Home Faits Divers 32 ans plus tard, cette victime brise le silence

32 ans plus tard, cette victime brise le silence

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Des agressions sexuelles se sont produites au collège catholique de Combrée, en Ombrée d’Anjou (Maine-et-Loire), dans les années 1980 et 1990. Ces derniers jours, les témoignages s’enchaînent et la parole se libère. François Caro, aujourd’hui âgé de 50 ans, vit à Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane. Loin, très loin de l’Institution libre de Combrée, où il a sans doute connu les pires moments de sa vie, victime d’agressions sexuelles de la part d’un préfet de discipline officiant à l’époque dans l’établissement. Il y a quelques jours, il a trouvé la force de tout raconter à sa fille. Témoignage.

Agressions sexuelles au collège de Combrée : une des victimes témoigne

« Pour lui, ça a duré des années », raconte Angélique Menan, une ancienne élève du collège catholique de Combrée. Contacté par la rédaction, François Caro confirme et se livre.

Près de 32 ans après les faits, il a su trouver les mots pour raconter son traumatisme à ses proches, en particulier à sa fille et pour relancer un appel à témoignages sur le groupe Facebook Combrée Beach, comme une « bouteille à la mer ». Dans le but de réunir d’autres témoignages et de constituer un dossier pour porter plainte à nouveau.

Il avait en effet déposé une première plainte en 2019 contre l’ex-préfet de discipline du collège de Combrée. Laquelle avait été classée sans suite, car il y avait prescription.

J’ai fréquenté l’établissement de 1988 à 1993. J’ai été victime là-bas d’agressions sexuelles à répétition. J’ai passé des nuits avec lui où je devais le toucher et il me touchait le sexe lui aussi.

François Caro, ancien élève du collège catholique de Combrée

« Mon lit était au-dessus du sien, j’étais tétanisé »

Ces attouchements arrivaient régulièrement, en particulier lors de voyages extrascolaires que le chef des surveillants organisait en choisissant soigneusement ceux qui venaient d’après les témoignages.

« Il organisait des séjours souvent en petit groupe à Saint-Colomban-des-Villards, en Savoie. Une fois, j’ai été nommé intendant. Il désignait un petit jeune qui le secondait à chaque fois », se remémore-t-il.

Il m’a touché dans sa voiture, où il me tenait le sexe. Et je devais le masturber en retour. Il avait une chambre en partie séparée des autres animateurs et mon lit était superposé au-dessus du sien. J’étais tétanisé, à l’époque j’avais 14 ans. Je ne savais pas comment réagir.

François Caro
L’institution libre de Combrée (Maine-et-Loire) ©Morgane Macé

L’affaire Bétharram fut un élément déclencheur

« J’en avais parlé à mes parents en 1998. Puis, j’ai eu ma fille en 2010 et je suis parti en Guyane. Un jour j’ai pété les plombs », confie-t-il.

C’est l’affaire Bétharram qui a tout déclenché. J’ai tout raconté à ma fille il y a trois jours. Elle a compris pourquoi j’étais toujours très attentif à ses tenues vestimentaires et inquiet. Et puis, j’ai signalé mon cas sur le groupe Combrée Beach, pour essayer de trouver d’autres témoignages.

François Caro

« J’ai décidé de prendre un autre avocat, Maître Romaric Raymond d’Angers. Il fait des recherches et dit que c’est difficile de récupérer le dossier. Mais nous sommes déjà sept ou huit à avoir été victimes d’agressions sexuelles », chiffre-t-il.

Depuis l’époque où il a été abusé, il y aurait eu une enquête réalisée en 1995, par les gendarmes de Pouancé ou de Candé. Puis en 1995, dernière année de fonction du préfet de discipline dans le collège, une main courante aurait été déposée à Angers. Enfin, une autre personne aurait porté plainte en 2016.

Il a retrouvé son agresseur en 2022

« En 2022, je suis allé le voir à Nîmes où il vit avec ses trois enfants et sa femme, qui est assistante maternelle. Ce ne sont que des suppositions, mais avec son passif, il a pu continuer à sévir », redoute-t-il.

L’ancien chef des surveillants ne l’aurait pas reconnu d’après son témoignage et fut décontenancé le jour de sa visite à son domicile.

Il avait toujours ce regard malsain. Je voulais tout dire à sa femme quand elle m’a ouvert, puis j’ai eu une peur soudaine. Lui est arrivé en voiture et je lui ai hurlé dessus toute la hargne que j’avais en moi, quand il en est sorti. Je lui ai répété ce qu’il me disait à l’époque.

François Caro

François Caro a par la suite adressé une lettre en recommandé avec accusé de réception à la femme de la personne mise en cause, pour tout lui raconter. « Normalement, elle est au courant. »

« J’aimerais qu’il soit jugé au tribunal »

S’être livré est aujourd’hui une première étape franchie pour lui, ce qu’il n’avait pas réussi à faire durant de nombreuses années. Notamment lorsqu’une gendarme du Maine-et-Loire était venue l’interroger 20 ans plus tôt sur ce qu’il s’était passé dans l’établissement.

« Une femme gendarme de Candé ou Pouancé était venue me voir quand j’avais 20 ou 21 ans. Mais je n’avais rien dit à l’époque », raconte-t-il.

À présent, il aimerait que son agresseur soit jugé au tribunal. « Le problème c’est qu’il y a prescription… »



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