient hélas continué de la même façon, dans des gestes sexualisés.

S’il est reconnu coupable par la cour criminelle de la Manche de viols et d’agressions sexuelles contre une mineure de moins de 15 ans par personne ayant autorité, l’ex-entraîneur encourt une peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle.

Nous reviendrons dans La Presse de la Manche de demain sur la personnalité de l’accusé, en même temps que nous ferons connaître la décision de la cour en conclusion de ce premier procès.



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