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Interview. Les conseils d’un gendarme de la Manche pour faire face au cyberharcèlement

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Gendarme affecté à la maison de protection des familles de Saint-Lô (Manche), l’adjudant Clément Le Romancer donne des conseils pour lutter contre le cyberharcèlement, « une violence en elle-même qui peut conduire à la mort ».

Les jeunes sont les principales cibles du harcèlement sur les réseaux sociaux ?

86 % des 8 à 18 ans sont inscrits sur les réseaux sociaux, selon une étude d’E-enfance. Il y a une prédominance des jeunes, donc forcément ils sont statistiquement plus susceptibles d’y être victimes. Mais cela peut toucher n’importe qui, y compris des retraités. Les plateformes de jeux vidéo en ligne sont également concernées par le phénomène.

Quelles sont les formes possibles de harcèlement ?

Via le cyberharcèlement, on va avoir du dénigrement, des menaces, des injures, des rumeurs, du piratage de compte, le partage de photos ou vidéos compromettantes (attention aux likes et commentaires qui participent au harcèlement), du sexting (N.D.L.R. envoi de messages textes, photos ou vidéos à caractère sexuellement explicite et suggestif envoyés ou reçus via les nouvelles technologies) non consenti comme du revenge porn ou du dick pic. Il y a enfin du chantage à la webcam pour de l’argent ou d’autres photos/vidéos intimes. On rentre vite dans un cercle vicieux. Enfants comme adultes peuvent être ciblés.

Les réseaux sociaux sont devenus un terrain d’expérimentation pour les adolescents ?

C’est aujourd’hui une partie intégrante de leur vie. Les jeunes apprennent la vie en expérimentant. C’est la sociabilisation qui se fait en groupe par exemple. Le problème, c’est cette expérimentation de la sociabilisation non cadrée, non accompagnée, face à du faux ou des comportements inappropriés, non corrigés ou repris.

Cyberharcèlement ou harcèlement tout court ?

C’est un harcèlement qui utilise une forme de moyen de communication, le cyber. C’est d’ailleurs une aggravation de l’infraction de harcèlement. Cela a des effets d’autant plus néfastes que sur le cyber, la diffusion est instantanée à un grand groupe, y compris des gens qu’on ne connaît pas. L’anonymat, parfois, peut créer une tension et rendre plus violent. Il n’y a plus d’espace de répit, on manque d’éléments cruciaux pour décrypter les échanges verbaux ou non verbaux.

Est-ce une première étape vers des violences ?

Il ne s’agit pas d’une étape. C’est une violence en elle-même qui peut conduire à la mort. Si vous recevez un flux permanent de négativité, cela aura forcément un impact sur votre quotidien. En cas de suicide, il faut pouvoir établir le lien de cause à effet pour pouvoir condamner les auteurs de harcèlement. C’est souvent complexe. D’où l’importance des témoignages.

Quels sont les moyens pour lutter ?

Sensibiliser. En parler. Il existe des règles mais pas ou peu respectées comme l’âge minimum sur les réseaux sociaux. Pour s’inscrire sur la plupart des réseaux sociaux, les utilisateurs doivent être âgés de 13 ans ou plus. Depuis le 29 juin 2023, la loi sur la majorité numérique impose aux plateformes de vérifier l’âge des utilisateurs et d’obtenir l’autorisation des parents pour les moins de 15 ans. Les 15 ans et plus peuvent consentir seuls, comme un majeur.

Un travail de sensibilisation est-il à faire dès le plus jeune âge ?

Oui, dès que les jeunes entrent dans l’usage (de plus en plus tôt). Aujourd’hui, des parents laissent un accès au numérique aux enfants sans éducation ou formation. Pour conduire une voiture, vous devez passer le permis… Pour internet et les réseaux sociaux, on leur donne un outil numérique sans mode d’emploi, en partant du principe qu’ils savent s’en servir.

En quoi consiste votre travail au quotidien ? Est-ce difficile de remonter aux auteurs de ces harcèlements en ligne ? Quels moyens sont à votre disposition ?

Chaque connexion à internet laisse des traces. Nous travaillons à partir de celles-ci. Mais également sur l’environnement des victimes. Il faut absolument que victimes comme témoin en parlent à un adulte de confiance. Qu’ils conservent des preuves (captures d’écran…), signalent les publications inappropriées sur les plateformes (appli Ma Sécurité, Pharos). L’association E-enfance accompagne les jeunes (et les parents) dans la lutte contre le harcèlement, le cyberharcèlement et les dangers d’internet.

« Ils veulent faire ressentir ce qu’ils ont vécu »

Comment les auteurs de harcèlement sur les réseaux sociaux expliquent-ils leur conduite ?

Beaucoup ne se rendent pas compte de l’impact. La sensation d’anonymat rend plus violent. Il y a une baisse des filtres sociaux qui nous régulent. Pour certains, c’était juste pour rigoler, pour d’autres se venger ou faire comme les autres pour intégrer un groupe. Il y a un aspect émulation. On a parfois des victimes de harcèlement qui refusent de témoigner de peur d’être exclus d’un groupe. Et puis aussi un sentiment de honte voire la peur de représailles. Dans 6 cas sur 10, les harceleurs ont déjà été harcelés.

Plusieurs collégiennes ont récemment été victimes de deepfakes sur Coutances. Comment peut-on y faire face ?

C’est un challenge du futur. L’IA est un outil incroyable, tant qu’il est utilisé comme outil et de manière bienveillante. Il ne doit pas remplacer la réflexion personnelle. Mais il est de plus en plus facile de créer des photos, des vidéos et des voix. Il est difficile d’identifier les fausses informations (images ou vidéos). Cela nécessite beaucoup de capacités critiques, le croisement de sources, la recherche inversée pour voir si l’image est répandue auprès d’autres sources. Il est primordial de vérifier les données du fichier, mais parfois, on peut percevoir des anomalies, des parties de corps qui se mélangent comme des doigts se confondant dans une main.

Un arsenal législatif

Le harcèlement scolaire est puni de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende lorsqu’il a causé une incapacité totale de travail inférieure ou égale à 8 jours ou n’a entraîné aucune incapacité de travail ; 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende lorsque les faits ont causé une incapacité totale de travail supérieure à 8 jours ; 10 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende lorsque les faits ont conduit la victime à se suicider ou à tenter de se suicider. 

Le cyberharcèlement est une circonstance aggravante du harcèlement moral (1 an de prison et 15 000 € d’amende), « lorsque les faits ont été commis par l’utilisation d’un service de communication au public en ligne ou par le biais d’un support numérique ou électronique ».

Lorsque l’auteur est majeur et que la victime a plus de quinze ans, il risque jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. Si la victime a moins de quinze ans, alors la peine maximale est portée à 3 ans de prison et 45 000 € d’amende.



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