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les deux employés dévalisaient les caisses automatiques d’une supérette avec une technique imparable

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Face à la perspective d’argent facile, les deux employés de longue date ont-ils cédé à l’appât du gain ? Ce jeudi 30 janvier 2025 s’est tenu à Paris le procès de deux anciens directeurs adjoints de magasin Auchan. Les deux hommes d’une trentaine d’années auraient, depuis 2020, soutiré plus de 330 000 euros au géant de la distribution via une technique pour délester les caisses automatiques de leurs billets. Ils ont été condamnés tous les deux à un an de prison ferme.

Une technique bien rodée

Si voler dans la caisse est un méfait vieux comme le monde, les deux prévenus, âgés d’une trentaine d’années, ont fait rentrer la pratique dans le XXIe siècle. Le procédé avait des allures de film d’espionnage. Avant l’ouverture ou après la fermeture, le duo s’introduisait dans le magasin situé boulevard de Grenelle dans le 15ᵉ arrondissement.

Via un badge, ils accédaient aux caisses automatiques, et après avoir mis la main dans le fond de la machine, ils débranchaient un fil bien précis. La lumière de la caisse passait du vert au bleu, ce qui la déconnectait du réseau central. En conséquence : les billets étaient soutirés à l’engin sans aucune notification à la comptabilité du magasin.

« Si tu peux laisser partir le vigile, c’est mieux »

Cette manne financière sur les deniers des emplettes prenait pourtant fin le 5 août 2024. Après quelques investigations, le chargé de sécurité du magasin portait plainte contre les deux prévenus. À l’appui, plusieurs extraits de vidéosurveillance. Sur les images : le duo en pleine cueillette de talbins dans une surprenante nonchalance.

Avisées, les forces de police lançaient leurs investigations, et mettaient au jour de nombreux échanges entre Daniel S. et Denis A. par téléphone. Les conversations étaient quotidiennes et significatives.

Vidéos :

« Si tu peux laisser partir le vigile, c’est mieux », demandait l’un.

« Je peux pas, car ça serait louche », répondait l’autre.

En parallèle, Auchan enquêtait sur ces vols audacieux. Le géant de la distribution mettait au jour un préjudice total de 330 000 euros ! Les vols de caisse auraient eu lieu sur un temps long, entre 2020 et 2024.

« Vous vous êtes fait justice vous-même »

Tous ces éléments ont conduit les deux hommes à passer à la caisse judiciaire ce jeudi. Daniel S., sweat sombre et chignon, reconnaît quelques vols, mais pas le préjudice total. Il explique avoir soutiré quelques milliers d’euros pour juguler une addiction aux paris sportifs.

Quant à son compère, pull clair et queue de cheval, il n’assume qu’un seul larcin en juillet 2024. « J’ai pris 400 euros pour pouvoir payer l’enterrement de mon père. Auchan m’avait retiré des sommes sur ma paie », justifie le prévenu. « En somme, vous vous êtes fait justice vous-même », lui lance la présidente du tribunal.

« Pourtant, on vous voit à d’autres dates sur les caméras, accroupi près des caisses après les horaires d’ouverture », continue la magistrate.

« C’était pour faire des prélèvements… », se hasarde Denis A., qui affirme avoir envoyé des mails (non retrouvés) à sa hiérarchie pour alerter sur les bugs de caisse et des écarts de comptabilité.

« À cette heure-là ? Vous allez pas me dire que vous allez donner du temps à un employeur que vous ne respectez pas ! », s’agace la présidente.

« Il n’y a pas eu de Jiminy Cricket au-dessus de votre épaule ? »

Car pour le tribunal, il y a une sensation de gâchis dans cette histoire. Les deux hommes, arrivés au sein du groupe en 2015 et 2018 comme simples magasiniers, ont gravi les échelons pour devenir directeurs adjoints. Ils sont désormais au chômage, licenciés sans indemnités pour faute grave.

« Vous n’avez pas eu de dilemme moral ? Il n’y a pas eu de Jiminy Cricket au-dessus de votre épaule ? », tente la présidente.

« Si, j’ai commencé à regretter au moment de l’interpellation », offre pour toute réponse Daniel S.. 

«C’est étonnant pour des gens qui ont un casier vierge », constate la juge.

Le préjudice total remis en question

Outre ce questionnement éthique, un autre débat est venu animer le prétoire : le calcul du préjudice mirobolant par l’entreprise flouée, qui demande par ailleurs 10 000 euros de dommages et intérêts. À l’audience, l’avocate de la firme n’avait pour étayer ses propos.. qu’un simple tableur Excel. « Tout ce qu’on arrive à savoir, c’est qu’on a un montant de caisse au début et un montant de caisse à la fin. Il n’y avait que 14 000 euros alors qu’il devait y en avoir 300 000 », détaille l’avocate.

Une démonstration mathématique un peu légère pour la défense, mais aussi pour les juges. Surtout que les policiers n’ont trouvé aucune trace de cette somme XXL dans les comptes bancaires, les acquisitions ou encore le portemonnaie des prévenus. 

« Clairement, vous ne pouvez pas déterminer précisément le préjudice », essaie de faire reconnaître l’avocate de Denis A.. 

« On a des chiffres généraux, mais on a pas de détails », s’agace le conseil de Daniel S..

C’est là le fondement des plaidoiries de la défense : on essaie de faire porter aux deux prévenus un chapeau bien trop grand pour eux. « C’est un dossier qui paraît énorme au vu du préjudice, mais qui se dégonfle comme un soufflet. On n’a aucun élément comptable et les audits des années précédentes n’ont rien révélé. Les prévenus ont servi de boucs émissaires pour les problèmes de gestion de la société », clame l’avocate de Denis A.. Cette dernière dénonce aussi l’impossibilité de prouver l’implication des prévenus dans les vols constatés avant 2024.

Une technique « extrêmement léchée »

Côté parquet, on ne se laisse pas fléchir. « On a des employés qui se servent dans les caisses d’une entreprise qui connaît des difficultés financières importantes ! », tance la magistrate. Pointant du doigt une technique « extrêmement léchée » et une « nonchalance » des deux prévenus, elle requiert deux ans de prison, dont une année ferme pour Denis A., et trois ans d’emprisonnement, avec aussi un an ferme pour Daniel S.. 

Le tribunal suivra les réquisitions, avec une peine un peu plus légère pour Daniel S. : 30 mois de prison, dont un an ferme pour Daniel S.. Les deux hommes pourront effectuer la peine sous le régime du bracelet électronique.



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