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le rôle de Trump face à l’Occident en déclin et la montée des BRICS

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« Le monde tel que nous le connaissons vole en éclats » déclare Alain Juillet, ancien haut fonctionnaire de l’État et directeur des renseignements au sein de la direction générale de la Sécurité Extérieure (voir profil encadré ci-dessous). L’Occident perd sa suprématie, les BRICS + montent en puissance et les États-Unis, sous l’impulsion de Donald Trump, rebattent les cartes des équilibres du monde. Entre guerres économiques, recompositions géopolitiques et marginalisation de l’Europe, Alain Juillet décrypte une nouvelle ère aux enjeux explosifs.

Mme Christiane Bouat et Alain Juillet, à l’issue de la conférence. ©Jean-Claude BONNEMÈRE

« Un monde fracturé – les États-Unis, l’Europe, les BRICS… », tel est le thème rappelé par Mme Bouat, présidente de la Société des Membres de la Légion d’honneur du Lot (SMLH), en accueillant Alain juillet, (voir encadré ci-dessous) le samedi 22 mars 2025, dans l’amphithéâtre de la Chambre de métiers du Lot.

« Je ne suis pas venu vous dire ce que je pense, mais ce que je sais, en vous présentant les choses le plus froidement possible » assure d’entrée Alain Juillet, avant de développer son propos, à bien des égards surprenant.

La fin d’un monde dominé par l’Occident

« Nous vivons un changement d’une ampleur inégalée depuis 1 492 avec la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb » s’exclame Alain Juillet. Ainsi, rappelle-t-il, depuis cette époque les Occidentaux ont contrôlé le monde. Or, progressivement les choses ont changé et se sont accélérées ces dernières décennies, sans que nous en mesurions les conséquences. « Nous avons basculé dans un monde multipolaire avec la reconstruction des empires, et l’Europe aujourd’hui, ne compte guère dans le monde ! » renchérit-il. C’est la douche froide, pour qui n’en aurait pas conscience et se laisserait bercer d’illusions… Selon les projections du Fonds Monétaire International, en 2050, plus aucun pays européen ne figurera dans la liste des 10 premières puissances mondiales. « La compétition internationale qui se joue est la clé de compréhension de ce qui se passe en ce moment sur la scène mondiale » insiste-t-il.

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Trump et la restructuration des priorités américaines

L’arrivée de Donald Trump à la tête des USA vise à inverser la tendance face à la montée en puissance de la Chine, pour le leadership mondial. « Avec Joe Biden, les USA ont perdu pied sur le plan économique et l’Amérique profonde n’est pas celle que les Occidentaux connaissent, en se rendant à New York ou Washington ; cette dernière s’est fortement appauvrie et depuis plusieurs années s’opposait de plus en plus à l’establishment » relève Alain Juillet. Cette Amérique-là connaît un taux de pauvreté de 19 % (alors que dans le même temps, en France ce même taux atteint 16 %). La crise des « subprimes » a fait capoter les compagnies de retraite et il n’y a plus de retraite pour les gens pauvres. Aux États-Unis, à Kansas City, ils sont nombreux à vivre dans des caravanes. À raison de 2000 à 3 000 caravanes par camp. « Depuis 4 – 5 ans, on a vu aux États-Unis monter un « refus absolu » des élites américaines » poursuit M. Juillet. C’est dans ce contexte, que Trump est devenu le pion central. « On peut faire toutes les critiques que l’on veut à Trump, et la liste serait longue, mais lui au moins, il sait où il va », observe-t-il. Dès le D-Day de son élection, les 60 décrets signés, manifestaient sa volonté de ne pas se laisser entraver par l’administration centrale, comme cela avait pu être le cas, lors de son premier mandat. « Certes, il y a un côté immoral dans cette démarche, cependant tout était préparé très à l’avance avec ses équipes, constats et bilans et opérations à mener ! » indique-t-il. Le raisonnement du président américain repose sur l’analyse suivante, explique-t-il : si l’Amérique connaît un certain déclin, c’est parce qu’elle s’occupe de quantité de choses qui ne la concernent pas directement. Donald Trump appelle à un repli ; il incite les entreprises américaines à revenir et il leur applique une baisse de 10 % des impôts. En revanche, il augmente les taxes à l’importation. Il relance l’industrie américaine et crée de l’emploi, ce qui réduit aussi la pauvreté. Quant aux minorités d’origine étrangère, dès lors qu’elles n’ont pas de droits, il les pousse dehors. Dans le même temps, on remarque que les Afro-Américains et les hispanophones ont voté massivement pour Trump, car ils espèrent sortir de la pauvreté grâce au plan de relance.

