Lundi 31 mars 2025, aux côtés de Marine Le Pen et d’une vingtaine de coprévenus, Fernand Le Rachinel a été condamné dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national par le tribunal de Paris. Si le Manchois de 82 ans n’a pas été relaxé, comme demandé par son avocat, il écope néanmoins d’une peine inférieure aux réquisitions.
L’ex-eurodéputé a été condamné à deux ans avec sursis, 15 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité. Maître Apéry, son avocat du barreau de Caen (Calvados), revient sur le parcours de son client, qui a reconnu sans détour que ses deux assistants travaillaient pour Jean-Marie Le Pen.
Comment décririez-vous Fernand Le Rachinel ?
C’est un homme qui a des qualités humaines et qui est attachant, un autodidacte et un chef d’entreprises qui n’a pas fait d’études supérieures. Nous nous connaissons depuis l’époque où il siégeait au tribunal de commerce de Saint-Lô. Il avait fait appel à moi pour ses entreprises. C’est pourquoi il m’a confié cette affaire qui défraye aujourd’hui la chronique. Aujourd’hui, il a 82 ans, il a vendu ses entreprises, sa vie professionnelle et sa petite vie politique sont derrière lui. Il n’a plus d’ambitions industrielles ou politiques.
Qu’a représenté pour vous ce procès ?
Si la procédure a été lourde et le dossier extrêmement volumineux, je dirais que cela m’a tout de même pris moins de temps qu’aux autres avocats. Car en ce qui concerne mon client, seule la première période, 2004-2009, soit la 6e législature du Parlement européen, le concernait. Et il a été très normalement présent lors de ce procès, quand c’était nécessaire pour lui.
« Il a répondu et sans cacher la vérité »
Quelle a été son attitude ?
Il s’est bien présenté, c’est-à-dire dans de bonnes dispositions pour coopérer. Il a répondu et sans cacher la vérité. Je pense qu’il n’a pas été perçu comme étant dans le déni de quoi que ce soit par rapport aux faits qui lui étaient reprochés et par rapport à d’autres. Il a été honnête. Oui, Thierry Légier était son assistant parlementaire [garde du corps de Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen puis Jordan Bardella également condamné, NDLR], il n’a pas tourné autour du pot. Il a joué le jeu de la procédure, qui était motivée. Je crois que l’ancienneté des faits et son âge ont joué en sa faveur. Son comportement a été vu comme loyal par le tribunal.
« Je m’en sors bien »
Contacté mardi après-midi, le Manchois estime avoir bénéficié d’une « certaine mansuétude » de la part du tribunal grâce à son « parcours » et à sa « transparence ». « Par rapport aux réquisitions, la condamnation est acceptable, reconnaît l’ex-eurodéputé. À l’époque, le statut d’assistant parlementaire n’existait pas encore. Je n’avais pas l’impression qu’on commettait un délit. Aujourd’hui, je veux tourner la page. J’ai dit les choses telles qu’elles se sont passées. Jean-Marie Le Pen a confirmé que je n’y étais pour rien, que c’était lui qui m’avait désigné ces assistants. Après 2009, oui, c’est problématique, ils auraient dû faire plus attention. Mais c’est une pratique qui a perduré jusqu’en 2017 avec François Fillon. » Sa condamnation ne lui fait « pas plaisir », car elle « entache (s) on parcours ». Mais l’octogénaire relativise : « Ce n’est pas à mon âge que je vais me lancer dans une nouvelle aventure politique. »
Le fait qu’il ait pris ses distances avec le parti depuis longtemps a-t-il joué ?
Même s’il a pris ses distances, il n’était pas dans un esprit de vengeance [il avait quitté le FN en 2008 après un conflit autour d’un prêt de plusieurs millions d’euros fait au parti, avant d’obtenir gain de cause devant la cour d’appel de Versailles en 2013, NDLR]. J’en veux pour preuve que lors de l’instruction, Jean-Marie Le Pen [décédé le 7 janvier dernier, NDLR] a confirmé ses déclarations, à savoir que ce n’était pas Fernand Le Rachinel qui choisissait ses assistants, c’était lui. Il avait déjà été député européen dans les années 1990. Ce qu’il voyait, c’était une généralisation de ces pratiques, quel que soit le bord politique des élus. Et comme tout le monde le faisait, il ne s’était jamais posé la question de savoir si c’était légal ou non, et personne ne lui avait d’ailleurs rien dit à ce sujet. De son point de vue, il y avait un manque de clarté au Parlement européen sur ces questions. Mais il n’y a pas eu d’enrichissement personnel, cela a été démontré. Il signait les yeux fermés. C’est par la suite que la réglementation a évolué. En France, en ce qui concerne des parlementaires français, le premier jugement intervient en 2018. Alors lui, en 2004, sans culture juridique, comment pouvait-il se douter de quoi que ce soit ?
« Nous allons prendre un peu de recul »
Nul n’est cependant censé ignorer la loi…
C’est vrai que l’ignorance n’est pas une excuse, mais il s’agit d’une affaire complexe. Quand on vole, qu’on viole ou qu’on tue, on sait naturellement que c’est un délit. Là, l’infraction est beaucoup plus complexe. On s’aperçoit que c’est loin d’être évident pour tout le monde. Il y a des cas, comme celui d’Éric Dupond-Moretti dans l’affaire de la prise illégale d’intérêts, où l’on n’a pas la pleine conscience des risques auxquels on s’expose.
Ferez-vous appel ?
Je pense qu’il souhaite désormais tourner la page, même si sa condamnation ne lui fait pas plaisir. Nous allons prendre un peu de recul et relire son jugement avant de nous décider [le délai d’appel est fixé au jeudi 10 avril, NDLR]. Il s’inquiétait d’être emprisonné ou de porter un bracelet, ce n’est pas le cas. Il a l’air relativement satisfait aujourd’hui.
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