« C’est la loi du plus fort qui reprend le dessus » insiste Alain Juillet. « Trump balaie tout ce qui est transgenre car dans son esprit, ces personnes ne sont pas de vrais Américains et ce message passe très bien aux USA ». Pour ces Américains en situation précaire, les vacances c’est 15 jours par an, 40 heures de travail par semaine et ils en ont assez de voir l’argent de l’Amérique dilapidé à l’extérieur. Répondant à sa logique de coupes sombres dans les budgets, Donald Trump supprime l’USAID, soit 42 % du budget de l’aide humanitaire mondiale, à hauteur de 34 milliards d’euros par an. Sous Joe Biden, l’aide américaine aux pays du monde s’était élevée à 64,7 milliards de dollars.

Une guerre économique et militaire en pleine évolution

Quant à la Défense et à l’armée américaine, Trump considère que les Américains doivent arrêter de mener des guerres. Les États-Unis ont participé à 52 guerres depuis 1945 et n’en ont gagné aucune, si ce n’est l’invasion de l’île de la Grenade. « Trump veut la paix ! » répète Alain Juillet, estimant que ce n’est pas un guerrier, mais plutôt un affairiste. Il continue : « Pour Trump, tout se négocie, il pense qu’on peut régler les conflits du monde en appliquant des deals ». Alain Juillet prédit que le vice-président J. D. Vance sera élu après Trump, ce qui risquerait fort de conduire à une continuité des orientations politiques actuelles pour les 12 ans qui viennent.

« Trump considère qu’il ne faut pas laisser la Russie aller vers la Chine », souligne M. Juillet. Sa préoccupation est de désolidariser la Russie de la Chine. Il veut rapatrier les troupes américaines aux USA et il négocie avec la Russie pour qu’elle entre dans une forme de neutralité en moyens militaires. Là aussi, il croit pouvoir arrêter la guerre par la négociation.

Même si l’Europe est plus importante que la Russie, sur le plan militaire, Alain Juillet prétend que nos armées ne sont pas prêtes à faire une guerre, de l’ordre de celle qui se déroule actuellement entre l’Ukraine et la Russie. À ses yeux, ni les chars Abrahams (chars de combat américains de deuxième génération), ni les chars européens Léopard ne peuvent résister aux drones russes et aux missiles. Il constate par ailleurs, que toutes les unités ukrainiennes sont équipées de drones. Il précise que la Marine russe a été coulée à plusieurs reprises, par des missiles et les drones ukrainiens, ce qui démontre à quel point nous assistons à un changement de profil de la guerre.

Un auditoire très attentif aux propos d'Alain Juillet, qui n'a pas manqué de lui poser de nombreuses questions à l'issue de son intervention.
Un auditoire très attentif aux propos d’Alain Juillet, qui n’a pas manqué de lui poser de nombreuses questions à l’issue de son intervention. ©Jean-Claude BONNEMÈRE

L’ombre des BRICS et la marginalisation de l’Europe

Autre élément qui prouve la perte d’influence occidentale : le fait que les négociations se tiennent en Arabie saoudite sans l’Europe ni la France à la table des négociations. Trump préfère traiter avec de grandes puissances émergentes, les BRICS+, un groupe de dix pays qui se réunissent en sommets annuels : le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, l’Iran, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Indonésie et l’Éthiopie. De plus, il entend faire la paix au Moyen-Orient, là aussi sans les Occidentaux. Des négociations sont en cours avec les Iraniens et le Hamas… « Celui qui va décider, c’est Mohammed ben Salmane, Premier ministre d’Arabie saoudite, qui a investi 500 000 milliards de dollars aux USA et qui veut Jérusalem-Est pour capitale des Palestiniens », lâche Alain Juillet. Il développe l’imbroglio dans lequel se trouvent les parties prenantes au conflit israélo-palestinien, au risque de perdre son auditoire. S’ensuivent des applaudissements nourris pour M. Juillet, qui durant près de deux heures, a tenu en haleine un auditoire auquel il a partagé sa connaissance des enjeux mondiaux de géopolitique. La séance se poursuivait par un échange direct entre M. Juillet et l’assemblée.

A retrouver l’intégralité du dossier sur l’intervention d’Alain Juillet à Cahors, dans La Vie Quercynoise, parution du jeudi 27 mars 2025, numéro 4141.

(*) Les BRICS+ sont un groupe géopolitique regroupant dix pays du  » Sud global « , notamment des grands émergents (Brésil, Chine, Inde), des puissances régionales (Afrique du Sud, Égypte, Iran, Russie), des pétromonarchies (Arabie saoudite, Émirats arabes unis) ou des pays précaires à forte croissance économique (Éthiopie).

(*) Profil : Alain Juillet

Diplômé de l’Institut des Hautes Études de la Défense nationale, de l’université de Stanford, Alain Juillet, ancien haut fonctionnaire de l’État, a été directeur des renseignements au sein de la direction générale de la Sécurité Extérieure, dirigeant d’entreprises, chez Suchard, Union laitière notamment. Professeur, il intervient à l’École nationale d’Administration et à l’École nationale de la Magistrature. Pionnier de l’Intelligence économique et stratégique, il est considéré comme l’un de nos plus éminents observateurs de la géopolitique mondiale. Durant 5 ans, il a été membre des commandos parachutistes (colonel de réserve).



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